Cartulare : U Fundariu

A SPECULAZIONE da Alexandra Bischof Depuis des années, la lutte contre la spéculation immobilière et la bétonisation des côtes est engagée. Le fait que chaque Corse puisse vivre et travailler sur sa terre est un des points fondamentaux de la politique que nous défendons. Pourtant, en regardant les chiffres, nous arrivons aujourd’hui à un constat plus qu’alarmant. En effet, selon l’INSEE, en 2017 la Corse compte 72 000 résidences déclarées comme secondaires soit 28,8 % de l’ensemble des logements. Cela représente trois fois plus que la moyenne française (9,7 %). Ces chiffres classent la Corse parmi ceux qui ont les parts les plus importantes de résidences secondaires. En 2018, une nouvelle étude de l’INSEE dévoile que depuis une dizaine d‘années la Corse gagne plus de 5 000 logements par an. L‘institut note d‘ailleurs que la Corse enregistre la plus forte croissance du parc de logements. Le part des résidences secondaires à l‘augmentation du parc de logements en Corse est plus importante que partout ailleurs avec 54,3 % (contre 11,2 % en moyenne française). En 2020, la Corse compte 72 000 habitations déclarées comme secondaires, ce qui représente 28,8 % du parc de logements. Plus d’une résidence secondaire sur deux c’est-à-dire 36 500 (55%) appartiennent à des propriétaires qui résident en France. Ces logements utilisés comme résidences secondaires s’avèrent être souvent plus proches de la mer que les résidences principales avec 34 % à moins de 500 mètres de la côte, contre 25 % pour celles des résidents corses. Les habitants des résidences secondaires sont des ménages aisés, leur niveau médian de 1,6 fois supérieur à celui des ménages des résidences principales avec un niveau de vie médian 1,4 fois supérieur à celui des propriétaires de résidences secondaires insulaires. Le coût du foncier a fortement augmenté. Entre 2016 et 2019, le foncier a augmenté plus vite qu’en France : +68% contre 36% et le coût quatre fois plus vite (+138% contre 64%). Selon un article de Corse-matin, malgré la crise économique induite par le contexte sanitaire, les réseaux d‘immobilier de prestige affichent « une forme insolente » avec une activité même supérieure à celle enregistrée l‘an dernier à la même période. Cible d’appétits spéculatifs féroces, nous nous rendons compte à quel point la Corse est prisée. De nationalité française pour la grande majorité d‘entre eux, ils se disputent les plus belles villas du territoire. La demande est d’ailleurs constante sur le marché. Des projets hôteliers, des établissements de luxe, des résidences secondaires s’affranchissent depuis des années des règles d’urbanisme. De plus, il se produit une accélération de la bétonisation sur des sites pourtant inconstructibles. A travers ces chiffres demeure une triste réalité : les Corses ne parviennent à se loger décemment, l’accession à la propriété pour nos jeunes devient très compliquée et les jeunes agriculteurs rencontrent des difficultés pour s’installer. Le 5 mars 2018, le tribunal administratif de Bastia annulait la délibération de l’Assemblée de Corse du 2 octobre 2015 lors de l’adoption du PADDUC qui fixait les Espaces Stratégiques Agricoles. Le 26 juillet 2018, était adopté sur proposition du Président du Conseil Exécutif, la modification du PADDUC en vue du rétablissement de la carte des Espaces Stratégiques Agricoles. Par cette délibération le président du Conseil Exécutif s‘engageait à mettre en œuvre cette procédure de modification du document en étant assisté par l’agence de l’Aménagement durable de l’Urbanisme et de l’Energie de la Corse. La délibération qui fixe les modalités de la procédure de modification des ESA a été approuvée le 26 juillet 2018 par l’Assemble de Corse. Le rapport présenté par le Président du Conseil exécutif indiquait que l’absence de cartographie ne remettait pas en cause le caractère inconstructible des ESA, et appelait les autorités compétentes, pour l’instruction et le contrôle des actes d’urbanisme, à une vigilance accrue en vue de faire appliquer les dispositions du PADDUC. En réponse, la prêfète avait assuré le principe d’inconstructibilité de ces espaces et que les services de l’Etat respectaient les dispositions du PADDUC. Pourtant, de nombreux permis de construire sont toujours délivrés