Ghjennaghju #155 – Cap’Articulu : Liberté, vérité, dignité : la voie de la lutte

L’année 2023 a commencé en Corse dans une atmosphère lourde. L’offensive répressive menée contre Corsica Libera, dont tous les observateurs honnêtes ont souligné le caractère politique et arbitraire, s’ajoute aux autres signaux négatifs que l’Etat français ne cesse d’envoyer à la Corse, depuis le début de cette tartuferie que d’aucuns s’ingénient encore à qualifier de « processus ». Pendant que les mots Pace è Salute, aspirations aussi universelles que légitimes, étaient sur toutes les lèvres, des patriotes, dont le seul tort est de ne pas accepter le sort fait à leur pays, subissaient les conséquences de ces manoeuvres. Le maintien en détention, à l’occasion d’une procédure incidente, malgré son état de santé, et qui plus est dans une prison française, de Charles Pieri s’inscrit certainement dans cette logique. Les campagnes calomnieuses, relayées dans certains médias par des billets directement dictés par la place Beauvau, dont la dernière conférence de presse de l’association Sulidarità a mis en évidence le caractère grotesque ainsi que la finalité mortifère, poursuivent quant à elles le même sinistre objectif: faire le lit de toutes les manipulations, de tous les coups tordus, pour permettre à l’Etat d’en finir avec le courant qui ne renoncera jamais à faire de la Corse un pays libre et souverain, et à assurer à son peuple la reconnaissance qui lui est due, au même titre - c’est à dire ni plus ni moins - qu`à chaque peuple de la planète. Dans ce contexte plus que trouble, le « secret défense », tout récemment évoqué concernant l’assassinat d’Yvan Colonna, vient contredire ceux qui continuent à croire, ou à tenter de faire croire, que la vérité dans cette affaire viendra des institutions françaises. Plusieurs décennies n’ont pas permis de lever le voile sur des sujets qui pourraient gêner, et qui ont pourtant fait l’objet d’analyses, de recherches et d’investigations sérieuses, menées, elles, par de véritables militants de la vérité - certains étaient des journalistes d’ailleurs - dont il faut saluer le courage. Quand un temps suffisamment long s’est écoulé, un gouvernement ouvre généreusement l’accès à des archives qui, le plus souvent, ne mettent à jour que des notes administratives sans intérêts, ou l’implication de quelques lampistes la plupart du temps déjà disparus. De l’assassinat d’un Thomas Sankara à l’ « accident de la caravelle Ajaccio-Nice », les mécanismes de dissimulation et de détournement de la vérité restent les mêmes, répondant à l’« omertà » d’un système dont le seul but est de sauver les apparences plutôt que la démocratie. Les seuls moments où la machine se grippe, et où les gardiens du mensonge d’Etat sont en difficulté, c’est lorsqu’ils sont pris la main dans le sac, comme à l’époque des évènements de Bastelica-Fesch, ou des provocations du Préfet Bonnet, par exemple. On parlera aussi volontiers de ce qui s’est passé il y a trente ans, en jurant ses grands dieux de faire toute la lumière dessus: cela présente le double avantage de donner l’illusion d’un fonctionnement démocratique... Et de taire ce qu’on est en train de faire, à l’heure où l’on attire toute l’attention ailleurs. C’est à ce cynisme que le peuple corse doit faire face. La vérité, la liberté, la dignité ne seront que l’aboutissement de ses luttes. Mais ça, au fond de lui, et quelles que soient les manoeuvres dilatoires visant à le lui faire oublier, il le sait depuis toujours.

