#143 : Cap’articulu di Eric Simoni : Redéploiement des forces vives le rejet de la soumission

De la Guadeloupe à la Kanaky, en passant par la Corse - au delà de tout ce qui n’est pas forcément comparable - il existe un point commun qui relie toutes « ces îles que l’on dit françaises »*, et qui, en réalité, ne le sont ni par la culture, ni par la géographie, ni par l’Histoire. Il s’agit de l’attitude d’un Etat qui ne s’oriente vers un semblant de dialogue qu’en cas de tensions et de troubles graves, et trahit systématiquement sa parole, ses engagements, et tout espoir de résolution raisonnable, juste, politique, des problèmes posés par des peuples à qui l’on dénie des droits pourtant imprescriptibles, et reconnus par les Nations Unies depuis toujours. Comme si l’annexion par les armes et le feu, sur fond de massacres des populations autochtones, était le seul critère de légitimité reconnu, au mépris de toutes les déclarations officielles assénant à longueur de temps l’exact contraire. « Les stratégies visant à amoindrir le caractère national de revendications légitimes et validées par le peuple(...) sont vouées à l’échec. » Ce cynisme insupportable et injustifiable, porteur de tant de drames passés et potentiels, conduit non seulement à un déshonneur, source de futures repentances hypocrites - exercice dans lequel l’Etat français est devenu champion toutes catégories -, mais aussi au désaveu de personnalités lucides, honnêtes, impliquées dans des processus vertueux, comme a pu l’être, en son temps un Michel Rocard par exemple. La logique aveugle d’un vieil empire colonial qui ne veut pas mourir alors qu’il pourrit de l’intérieur s’applique alors par des démonstrations de force, et des rigidités absurdes, qu’il applique avec d’autant plus de détermination morbide à sa périphérie que son vieux cœur décadent n’arrive plus à battre qu’au rythme imposé par les banques et les puissances financières du moment. En Corse, comme ailleurs, la démonstration a été faite, à maintes reprises, que les stratégies visant à amoindrir le caractère national de revendications légitimes et validées par le peuple, ou celles qui privilégient une pérennité purement électorale sur la consolidation d’un socle cohérent, combatif et déterminé à changer la situation, sont vouées à l’échec. Oublier la nature du système étranger qui nous est opposé, n’avoir comme seule ligne d’horizon que la désagrégation de la vieille classe politique aux affaires pour se contenter de les gérer un peu mieux, alors que les mécanismes de dépendance et de destruction de notre être collectif perdurent, c’est participer à l’anesthésie du peuple dont on est censé défendre les intérêts. Ça n’est pas ce dont la Corse a besoin, ce n’est pas ce pourquoi les patriotes corses se battent depuis si longtemps. « L’avènement d’hommes d’Etat français capables d’une hauteur de vue et d’un courage politique suffisants pour infléchir cette ligne mortifère semble une perspective de plus en plus lointaine. » En France, malgré les efforts unilatéraux émanant exclusivement de la Lutte de Libération Nationale en vue de créer les conditions les plus favorables à une résolution pacifique et véritablement démocratique de la situation, l’« Etat profond » est manifestement toujours en guerre contre l’idée même d’une nation corse exerçant une quelconque forme de souveraineté. Le sort réservé aux prisonniers politiques, le mépris affiché pour les décisions ou votes de l’Assemblée de Corse, et autres injonctions préfectorales, en attestent. Et l’avènement d’hommes d’Etat français capables d’une hauteur de vue et d’un courage politique suffisants pour infléchir cette ligne mortifère semble une perspective de plus en plus lointaine. Dans la période qui s’ouvre, toutes les forces vives de notre pays devront donc, nécessairement, trouver les voies et moyens d’un redéploiement efficace et durable, en se rappelant toujours ce qu’écrivait en substance Sun Tzu: « Quand l’ennemi t’a emmené à le combattre avec des armes choisies par lui, à utiliser le langage qu’il a inventé, à te faire chercher des solutions parmi les règles qu’il a imposées, tu as déjà perdu toutes les batailles, y compris celle qui aurait pu le vaincre. » Le stade ultime d’un tel funeste processus étant atteint lorsque l‘on ne combat plus l‘ennemi et que l‘on adhère à l‘idée de sa propre soumission. Ce qui ne sera jamais le cas pour qui veut réellement libérer et construire la nation. Eric Simoni * « Ces îles que l’on dit françaises » est un ouvrage collectif paru en 1985 et préfacé par Jean Marie Tjibaou.            