par les communes et les services de l’Etat émettent systématiquement des avis favorables sur ces espaces stratégiques agricoles pourtant protégés par le PADDUC. Les documents d’urbanisme sont de surcroit, incompatibles avec le PADDUC ce qui ne peut qu’aggraver la pression foncière subie par la population. La lutte contre la spéculation a été menée de longue années par les Corses, il convient à présent à l’Etat français de prendre en compte les revendications de notre peuple. Cette situation engendre des écarts sociaux importants. Ces dernières années, certaines communes sont devenues totalement inaccessibles. Selon le rapport d‘information sur les marchés fonciers et immobiliers réalisé par l‘Agence d‘aménagement durable, d‘Urbanisme et d‘Energie, en dix ans, le prix du foncier a augmenté de 138 % en moyenne sur l‘ensemble du territoire insulaire. « Entre 2006 et 2007, ce coût s‘est accru quatre fois plus vite que sur le continent (+ 36 %). Sur la même période, le prix moyen du mètre carré bâti a augmenté de 36 % en Corse, contre 35 % pour le reste du territoire métropolitain. » Il est également indiqué que 42 communes, soit 12 % des villes et villages de Corse, sont devenues « inaccessibles » aujourd’hui. Les communes qualifiées de « non accessibles » sont toutes situées sur le littoral ou à proximité immédiate. Hormis le Centre Corse, toutes les régions de l‘île sont concernées par ce phénomène. « Les territoires les plus urbanisés ou les plus touristiques présentent les taux de communes « non accessibles » les plus élevés : l‘Extrême-Sud, la Balagne, la région bastiaise et le très recherché pays ajaccien, dont 52 % des communes sont présentées comme « inaccessibles ». En février 2018 Emmanuel Macron affirmait lors de sa venue en Corse que « la mise en œuvre d’un statut de résident en Corse, n’était pas la bonne réponse aux problèmes immobiliers de l’île ». Au cours de sa dernière visite, le Président Macron s’est exprimé sur la hausse des prix immobiliers qui privent les Corses de l’accès à la propriété́ et a déclaré : « Il faut un renforcement des contrôles pour la régularisation des fonciers. Les compétences sont dématérialisées, donc c’est à la CDC d’agir. L’Etat sera au rendez-vous de ces exigences, il n’y aura pas de défaillances liées au Covid, il faudra faire au cas par cas et vérifier les bilans entreprise par entreprise » Le statut de résident réserve le droit à l‘acquisition de biens immobiliers en Corse à celles et ceux qui y résident depuis au moins cinq ans, à titre permanent à celles et ceux qui sont nés en Corse et à celles et ceux qui ont un parent, où un aïeul, qui est né ou est inhumé en Corse. L’objectif est de freiner la spéculation immobilière et permettre aux jeunes corses d‘accéder à la propriété sur leur île. Le statut de résident est une délibération de l‘Assemblée de Corse datant du 24 avril 2014, qui a toute sa légitimité politique. Paris a pourtant rejeté la délibération sans la moindre hésitation. La hausse des coûts du foncier, le taux exponentiel de résidences secondaires et les inégalités engendrées par cette situation privent une grande partie des Corses d’acquérir un bien familial et rend inaccessible certaines communes. Comment pouvons-nous l’accepter ? Les Corses ne peuvent être exclus sur leur propre terre. Notre mouvement a pourtant été force de propositions sur la question foncière. Corsica Libera s’est prononcé en faveur d’une démarche d‘expropriation de tous les biens immobiliers acquis en Corse depuis le 24 avril 2014 par des personnes ne remplissant pas les conditions posées par la délibération de l‘Assemblée de Corse. Une démarche soutenue par le Président de l’Assemblée de Corse, qui proposait quant à lui une solution fiscale en alternative : la mise en place d‘une résidence administrative et fiscale, qui permettrait de différencier ceux qui vivent en Corse ou la diaspora, des détenteurs de résidences secondaires extérieurs à la Corse. Elle ne donne pas la possibilité d‘acheter mais d‘être exonéré d‘une éventuelle surtaxe. Jugée anticonstitutionnelle, cette proposition avait été rejetée. Pour rappel, la loi finances de 2017 prévoit une surtaxe des résidences secondaires dans les zones dites d’habitat tendu allant de 5 à 60%. Corsica Libera déposait également une motion le 