Dicembre #154 – Cap’Articulu : Renforcer le courant qui ne cédera jamais

Les dernières exactions répressives de la police politique française dans notre pays ont bien démontré, de nouveau, une volonté obsessionnelle de réduire avant tout la libre expression de l’idée nationale corse. Incarcérer, une fois encore, un responsable historique comme Charles Pieri grâce à une procédure incidente, cibler, sans aucune retenue, un mouvement politique, dont on perquisitionne les locaux et contre lequel on procède à de véritables kidnapping de militants au petit matin, pour les interroger pratiquement exclusivement sur le fonctionnement de leur parti, traduit une démarche d’intimidation aussi cynique que vaine. Cynique, parce qu’elle a toutes les caractéristiques des pressions exercées par des régimes dictatoriaux, tout en se prévalant d’un « état de droit » qui, en Corse, consacre chaque jour un peu plus le droit, pour l’Etat, de faire tout et n’importe quoi. Vaine, parce que si ces manœuvres ont tout de l’acharnement, elles n’ont rien d’original : des décennies de lutte, et de coups tordus dont l’Etat français s’est rendu régulièrement coupable ici, nous ont collectivement habitués à être inaccessibles à toute forme de découragement. Et aujourd’hui cette force a diffusé et s’est transmise, malgré tout ce qui a été entrepris pour l’étouffer, car, au delà des individus et des générations, elle est l’inaltérable élan de vie d’un peuple qui a un destin national à accomplir. Mais tout cela ne survient pas par hasard: en 2018, le mouvement national uni venait d‘obtenir la majorité absolue des suffrages corses sur la base d‘un projet clairement national. À ce moment-là, rien ne semblait pouvoir arrêter cette démarche. Devant le problème grave que cette situation lui posait, Paris à mis au point sa stratégie de riposte: diviser le mouvement national en engageant des pourparlers avec une partie de celui-ci (“les gentils“ dans la terminologie de Darmanin), afin d‘écarter “les méchants“ des responsabilités institutionnelles, puis dans un deuxième temps de les réduire par la répression. Non sans avoir, au préalable, entrepris une sournoise campagne de criminalisation, par le dénigrement systématique de certains de nos responsables. Cela n’aurait pu avoir lieu sans que le pouvoir exécutif actuel à l’Assemblée de Corse ne se laisse circonvenir. Ce qui, au delà d’un problème éthique certain, constitue une faute grave devant l’Histoire : celle d’avoir affaibli la Corse face à un État dont l’attitude aussi fermée que méprisante se nourrit de chaque signal de soumission qu’on lui adresse. Contrairement à certaines assertions, visant à masquer l’âpre réalité, le problème aujourd’hui n‘est pas la présence de prétendus “faucons“ à Paris (ils y ont toujours été majoritaires). Le problème est que certains, en Corse, aient été convaincus de jouer contre leur camp. Il est temps pour eux de changer de stratégie et de le faire clairement. Les Corses, quant à eux, ont bien saisi le caractère ubuesque des dernières mises en examen de nos militants, qui font de tous les Corses conscients d’être un peuple une vaste association de malfaiteurs. Ils savent que c’est notre mouvement et les idées qu’il exprime qui sont directement et exclusivement visés. Ils savent qu’en l’occurrence l’Etat français ne se trompe pas de cible, même si son erreur de toujours est de tourner le dos à une véritable solution politique. Mais ils connaissent aussi notre capacité à faire face; ils ont exprimé par les mobilisations de ces derniers jours, une indéfectible solidarité dont l’affluence observée lors de la dernière soirée de soutien aux prisonniers politiques n’est qu’un exemple. Ils ont conscience que le seul espoir pour les Corses de pouvoir maîtriser un jour leur avenir en tant que peuple à part entière passe par le renforcement durable d’un courant qui a traversé bien des épreuves, qui est capable de se régénérer en permanence, et qui ne cédera jamais. Non, l’Etat français ne s’y est pas trompé. Quant aux Corses, ils savent donc aujourd’hui ce qu’il leur reste à faire.

Nuvembre #153 – Cap’Articulu : Cungressu naziunale Un’alba nova pè Corsica Libera