#142 : Cap’articulu di Eric Simoni : Unité stratégique : convergences et lucidité face à la répression.

La récente conférence de presse des associations de défense des prisonniers politiques corses, au delà de représenter un gage d’efficacité supplémentaire dans un dur combat pour la justice et la liberté, aura permis de démontrer que la volonté de « normalisation » de la Corse, sur fonds de dilution de nos solidarités les plus élémentaires, ou de marginalisation d’une revendication authentiquement nationale, ne pourra avoir lieu. Ceux qui, à Paris ou ailleurs, misent depuis toujours sur l’essoufflement, le découragement ou les contradictions - inévitables dans toute entreprise humaine - du mouvement national corse, en seront pour leur frais : jamais les Corses n’oublieront ce qu’ils ont en face d’eux, et qui les sépare de leurs objectifs légitimes de justice, de liberté, et de dignité en tant que peuple à part entière. Ceux qui ont voulu, au delà de nos propres erreurs, nous diviser, s’apercevront, à leur dépens, qu’ils nous ont multipliés. Une unité stratégique est en route, forte d’une pluralité qui doit devenir source d’émulation positive, et point d’ancrage des mobilisations à venir pour arracher au sort que leur fait l’Etat français les patriotes corses aujourd’hui embastillés, comme toutes les victimes d’une répression politique inique et multiforme. Les manœuvres visant à étouffer des aspirations profondes, naturelles, puisant à la source de l’Histoire et de la culture multiséculaire de tout un peuple, empruntent de partout et de tout temps les mêmes voies : déstabilisation de la société traditionnelle systématiquement présentée comme incompatible avec une nécessaire modernité civilisatrice, interdiction administrative ou institutionnelle d’envisager toute forme de développement conforme aux réels intérêts du peuple et à ses réalités culturelles, et enfin, déploiement de tout un arsenal légal - et même illégal si nécessaire - pour réprimer toute forme de révolte contre cette violence permanente baptisée pour la circonstance « Etat de droit ». L’installation d’une « troisième voie » accompagnant « en douceur » la lente agonie programmée d’une nation qui pourrait, qui devrait, au contraire, revivre et se libérer est également systématiquement envisagée, et tentée chaque fois que l’occasion se présente. Pourtant, l’avenir continue à appartenir aux peuples qui n’acceptent pas de péricliter, pas seulement parce que c’est de leur sort qu’il s’agit, mais parce que, instinctivement parfois, ils ont conscience d’un enjeu plus universel, renvoyant aux paroles que Jean Paul II prononça à l’UNESCO en 1980 : « Veillez par tous les moyens sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-là comme la prunelle de vos yeux pour l‘avenir de la grande famille humaine. » La Corse, en tant que nation actuellement sous férule étrangère, comme cela a souvent été le cas au cours de son Histoire, ne saurait faire défaut à cette sage exhortation. U Ribombu Internaziunale #URibombu #sulidarità