29 novembre 2019 à l’Assemblée de Corse demandant un recours contre tout document local d’urbanisme en cas de non-respect du PADDUC. Cette dernière visait à faire respecter les orientations politiques de l’Assemblée de Corse, exprimées notamment à l’occasion du vote du PADDUC en 2015, et les règles de droit qui découlent de ces décisions politiques. En effet, en mai 2019 une délibération sollicitait la signature d’une convention avec l’Etat afin de renforcer le contrôle de légalité avec la création d’un comité de suivi chargé de vérifier la légalité des autorisations d’urbanisme délivrées sur des parcelles présentant le caractère d’ESA ou le caractère d’espaces nécessaires au maintien ou au développement des activités agricoles, pastorales au sens des articles du code de l’urbanisme concernant respectivement les communes du littoral et les communes de montagne. Une proposition rejetée à son tour par la préfète de l’époque, Josiane Chevalier. L’Etat français ne peut continuer d’ignorer les décisions de notre Assemblée, en ne tenant compte de la situation politique Corse et des engagements pris. Les politiques défendues par Corsica Libera sont légitimes et les Corses ne peuvent être indéfiniment chassés de chez eux. Ainsi, faire valoir les choix démocratiquement exprimés doit demeurer une priorité. Aujourd’hui, la mobilisation doit continuer afin de lutter contre cette situation foncière.   TERRA SALVA presidenza di l'assemblea Lors de la séance publique de l’Assemblée de Corse en juillet 2019, suite à la présentation du rapport de l’AUE sur la situation foncière en Corse, chaque groupe a reconnu la gravité du phénomène de dépossession à l’œuvre. Les chiffres sont alarmants et le constat est plus qu’inquiétant : on n’a jamais autant construit dans l’île et les prix n’ont jamais été autant élevés. Face à cette situation, le statut de résident, voté en 2014 par l’Assemblée de Corse, demeure la solution la plus adaptée car il répondrait à des problématiques différentes, tant au niveau social qu’agricole et économique, et en matière de préservation de l’environnement. Cette proposition, pour l’heure, s’est heurtée à une fin de non-recevoir. Pourtant les Corses doivent défendre leur droit à demeurer dans leur pays afin de ne pas en être chassés par la force de l’argent, comme le font d’autres peuples, y compris dans l’Union Européenne. Le Président de l’Assemblée de Corse, conformément à son discours du 25 juillet 2019 en ouverture de la séance publique, propose de lancer une démarche collective de la Corse afin d’obtenir de Paris les moyens juridiques nécessaires pour traiter cette problématique. Dans cette démarche, les institutions devront naturellement tenir leur place, mais leur seule action ne saurait suffire à créer le nécessaire rapport de forces avec Paris. Le rapport réalisé par l’Agence de l’Urbanisme et de l’Energie relatif au foncier, présenté en juillet dernier à l’Assemblée de Corse, confirme l’ampleur de la démarche de dépossession à l’œuvre. Il mentionne notamment le chiffre de l’augmentation des prix des terrains constructibles : 138% en 7 ans ! Devant cette inquiétante réalité, en séance publique, les groupes de l’opposition ont dû reconnaître la gravité d’un phénomène mettant largement hors de portée des Corses l’accession à la propriété dans leur propre pays. Depuis de nombreuses années, le mouvement indépendantiste Corsica Libera avait défendu le principe de statut de résident, lequel a été validé à une forte majorité par l’Assemblée de Corse le 24 avril 2014. En décembre 2015, les nationalistes ont accédé aux responsabilités dans les principales institutions de l’île, puis à nouveau en décembre 2017, à la majorité absolue cette fois. Toutefois, les discussions engagées avec le gouvernement français au début de l’année 2018 n’ont pas permis d’avancer, les élus corses s’étant heurtés à une fin de non-recevoir. Pourtant les Corses doivent défendre leur droit à demeurer dans leur pays et à ne pas en être chassés par la force de l’argent. Les Corses doivent défendre leurs droits, comme d’autres peuples le font, y compris dans l’UE. Des solutions existent. À l’extérieur de l’Europe, les cas sont nombreux : observons que récemment, dans un cas beaucoup moins grave (60% d’augmentation du prix du foncier en 10 