Dans le contexte actuel, le congrès national de Corsica Libera a su répondre à de nombreuses et impérieuses attentes : importante présence militante, définition d’objectifs prioritaires face aux urgences d’une situation toujours plus préoccupante pour notre peuple, réaffirmation d’axes clairs pour servir sans ambiguïté une lutte de libération nationale plus légitime que jamais sur tous les terrains, positionnement cohérent dans tous les domaines, avec des propositions concrètes rejetant les fausses solutions sectorielles qui finissent toujours par se retourner contre l’intérêt général des Corses. Le signal fort d’un redéploiement et d’un renouvellement autour des forces de la jeunesse, qui sont l’espoir et l’avenir de notre nation, est donné. Il fait écho à une profonde aspiration populaire, déjà bien perceptible lors des dernières journées internationales de Corti, et qui a vocation à s’amplifier. La volonté politique d’aller vers toutes les formes de convergences patriotiques utiles et nécessaires est bien réelle, comme l’expression d’une indéfectible solidarité avec les patriotes qui assument la partie la plus âpre du combat pour que notre nation se libère enfin, et que les Corses aient la garantie de pouvoir exercer leurs droits et prérogatives de peuple à part entière À cet égard, la conférence de presse du collectif d’anciens prisonniers politiques Patriotti du 12 novembre dernier, a su rappeler que, de Ghjuvan Battista Acquaviva à Yvan Colonna, les mécanismes mortifères à l’œuvre pour réduire toute forme de résistance nationale n’ont malheureusement jamais cessé d’être d’actualité. L’Histoire des nations nous apprend que la démocratie et la paix sont des combats souvent menés par une minorité, les armes à la main. Surtout pour une nation mise en demeure de se libérer pour pouvoir simplement exister. Cet apparent paradoxe a une conséquence fâcheuse : certains bénéficiaires momentanés de ces combats sont tentés de faire croire qu’ils ont plus de légitimité que ceux qui les ont menés, ou - ce qui est bien plus grave - que la vraie démocratie peut être réduite et confondue avec l’illusion démocratique de joutes électorales sans impact sur la réalité, au sein d’institutions dorénavant aux ordres d’un pouvoir étranger. C’est ainsi que peuvent se trouver bradées les idées, et hypothéqué l’avenir. Mais les forces vives constitutives de la nation réelle, et les espaces légitimes que le peuple corse s’est donné, en dehors d’un cadre imposé par un système qui va jusqu’à nier son existence, ne sont pas de nature à laisser un tel scénario se dérouler. Le rapport de force politique qui s’instaurera entre la Corse et l’Etat français sera - comme cela a toujours été le cas - déterminant, pour sortir des palabres sans lendemain, des pseudo processus à visée anesthésiante, des « lignes rouges » dont le seul but est d’interdire toute négociation véritable, de l’insupportable cynisme qui caractérise le sort réservé aux prisonniers politiques, et qui ravale la France au rang d’un Etat-voyou preneur d’otages. C’est là une condition indispensable que notre peuple remplira - n’en doutons pas - grâce à l’expérience des luttes déjà menées, comme à ses capacités à renouveler ses forces, ce dont attestent la détermination et la capacité mobilisatrice de sa jeunesse. Più ch’è mai, à populu fattu bisogn’à marchjà.

Ottobre #152 – Cap’Articulu : Imposer de véritables négociations

« Soyons clairs: vous n’êtes pas un peuple, vous n’existez pas en tant que tel. Et puis, il y a des lignes rouges à ne pas franchir, des sujets à ne pas aborder; oui nous savons, ça tombe mal parce que ce sont précisément vos revendications et qu’elles ont été validées par la grande majorité des Corses. Mais puisqu’il est bien entendu que vous n’existez pas, et que nous allons parler de tout autre chose que de ce qui pourrait nous fâcher, le dialogue peut commencer. » Voilà, en substance, ce que nous disent les représentants de l’Etat français. Ceux qui accepteront de telles conditions de « discussion » resteront sûrement dans toutes les mémoires: c’est sans doute à cela que se résume le côté « historique » du processus en cours. La conférence de presse de Corsica Libera du 26 septembre, ainsi que les mises au point de Josepha Giacometti - Piredda qualifiées par certains, à ce moment précis, de voix dissonante dans le concert lénifiant ambiant - avaient permis de mettre en lumière cette réalité. De dire aussi la vérité au peuple corse qui en est avide, notamment en ce qui concerne l’assassinat de l’un des siens dans une prison abattoir française. Mais cette vérité, nous ne le savons que trop, ne sera, tout comme le respect de nos droits nationaux, que le fruit et l’aboutissement de nos luttes. Il n’est peut-être pas trop tard pour faire prendre en considération les dix points mis en avant lors des ghjurnate internaziunale, et qui constituent autant de solutions pour la résolution politique d’un problème qui l’est éminemment. Il n’est peut-être pas trop tard pour faire avoir droit de cité aux trois revendications fondamentales qui ont reçu l’aval de toutes les forces populaires dont la mobilisation, il y a quelques mois, a eu plus d’impact que des années de tergiversations institutionnelles. Mais sans un redéploiement conséquent de la Lutte de Libération Nationale rien ne sera possible. Et la dernière décision inique des institutions judiciaires françaises concernant Pierre Alessandri est là pour le confirmer cruellement auprès de ceux qui en douteraient encore. L’heure doit donc être à l’occupation de tous les terrains où peut s’établir un rapport de force politique cohérent, associant toutes les forces vives de la nation, celles qui n’ont jamais renoncé à l’idéal de liberté pour lequel tant de patriotes ont payé, et payent encore, un très lourd tribut. Seule cette attitude constante et déterminée - aux antipodes de tout signal de soumission - sera de nature à imposer de véritables négociations à ceux dont l’unique feuille de route jusqu’à présent, a, malheureusement, toujours consisté à être forts avec les faibles et faibles avec les forts. Les rares occasions d’avancer réellement vers la solution politique que la raison commande, ont toujours été anéanties par la prévalence d’un aveuglement absurde dont l’Etat français semble coutumier tout au long de son Histoire. En dehors de quelques esprits éclairés, comme put l’être un Michel Rocard en son temps, force est de constater que le courage politique semble définitivement faire défaut à ceux pour qui le pourrissement d’une situation et la répression constituent les seules réponses à une question qui, quoi qu’ils en pensent, quoi que puissent leur faire croire leurs calculs cyniques, continuera à se poser, de génération en génération, avec toujours plus d’acuité. Le congrès de Corsica Libera, le 20 novembre prochain, s’inscrira forcément dans ce contexte global de réorganisation et d’élan nouveau, afin de continuer à fournir à la lutte nationale les outils dont elle a, plus que jamais, besoin. Tamanta strada da fà da liberà a nostra nazione. Ma a Storia ch’è no scriveremu incù e forze di a ghjuventù serà di sicuru quella di una Corsica libera.