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Ottobre d’u 2021

AVANZÀ, SEMPRE ! Comme en 2020, cette année encore, du fait des contraintes liées à la crise sanitaire, Corsica Libera n’a pu tenir ses Ghjurnate Internaziunale di Corti. Malgré tout, le mouvement, poursuivant ses échanges internationaux dans une situation en pleine évolution, et ayant un message important à délivrer au plan national, ne pouvait se passer d’une participation sous un format qui puisse répondre aux impératifs du moment. Ce fut chose faite, grâce à de nouveaux moyens techniques et à l’engagement d’intervenants de qualité autant que des militants impliqués dans l’organisation d’un évènement réussi, et qui aura sûrement des prolongements concrets. D’autant plus, qu’au delà du format présentiel forcément restreint, la diffusion sur les réseaux sociaux et les visio-conférences avec d’éminents représentants étrangers ont touché, selon les statistiques officielles, plus de 80000 personnes. Du débat du matin sur la création d’un Centre Hospitalier Universitaire, couvert par notre journal, à la conclusion politique de Corsica Libera en fin d’après midi, le programme était dense : thématique du rôle de la jeunesse au sein de la Lutte de Libération Nationale, solidarité face à la répression politique, abord pragmatique des questions internationales avec les peuples en lutte, dont il faut saluer l’engagement constant à nos côtés, et qui ont tenu à participer à cette journée grâce à une technologie à distance, ici parfaitement maîtrisée. Au delà d’un contenu, dont on mesure l’importance, de nombreux observateurs ont signalé qu’à cette occasion Corsica Libera « renouait avec ses fondamentaux ». En fait, il ne faut pas voir là un quelconque retour nostalgique vers le passé, mais, bien au contraire, l’expression réaffirmée, pour ce courant qui vient de loin, de jouer, comme il l’a toujours fait, le rôle de précurseur, de laboratoire d’idées et, surtout, de solutions pérennes pour la Corse et son peuple. Avec toutes les actions, toutes les mobilisations et les combats politiques que cela implique. La légitimité historique, l’expérience des luttes menées, la capacité permanente au renouvellement et à la transmission fondent le socle inébranlable sur lequel bâtir un avenir de conquête - et non de reniement - de tous nos droits nationaux. Avancer, toujours. Même difficilement, car la voie de la facilité est rarement celle des vraies victoires. Au final, ne rien céder. Ce qui est, en fait, fondamental, c’est de doter le peuple corse d’outils inoxydables, inaltérables, résistants aux effets de mode, aux effets du temps comme à ceux de politiques trop politiciennes, aptes à traverser toutes les épreuves, à se renouveler, à se réinventer sans cesse, au service de la seule cause qui vaille: l’avènement d’une nation libre et indépendante, capable de tisser des liens de coopérations librement consentis au service de son développement et de ses véritables intérêts économiques notamment, afin d’assurer un avenir de paix et de prospérité à son peuple. Cette réaffirmation de toutes nos solidarités et de cette ambition pour notre pays, ouvre un champ immense où toutes les conditions doivent être réunies pour permettre la convergence des forces vives de la nation à libérer et à construire. La prochaine Assemblée Générale de Corsica Libera sera, à cet égard, un moment clé de ce redéploiement et de ce nouvel essor.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Maghju d’u 2021

Écrire un autre scénario : rompre avec la dépendance. Au delà du temps électoral qui voit surgir ponctuellement dans tous les programmes affichés, une kyrielle de propositions sans cohérence, et le plus souvent sans lendemain, la réflexion que mène le mouvement national, et en particulier le courant indépendantiste incarné par Corsica Libera, trace depuis longtemps déjà les axes d’un véritable projet de société. Des premières contributions historiques du FLNC, notamment à travers ses quaterni, aux réactualisations les plus récentes (Corsica 21, quaterni di l’indipendenza, ...), c’est là que se situent, à notre sens, les seules perspectives viables pour un peuple maître de son avenir dans un pays enfin libre et développé. Le dossier du tourisme est à cet égard emblématique. Il résume à lui seul toutes les impasses où nous ont conduits des décennies de dépend ance mortifère, et de schémas imposés en inadéquation totale avec tout projet de développement durable. Avec le ratio de fréquentation que la Corse connaît, le tourisme devrait être un formidable levier de développement pour toute une économie productive, notamment, par exemple, dans le secteur agro-alimentaire. Au lieu de cela, avec plus de 90% de produits importés, un impact environnemental non maîtrisé qui détruit progressivement la ressource, une soumission institutionnalisée aux logiques des grands systèmes de distribution français et européens, un para-commercialisme basé sur la location au noir de résidences secondaires, que la plupart des Corses ne pourront d’ailleurs jamais acquérir, le constat est catastrophique. Le « retour à la normale » après une crise sanitaire, qui a démontré toute la fragilité de ce brinquebalant modèle économique, serait sans doute la pire des choses. Un autre scénario doit être écrit, et c’est aux forces vives de notre nation de le faire.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Aprile d’u 2021