ans alors qu’en Corse il s’agit de 138% en 7 ans !) la Nouvelle Zélande a décidé d’interdire la vente de biens immobiliers à des étrangers. En Europe (mais hors UE) la Suisse protège également son patrimoine immobilier et limite drastiquement les possibilités d’acquisition par les étrangers. Au sein même de l’Union Européenne, Åland (province de Finlande) réserve l’achat de l’immobilier aux résidents, et le Danemark interdit l’achat de résidences secondaires aux étrangers. Il existe également le cas de Bolzano. Pour une double démarche, institutionnelle et populaire : « Terra salva » Cette démarche pourrait s’organiser autour d’un programme de négociation avec Paris, qui comprendrait les six points suivants : - Statut de résident - Résidence administrative et fiscale - Dispositif type « Bolzano » (Italie) - Centre des Intérêts Matériel et Moraux - Renforcement de la spécificité en matière de fiscalité du patrimoine (ex « arrêté Miot ») - Respect plein et entier par l’administration d’Etat du PADDUC, et notamment des 105.000 ha d’Espaces Stratégiques Agricoles (ESA).   GHJUVENTÙ LIBERA Depuis la décision du FLNC de sortir de la clandestinité et l‘accession du mouvement national “aux responsabilités“ à l‘assemblée de Corse, la part de résidences secondaires sur notre terre explose littéralement. Cette augmentation significative de logements appartenant à des non corses, et majoritairement à des Français semble ne plus pouvoir être freinée, tant les moyens à notre disposition pour lutter contre cet accaparement de la terre par les puissances de l‘argent sont limités. Le statut de résident aurait pu être un outil permettant de réguler cette situation mais c‘était sans compter sur la volonté de Paris de faire échouer systématiquement chaque tentative de notre part visant à endiguer le phénomène. Les Corses se retrouvent ainsi depossédés de leur terre et face à la flambée des prix, ne sont plus en capacité de se loger. Cet état de fait touche particulièrement notre jeunesse, qui dans un avenir proche sera contrainte à l‘exil si elle veut pouvoir se loger. Les résidences secondaires qui étaient encore hier des bronzodromes pour riche Français en fin de vie sont devenues des investissement rentables par le biais du développement des locations type B&B qui constituent une concurrence déloyale au secteur hôtelier et un facteur déterminant de l‘augmentation des prix du foncier. Heureusement le développement de ce nouveau secteur économique a des conséquences positives pour les Corses et particulièrement en matière d‘emplois, désormais nos jeunes sont invités à faire du gardiennage dans ces maisons où à en assurer l‘entretien. De communauté historique sur cette terre, nous serons bientôt devenus une communauté de domestiques, merci bwana. Les terres quand elles ne sont pas vouées à la speculation sont aujourd‘hui occupées par des bases militaires, ou réservées pour accueillir des locaux de gendarmeries et des logements pour les familles des forces d‘occupation. Les derniers chiffres de L‘INSEE prouvent que l‘immigration française sur notre sol tend à s‘accélérer, et cette vague migratoire se traduit par la mise en place de non Corses à des postes de responsabilité dans la plupart des administrations, c‘est le cas par exemple à Pôle Emploi où la direction affiche clairement son hostilité à la charte pour l‘emploi local et au principe de corsisation des emplois. En parallèle, l‘Ambassadeur de France en Corse continue de distribuer à tour de bras des permis de construire légaux ou pas, tout en continuant à se prendre pour le roi de l‘île. Le siècle dernier était celui de la décolonisation pour de nombreux pays du globe, ce siècle est celui de la recolonisation pour notre île. In parechje cità, so oghje messe in piazza iniziative per pruvà di fà calà u numeru di residenzie sicundarie, per via di una tassazione supplementaria. Ci vuleria da allargà st‘iniziative à l‘inseme di u nostru Paese è chjamemu i merri à andà in stu sensu. Chjamemu dinù una volta di più l‘Assemblea di Corsica à piglià in contu l‘urgenza di a situazione è à piglià e so rispunsabilità, andendu s‘ella ci vole sin‘à a disubbidienza civile ! A situazione hè chjara, per pudè campà Corsi annant‘à a nostra terra, a mubilizazione di u Populu Corsu hè più chè necessaria.