Sittembre #151 – Cap’Articulu : Ghjurnate Internaziunale Par-delà le succès…

Le succès des dernières journées internationales organisées par Corsica Libera ne doit rien au hasard. La forte affluence, la qualité des débats et des représentations internationales ont été saluées par nombre d’observateurs. C’est aussi et surtout l’engagement de militants infatigables qui a permis l’organisation de cet évènement majeur de la vie politique corse. Et ce, en un temps record après une importante période de mobilisations qui ont vocation à être poursuivies. Mais au-delà de tous ces indicateurs positifs, il convient d’analyser un contexte et de réaliser à quel point le redéploiement et l’internationalisation de notre lutte de libération nationale correspond à la fois à une impérieuse nécessité, et à une demande populaire aujourd’hui bien plus vivace que certains ne le souhaiteraient. La tenue des Ghjurnate Internaziunale 2022, dans un format à nouveau plus adéquat, s’inscrit dans une logique qui dépasse déjà certaines considérations immédiates et matérielles. Des contacts internationaux solides et cohérents, porteurs des prémices d’une véritable « politique étrangère » pour la Corse, des forces de la jeunesse ouvrant la voie du renouveau authentique dont nous avons besoin, et garantissant la pérennité d’objectifs essentiels dont rien ni personne ne pourra détourner notre peuple, une adhésion populaire à cette démarche légitime qui dépasse d’ores et déjà tous les calculs politiciens subalternes pour favoriser une imparable dynamique d’ensemble où chacun, dans le respect de ses options propres, trouvera sa place: voilà ce dont la réussite de ces journées est également, et surtout, le reflet. On ne rentrera pas, ici, dans le détail des échanges auxquels une foule attentive a assisté, tant lors de moments très sensibles et éprouvants concernant l’assassinat d’Yvan Colonna, que dans l’évocation des difficultés et perspectives des luttes menées sous d’autres cieux par des peuples qui, comme le nôtre, ont le droit - et le devoir - d’accomplir leur destin national, en toute liberté. Mais ce qu’on peut d’ores et déjà en retenir c’est que, au-delà des spécificités de chaque situation, les mécanismes à l’oeuvre visant à maintenir nos peuples respectifs sous tutelle étrangère s’appuient le plus souvent sur les mêmes actions et manipulations délétères: Donner l’illusion d’une vie démocratique tant que rien de fondamental n’est abordé, tout en ne reculant devant aucune mesure répressive, voire aucun coup tordu mené par des officines occultes si nécessaire, dès lors que l’on touche à l’ « unité nationale » française, d’ailleurs souvent évoquée pour couvrir des intérêts tout autres; culpabiliser en permanence des peuples à qui on demande de faire leurs preuves, tout en leur interdisant d’appliquer concrètement les politiques qu’ils ont validées ou en les soumettant à des contraintes administratives et à des règlements hors sol; circonvenir tous ceux qui, au sein des institutions officielles, pourraient s’opposer à ces manœuvres et en faire des complices objectifs du système; mettre, en définitive, le peuple concerné en échec permanent pour justifier une dépendance, savamment et artificiellement entretenue, qui n’a pour seule finalité que sa soumission, voire sa disparition. Face à cela, une seule réponse possible : une lutte à la fois souple pour s’adapter à toutes les configurations et solide sur ses fondamentaux, n’excluant aucun terrain dans le cadre d’une indispensable cohérence globale, ancrée dans le peuple et dans l’Histoire. Une lutte, ainsi définie, sous toutes les latitudes, et à toutes les époques, ne peut être qu’une lutte pour l’indépendance nationale. C’est aussi l’un des enseignements majeurs et le message renouvelé de ces Ghjurnate Internaziunale.