A Salute, una priurità, ma dinù una lotta pupulare. La crise sanitaire que nous traversons a mis en lumière, en Corse comme ailleurs, les failles d’un système dont la fragilité et la dérive virtuelle apparaissent chaque jour davantage. Au delà de conséquences économiques et sociales, qui appellent des solutions découlant d’approches diamétralement opposées à tout ce que nous subissons depuis trop longtemps, les politiques de Santé Publique que l’on nous impose sont de plus en plus remises en question. La logique paradoxale à laquelle nous sommes confrontés en permanence est celle d’un État central qui tente de compenser ses défaillances par une omniprésence et un contrôle délétère de réalités humaines qui, dans les faits, inéluctablement, lui échappent de plus en plus. Son seul objectif étant de ne pas perdre la main. Ainsi, le rôle des ARS, aujourd’hui véritables préfectures de santé, aux antipodes d’une vision souple, décentralisée, et adaptée aux territoires, est remise en question même au sein de l’hexagone. Pourtant depuis près d’un an, après le rapport présenté le 27 mars par Jean Guy Talamoni, Président de l’Assemblée de Corse, intitulé « Luttà contr’à u Covid-19 », une feuille de route cohérente, potentiellement efficace, nous était proposée. Il s’agissait d’un véritable cap à tenir dans la tourmente. Dès lors, malgré la bonne volonté de tous les acteurs de terrain, l’implication immédiate de l’Université de Corse et de son laboratoire de virologie, ainsi que la synergie d’action des professionnels de santé, les obstacles et décisions arbitraires imposées depuis Paris n’ont servi qu’à créer retard et confusion; il aura fallu plusieurs mois, par exemple, pour que la réalité géographique d’un territoire insulaire de Méditerranée soit prise en compte. Comme le soulignait l’Associu Corsu di a Salute lors de sa conférence de presse du 26 juin dernier, « toutes les initiatives concrètes, utiles, vitales, émanant de la société corse semblaient se heurter à une inertie incompréhensible, alors que l’urgence était là. On peut admettre que tout n’ait pas été faisable ou prévisible. Mais empêcher d’agir lorsque c’est possible et nécessaire est typique d’un système étranger que nous subissons depuis trop longtemps, dans tous les domaines. Mais qui ne se remettra jamais en question sans y être obligé. » Aujourd’hui, dans un domaine aussi sensible que l’organisation de la Santé, il apparaît plus que jamais urgent de se mobiliser pour faire entendre la voix de la Corse. La construction d’une stratégie territoriale coordonnée, la création d’un Centre Hospitalier Universitaire multi-site et d’une Assistance Publique Corse, le transfert de la compétence santé à la Collectivité de Corse, la valorisation des compétences, des formations et des conditions de travail des personnels de santé, l’autonomisation du régime d’assurance maladie, la reconnaissance du surcoût de fonctionnement des structures hospitalières insulaires, la construction d’un nouvel Hôpital à Bastia  et d’un Hôpital de proximité en Plaine Orientale, sont autant de priorités programmatiques pour Corsica Libera. Ce sont aussi d’évidentes nécessités au regard des besoins réels de notre peuple en matière de santé. Ce seront sûrement, n’en doutons pas, d’âpres combats à mener contre l’inertie cynique d’une bureaucratie hors sol. Mais ces luttes là, comme tant d’autres, s’inscrivent dans le cadre de la défense de l’intérêt national dans sa dimension la plus humaine et la plus concrète. Charge à chacun d’entre nous d’y participer avec détermination.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Marzu d’u 2021