Populu è immigrazione : Quì simu in Corsica

Conférence de presse de Corsica Libera sur La promotion du peuple corse et de ses droits du 28 octobre 2015 : Le débat récemment organisé à l’Università di Corsica sur la notion de « communauté de destin » a donné lieu à une large participation de la jeunesse à travers notamment les syndicats étudiants. Des prises de positions très intéressantes ont été effectuées à cette occasion. Nous nous reconnaissons tout particulièrement dans l’intervention, équilibrée et responsable, de la Ghjuventù Indipendentista.Ce débat constitue pour nous l’occasion de préciser notre propre position en ce domaine. Héritier de la lutte des nationaux corses du XVIIIe siècle, le mouvement moderne de libération nationale combat naturellement pour la défense des intérêts politiques de notre peuple, dont il convient de rappeler qu’il est la seule communauté de droit sur la terre corse. Le peuple corse, seule communauté de droit sur la terre corse Comme l’avait solennellement déclaré l’Assemblée de Corse en 1988, à travers une motion déposée par le groupe de A Cuncolta Naziunalista, notre peuple est composé de Corses d’origine et de Corses d’adoption. Lorsque, il y de nombreuses années, le FLNC a adopté la notion de « communauté de destin », cette dernière ne signifiait pas qu’il suffisait de fouler le sol de l’île pour devenir corse instantanément. L’adoption dont il est question suppose une volonté de participer à notre peuple, ainsi qu’un processus d’intégration. Ce mode d’intégration fonctionne depuis toujours dans notre pays et il a conduit au peuple corse actuel.Aujourd’hui, cette communauté nationale, qui a adopté des étrangers tout au long de son histoire, se pose légitimement la question de son avenir, compte tenu de la politique migratoire mise en œuvre par la France sur le territoire corse : 4000 à 5000 personnes s’installent chaque année dans notre pays. Notre taux d’immigration est deux fois plus élevé que la moyenne des pays de l’OCDE, et quatre fois plus élevé que le taux de la France ! (Et oui, contrairement à une idée répandue dans l’hexagone, ce dernier est loin d’être accueillant !)Nos taux de chômage et de précarité sont extrêmement élevés. Notre langue, vecteur majeur d’intégration depuis le fond des âges, est aujourd’hui en danger, ce qui rend les choses encore plus difficiles. Pour autant, les nationaux corses n’ont jamais eu et n’adopteront jamais le discours égoïste qui caractérise aujourd’hui une large part du paysage politique français. Pour paraphraser Michel Rocard « La Corse ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle doit en prendre sa part », propos que le Premier ministre français appliquait quant à lui à son propre pays, conciliant humanisme et bon sens, éthique de conviction et éthique de responsabilité. S’agissant de l’immigration économique, on peut dire que jusqu’à présent la Corse en a pris plus que sa part, ce qui est tout à son honneur mais qui pose pour l’avenir le problème du contrôle par notre peuple de ses flux migratoires, pouvoir dont disposent déjà les Catalans et que le mouvement national revendique depuis fort longtemps.Corsica Libera continuera à militer pour que les institutions de la Corse bénéficient enfin de ce droit de contrôle et de régulation des flux migratoires. La question de l’intégration : ici c’est la Corse La générosité de notre peuple à l’égard de ceux qui sont venus sur sa terre pour trouver de meilleures conditions d’existence implique pour ces derniers de souscrire à un « pacte d’intégration ». Le prélude à ce pacte est naturellement une reconnaissance et un respect réciproque. Ici, ce n’est pas la France mais la Corse. C’est donc la Corse qui accueille les étrangers. La reconnaissance par ces derniers de ce fait incontournable est évidemment la moindre