Aostu #150 – Cap’Articulu : « S’è no tiremu tutti inseme… »

Lors d’une dernière interview donnée à Corse-Matin Gerald Darmanin, ministre français en visite dans notre pays déclarait : “Les Corses sont des Français“. Ce n’est pas la première fois qu’un haut représentant de l’Etat français de passage en Corse se livre à ce curieux exercice d’auto-suggestion, plus souvent connu sous le nom de « méthode Coué » qui consiste à ancrer en soi de manière quasi hypnotique une idée, en pensant en faire une réalité. Il est évident que si la Corse était, vraiment - autrement que d’un point de vue aussi administratif qu’arbitraire et contestable - une région française, cet exercice ne s’imposerait pas. Ce type de procédé peut sûrement fonctionner lorsqu’il s’applique notamment à l’approche psycho somatique de certaines pathologies. Mais il y a peu de chances que cela ne mette pas, au contraire, en lumière l’aspect contradictoire, obsolète, et illégitime d’une démarche qui vise, dans un cadre politique bien précis, à nier les évidences et à opposer une fin de non recevoir à des aspirations qui resteront incontournables car issues, elles, de réalités humaines dont la négation même a quelque chose de criminel.   Nous sommes bien deux peuples différents, avec des imaginaires, des histoires, et des héros nationaux différents. C’est le refus cynique par l’Etat français de reconnaître cette réalité qui est la source de tous les conflits et de tous les drames.   Et le cynisme ne s’arrête pas là. Les annonces faites pour verrouiller et détourner un débat qui se prétend « historique », en mettant en avant des problématiques bien réelles, sans apporter d’autre solution que la soumission à un « état de doit » étranger, à géométrie variable, dont les Corses ont depuis trop longtemps fait les frais, sont là pour l’attester. Par exemple, qui, dans le domaine de la lutte contre la « criminalité organisée », peut être assez naïf ou suicidaire pour penser que l’Etat français garantira une action sincère et efficace contre une dérive qu’il a encouragée et renforcée pendant des décennies, en menant notamment une politique de criminalisation et de répression du mouvement national corse, pendant que le business du crime, lui, continue de servir au maintien de l’ « équilibre économique » colonial ? Et alors même que les propositions, notamment défendues par Corsica Libera, et dont certaines ont été validées par les institutions de la Corse, sont rejetées en bloc et inapplicables face à des lois injustes que l’on nous impose depuis Paris.   Qui, à part le FLNC dont la dernière communication - sans risque d’en faire une exégèse par trop hasardeuse - semble assez explicite à cet égard, apporte aujourd’hui une quelconque garantie que le statut de résident, mesure vitale - et pas forcément suffisante d’ailleurs - pour enrayer la frénésie spéculative et le cortège de malheurs et de drames qui lui sont rattachés, soit un tant soit peu respecté? Personne.   Les « lignes rouges » des commis de l’Etat français constituent même la preuve flagrante qu’aucune marge de manœuvre ne sera laissée aux Corses pour résoudre véritablement et durablement leurs problèmes. Le premier crime du colonialisme étant de faire croire au colonisé que, livré à lui même, il n’est bon à rien. Et que le meilleur traitement face à cette incapacité atavique ne se trouve que dans l’accroissement de liens de dépendance qui, en réalité - le soutenant comme la corde soutient le pendu - constituent les véritables raisons structurelles de la plupart de ses maux.   De cela et de bien d’autres sujets, il sera longuement question lors des Ghjurnate Internaziunale di Corti des 6 et 7 Août prochains où l’expérience d’autres peuples confrontés aux mêmes forces délétères sera d’un apport précieux.   A catena chì ci stringhje hè più o menu a listessa, ma, cum’è a ci dice una certa canzona, « s’è no tiremu tutt’inseme forse chì un ghjornu sciapperà... ».

Ghjugnu/Lugliu #149 – Cap’Articulu : ET MAINTENANT ?