Développement durable et dessein national « Dans ce système, seuls la dépendance et l’effondrement de nos ressources naturelles seront durables, voire définitifs. » La notion de développement durable est aujourd’hui omniprésente, dans les médias, dans les discours, dans tous les programmes politiques. Pourtant, dans notre pays, nous ne cessons de nous éloigner de ces objectifs vertueux, sous la pression de lobbies puissants favorisés par une administration étrangère insensible aux aspirations légitimes de notre peuple. Ainsi, lorsqu’il s’agit de polluer, de détruire notre environnement - véritable richesse économique dans le cadre d’un développement durable -, toutes les dérogations sont possibles : la destruction de l’herbier de posidonies envisagée dans le cadre des projets de port sur le site de la Carbonite à Bastia, n’est qu’un des nombreux exemples de cette scandaleuse réalité. En revanche, concernant l’obtention d’un statut fiscal et social qui orienterait au mieux l’activité économique, ou d’un statut de résident qui mettrait un frein à la frénésie spéculative, c’est un « niet » absolu qui nous est opposé. Dans ce contexte global, alors que la question du traitement des déchets correspond, de l’avis général, à une priorité, comment s’étonner que la Corse soit l’un des plus gros producteurs de déchets urbains solides par habitant du monde? Au delà de l’application des seules lois existantes, réclamée par certaines associations, il semble à la fois urgent, et pour tout dire vital, de changer radicalement de logique et d’en finir avec la prise en otage de notre économie par des forces qui nous conduisent collectivement à la ruine. Dans ce système, aujourd’hui contesté non seulement par des militants politiques ou associatifs, mais aussi par des acteurs économiques lucides et conscients des véritables enjeux, seuls la dépendance et l’effondrement de nos ressources naturelles seront durables, voire définitifs. Mais il n’y a aucune fatalité à ce que la Corse continue sa descente aux enfers, et que ce paradis, qui est à portée de main, soit inexorablement transformé en no man’s land pour notre peuple et ses générations futures. Il faut, pour cela, rester mobilisés, refuser l’application ici de modèles importés et dont on ne veut même plus ailleurs. Cela passe par une redéfinition des enjeux et des objectifs prioritaires, dans le cadre d’un projet de société cohérent, et en rupture avec toutes les formes de dépendance ou de soumission. Ce projet existe. Il demande à être réactualisé en permanence et est forcément évolutif, mais il est, depuis toujours, porté par celles et ceux qui ne renonceront jamais à libérer et construire la nation. Il nous appartient de le préciser, et d’en faire la feuille de route qui permettra à chaque acteur de la vie politique, économique, culturelle, associative d’agir pour installer une réalité alternative incontournable, que nulle force étrangère aux intérêts de notre peuple ne pourra nier ou réduire. La tâche est immense. Elle est à la mesure du grand dessein d’un peuple dont le destin national finira par s’accomplir contre vents et marées.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Ferraghju d’u 2021

« ...On m’ôtera les armes et je la défendrai avec mes mains la maison de mon père. On me coupera les mains et je la défendrai avec mes bras la maison de mon père. On me laissera sans bras, sans poitrine et je la défendrai avec mon âme la maison de mon père. »* S’il est un combat emblématique de la lutte nationale corse c’est bien celui que les patriotes ont de tous temps mené contre la dépossession foncière de notre peuple. Le phénomène de transfert de la terre et des biens immobiliers excluant les Corses au profit de personnes ou de groupes financiers étrangers, qui est à l’œuvre depuis trop longtemps déjà, a connu une accélération notable ces dernières années. Certaines mobilisations de la part de Corsica Libera, comme aux Palazzi en Balagne ou au couvent de Santa Catalina à Siscu ont permis de donner un coup d’arrêt ponctuel à cette pression permanente des forces de l’argent qui tend à faire des Corses des errants sur leur propre sol. Cela est d’autant plus insupportable que ce qui nous lie à notre terre, comme à nos maisons, va, depuis le fond des âges, bien au delà de la propriété matérielle. Nous appartenons au lieu au moins autant qu’il ne nous appartient. Aucune administration étrangère, aucune transaction financière, ne sera jamais assez légitime à nos yeux pour nous faire accepter cette logique mortifère de dépossession programmée. De l’action armée du FLNC jusqu’en 2014, à la revendication d’un indispensable statut de résident, en passant par le programme intitulé « Terra salva » défendu par le groupe d’élus de Corsica Libera à l’Assemblée de Corse, la volonté du peuple corse de combattre ce fléau s’est toujours affirmée. Et continuera à le faire. C’est une question vitale qui touche non seulement à ce qui doit être reconnu comme nous appartenant, mais aussi, comme on l’a vu, à ce que nous sommes. La résolution démocratique de ce problème est également une exigence autant qu’une garantie d’évolution pacifique durable dans un contexte qui ne cesse de se tendre et de s’aggraver, du fait d’apprentis sorciers qui, dans les officines parisiennes, continuent de penser que le pourrissement de la situation est toujours la meilleure stratégie. La Corse ne connaît que trop bien les conséquences de ce genre de calculs, aussi ineptes que cyniques. Notre Histoire contemporaine en est, malheureusement, jalonnée. Ils ont pourtant échoué jusqu’ici à réduire notre sentiment national et ce dernier a, au contraire, été à l’origine de victoires sur un terrain institutionnel pourtant miné par un corps électoral en partie étranger. Il n’en demeure pas moins que la lutte contre une spéculation immobilière prédatrice aux effets délétères doit être prioritaire et nécessitera un mouvement global intéressant toute la société, bien au delà des rangs d’une Assemblée de Corse qui, aujourd’hui, n’est pas en mesure d’imposer, seule, les règles indispensables à la sauvegarde de nos intérêts communs face à un Etat français plus sourd et aveugle que jamais. Comme les indépendantistes n’ont eu de cesse de le rappeler, le maintien de l’usage et de la propriété de notre terre par les Corses est une des conditions indispensables pouvant nous permettre d’assurer un avenir à notre peuple. Aujourd’hui, le combat politique à mener contre l’exclusion des Corses de leur propre terre répond toujours, à la fois, à des problématiques d’ordre social, agricole, culturel, économique ou environnemental. Il est central, essentiel, incontournable, et demandera la mobilisation de toutes les forces vives de notre pays. *Gabriel Aresti (La maison de mon père, 1963, Euskadi)