des choses. De la même manière et de façon réciproque, les étrangers voient leurs droits reconnus, au premier rang desquels le droit à une vie matérielle décente et à une progressive intégration.S’agissant des différents modèles d’intégration, celui de la France montre actuellement ses limites, de façon cruellement évidente. Le modèle « multiculturaliste » à la canadienne n’est pas davantage le nôtre : il n’y aura pas sur notre terre de communautés juxtaposées et concurrentes. Nous nous prononçons clairement pour un rejet à la fois du modèle français d’intégration et du modèle multiculturaliste. Un modèle corse doit s’affirmer. Il puise ses racines dans la tradition insulaire du XVIIIe siècle. Rappelons l’attitude extrêmement ouverte de Pasquale Paoli, notamment à l’égard des Juifs : les individus disposaient des mêmes droits quelles que soient leurs origines et confessions. En revanche, il n’était nullement question de nier la place du christianisme dans notre société. Observons que ce modèle corse de gestion de la diversité est proche de l’« interculturalisme » que les Québécois ont notamment développé face au multiculturalisme canadien (cf. travaux de la commission Bouchard-Taylor). Or, c’est ce modèle que le Conseil de l’Europe privilégie depuis la consultation de 2006-2007, rejetant dos à dos d’une part la version française de « l’intégration républicaine » faisant appel à une notion abstraite de « citoyen » détachée de toute réalité, et d’autre part le multiculturalisme qui encourage les communautés à vivre séparément sur un même territoire. Pour les tenants de l’interculturalisme, la vie commune ne peut s’organiser qu’à partir du peuple d’accueil, disposant d’une langue et de valeurs spécifiques et autour duquel s’agencent nécessairement la vie du pays et l’intégration de ceux qui souhaitent y demeurer, même s’il n’est pas demandé à ces derniers de renoncer à leurs religions et à leurs racines. Il existe une « préséance » du peuple d’accueil et de sa « culture fondatrice », pour reprendre la terminologie québécoise. C’est ce que nous exprimons pour notre part en affirmant que le peuple corse est le seul peuple de droit sur la terre de Corse.   La question de la laïcité Ici encore, le modèle français ne correspond ni à nos intérêts ni à nos traditions politiques. Sous l’autorité de Pasquale Paoli, la Corse a inventé un Etat laïque dès la moitié du XVIIIe siècle, ce qui était alors impensable en France et dans le reste de l’Europe. La séparation entre l’ordre ecclésial et l’ordre politique était réalisée, opération extrêmement audacieuse à l’époque. Les Juifs vivant dans l’île disposaient du droit de vote comme les autres citoyens. Il ne s’agissait pourtant pas d’une démarche d’éjection du fait religieux, d’un laïcisme comme celui que la Révolution française créera quelques décennies plus tard. Ce laïcisme français conduit actuellement à des comportements ineptes, comme interdire les crèches dans les lieux publics. Cette laïcité qui prétend effacer les racines culturelles chrétiennes de l’Europe n’est pas la nôtre. La laïcité que nous enseigne la tradition politique corse est fondée sur un respect réciproque. Ici encore, il n’est pas question de renoncer à ce que nous sommes et notamment à l’enracinement culturel chrétien de notre société. La laïcité corse garantit à tous les individus les mêmes droits, quelles que soient leurs religions. Elle donne à chacun la possibilité de se livrer de façon digne au culte de son choix. Elle admet depuis toujours, pour faciliter la vie en commun, ce que les Québécois appellent les « accommodements raisonnables ». La laïcité, dont la raison d’être est de permettre le vivre ensemble, place toutes les personnes, de toutes confessions, dans une position de stricte égalité du point de vue politique, administratif, et quant à leurs droits individuels. En revanche, il n’est pas envisageable de mettre sur le même plan le christianisme, intégré culturellement dans notre pays depuis deux millénaires, et les autres religions présentes dans l’île. On comprendra aisément par exemple que nos fêtes religieuses aient vocation à demeurer ce qu’elles ont toujours été, et que notre laïcité ne conduira pas à leur substituer celles d’autres religions présentes dans l’île.  La crise des réfugiés Il ne s’agit pas ici d’un cas d’immigration économique mais de réfugiés que la guerre a jetés vers l’Europe. Que faire devant cette urgence ? Tenter de barricader ses portes en tremblant, comme certains le suggèrent? Ceux qui ont « une certaine idée de la Corse », ceux qui considèrent que nous sommes une nation, et non une population apeurée sur un morceau de territoire français, ne peuvent avoir cette attitude. En premier lieu, parce que le droit d’asile relève du jus gentium appliqué par tous les pays civilisés. En second lieu, parce que cette forme particulière d’hospitalité est chez nous essentielle, de par nos racines culturelles chrétiennes et notre propre tradition politique. À cet égard, le paolisme n’a pas fini de nous délivrer ses enseignements.En tout état de cause, il convient d’observer que la participation de la Corse à l’effort européen concernera seulement quelques dizaines de personnes à accueillir.Par ailleurs, ne peut-on mettre à profit l’émotion suscitée par cet épisode dramatique pour fédérer toutes les ressources disponibles dans le sens d’une solidarité organisée face à toutes les situations de détresse ? L’Assemblée de Corse ne pourrait-elle se doter d’une entité politique en charge de la coordination de l’ensemble des administrations, des associations et des particuliers, non seulement pour participer – dans la mesure de nos modestes capacités – à la gestion de la présente situation de crise, mais à plus long terme pour venir en aide à tous ceux qui dans l’île éprouvent les plus grandes difficultés ? C’est ce que le groupe Corsica Libera a officiellement proposé à l’Assemblée de Corse lors du débat public du 2 octobre 2015. Ainsi, non seulement les détresses locales ne seraient pas délaissées au profit des réfugiés mais ces derniers auraient provoqué une prise de conscience salutaire au bénéfice de tous. Car la générosité et la solidarité n’ont pas vocation à se diviser mais à s’additionner. La citoyenneté : un pont entre le statut de résident et la nationalité corse de demain Le statut de résident, adopté par l’Assemblée de Corse, constitue une avancée importante dont nous devons obtenir la mise en œuvre par Paris. Pour autant, il ne saurait constituer une fin en soi. Nous militons pour une citoyenneté corse, laquelle devra conduire à terme à l’institution d’une véritable nationalité.  Une citoyenneté fondée sur dix ans de résidence à titre permanent (critère retenu depuis une quinzaine d’années par l’ensemble des formations nationalistes dans le cadre de « A Cunsulta Naziunale ») ainsi qu’une connaissance de notre langue (compétence de niveau A2, critère proposé par le rapport de la mission universitaire sur l’avenir de la Corse d’avril 2011).Cette citoyenneté permettrait d’accéder à la propriété immobilière, à l’emploi, ainsi qu’à l’inscription sur les listes électorales.Observons que la corsisation et la corsophonisation des emplois demeurent des axes essentiels de la politique que nous préconisons. Enfin, précisons que ces propositions de notre part, bien que parfaitement cohérentes avec l’objectif d’indépendance nationale, ont vocation à être mises en œuvre par les autorités corses dès la prochaine mandature, quitte à ouvrir des contentieux avec l’Administration de l’Etat français. Corsica Libera
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