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Ghjennaghju d’u 2021

2021 : Pace, Salute, è Libertà, frutti difficiuli di a lotta pulitica. L’année 2020 restera une année sombre à maints égards et dans beaucoup d’esprits. Les conséquences de la pandémie ont mis en lumière les nombreuses défaillances d’un système qui continue de camper sur de fausses certitudes et des orientations parfois aussi péremptoires qu’erronées, sans jamais se remettre en question. Mais aussi, dans quelle condition d’extrême fragilité se retrouve notre société corse face à n‘importe quel phénomène émergent, dès lors qu’elle est dans l’impossibilité de réagir vite, bien, et de manière adaptée. Les liens de dépendance et le carcan administratif français s’opposent en permanence aux initiatives cohérentes qu’un territoire insulaire et une société de proximité comme la nôtre peuvent générer. Et ce, dans tous les domaines, la Santé Publique n’étant qu’un exemple - essentiel certes - mais pas isolé. Pourtant les plans vertueux existent et ne demandent qu’à être appliqués. Il faudra bien y venir car, au delà de revendications légitimes portées par tout un peuple depuis des décennies, il s’agit là, chaque jour davantage, d’une question de survie. Dans le bras de fer qui s’annonce, avoir certains leviers institutionnels en main ne suffira pas si une nouvelle stratégie - celle qui aurait dû prévaloir dès l’accession de la coalition Pè a Corsica aux rênes de l’Assemblée de Corse - n’est pas adoptée. Chaque pas que nous voudrons faire dans le bon sens, sera entravé. Mais ça, ce n’est pas nouveau, et les rapports de force politiques sont le quotidien des peuples qui veulent s’affranchir d’une tutelle étrangère partout dans le monde, et toujours dans l’Histoire. L’oublier pour se satisfaire de cogérer le système que l’on nous impose n’est sûrement pas dans l’ADN de Corsica Libera : cela a été rappelé à plusieurs reprises. L’année qui se termine, au delà des rétrospectives événementielles, est pour un grand nombre de Corses marquée par un sentiment de désillusion et une vive inquiétude pour l’avenir, dans tous les domaines, certains n’hésitant pas à parler d’ « annus horribilis ». Pourtant notre peuple a connu d’autres moments difficiles : des générations de Corses ont passé - et passent encore - des Noëls loin d’un proche injustement emprisonné; des drames, des deuils cruels, des souffrances partagées ont jalonné l’Histoire de notre pays, et celle de nos luttes les plus récentes. Notre nation a toujours produit des individus assez pragmatiques et réalistes pour savoir que ce n’est pas en renonçant à ses rêves que l’on peut se donner la moindre chance de changer la réalité. Or c’est précisément sur la réalité que tout combat politique digne de ce nom doit s’efforcer d’influer. L’évolution des modalités de lutte, pour nécessaire qu’elle soit, n’altère en rien la finalité et les fondements d’une démarche visant, depuis et pour toujours, la libération nationale de la Corse. En attendant, une nouvelle année commence, et les défis qui nous attendent ne doivent pas nous faire oublier les voeux de circonstance, surtout lorsqu’ils sont sincères et qu’ils nous engagent véritablement: Pace è Salute à tutti, è, sopratuttu, Libertà pè a Corsica è i so figlioli, chì, senza libertà, ùn ci pò esse, veramente, nè pace, nè salute. CUMPRATE LU : https://uribombu.corsica/produit/n133-ghjennaghju-du-2021/
Back to Top
Product has been added to your cart