Une fois refermée la parenthèse électorale des dernières législatives, la Corse se retrouve dans la même situation qu’au lendemain du drame de la prison d’Arles et de la réponse populaire qu’il a suscitée dans notre pays. À cette occasion démonstration a été faite, une fois de plus, que la mobilisation et la détermination des Corses - en particulier de leur jeunesse - était plus efficace que des mois voire des années de palabres au sein d’ institutions cadenassées. Lors de sa visite, Gérard Darmanin s’est empressé de réaffirmer le rôle de porte-avions français en Méditerranée assigné à notre territoire national, et d’annoncer - sans rire - l’ouverture de discussions compte tenu du changement de majorité en Corse. C’est à dire, dans son esprit comme - malheureusement - dans la réalité, de changement de partenaires et, surtout, de cap. À la vérité, sa venue - et tout le monde l’aura bien compris - n’était due qu’à l’ampleur des manifestations en cours et à la pression de la rue; mais les représentants de l’État français nous ont depuis longtemps habitués à ce genre de mensonges et de diversions. Ils nous ont aussi habitués à leur manœuvres visant à circonvenir leurs potentiels interlocuteurs en les pressant de renier leurs alliances ainsi que leurs engagements. Parfois, malheureusement, celles-ci aboutissent. Il apparaît dès lors clairement, sans risquer de se livrer à un procès d’intention inapproprié, que l’État français a une idée toute particulière du caractère « historique » des discussions à venir. Il s’agira pour lui, selon toute vraisemblance, d’affirmer l’ancrage définitif de la Corse dans la république française par des liens de dépendance remodelés et d’annoncer des mesurettes très ciblées, propres à satisfaire quelques appétits, et à s‘assurer quelques soutiens, présentées comme autant d’avancées majeures. Le tout sur fond de négation de notre existence en tant que peuple, d’ores et déjà assumée publiquement par le président de la république française, et de définition de « lignes rouges » qui, comme par hasard, correspondent à autant de revendications fondamentales du nationalisme corse. Cette attitude et cette démarche prennent leur source et puisent leur force dans tous les atermoiements, voire les reniements, qu’elles rencontrent. Il est plus que temps de signifier, par tous les moyens dont les Corses pourront légitimement se doter, que nous n’accepterons pas plus longtemps d’être niés dans notre existence en tant que peuple, et que nous n’accepterons aucune des « lignes rouges » que l’on veut nous imposer arbitrairement. Dans ce contexte, les seules discussions qui auraient quelque chance d’aboutir sont celles qui prendraient en compte ce que notre peuple, et lui seul - car il existe bel et bien - a validé avec l’appui de toutes ses forces vives, et qu’il a récemment réaffirmé avec force dans la rue. Toute autre démarche serait inéluctablement vouée à l’échec. Or c’est, plus que jamais, de réussite et de liberté dont notre pays a besoin. L’une n’allant pas sans l’autre. Cela, nous le savons, ne se fera pas sans lutte. Più ch’è mai, à populu fattu bisogn’à marchjà.

Maghju #148 – Cap’Articulu : PER UN AVVENE NAZIUNALE

Les dernières élections présidentielles françaises ont été marquées en Corse par une forte abstention (près de 12% de plus qu’en France), qui avait été clairement annoncée comme l’option logique du courant indépendantiste. Si l’on y rajoute les votes blancs ou nuls, presque un habitant actuel de la Corse sur deux a refusé de cautionner cette illusion de démocratie, et de participer à une mascarade étrangère, sur laquelle notre peuple n’a aucune véritable influence, la seule possibilité pour lui d’exprimer une existence officiellement niée ne résidant dès lors que dans l’exercice d’un non-vote politique massif.   Après les évènements qui ont secoué notre pays ces tous derniers mois, et qui resteront gravés dans l’esprit des Corses au même titre que toutes les tragédies liées au sort inique imposé à notre nation, les revendications fondamentales de tout un peuple continuent d’être présentées comme autant de « lignes rouges » à ne jamais franchir par un Etat français prêt à discuter de tout... ce qu’il a envie d’entendre. Et surtout pas d’autre chose.   Dans ce contexte, l’élection législative de juin revêt un caractère politique indéniable. Certains diront qu’il s’agit d’une élection française à laquelle on pourrait s’abstenir de participer. Mais toutes les élections organisées en Corse actuellement, des municipales aux territoriales, le sont aussi. Malheureusement. Et cela restera le cas tant que nous n’aurons pas atteint notre objectif d’indépendance nationale.   En attendant, concernant ce genre d’échéances, aucun des mouvements de libération avec lesquels nous sommes en contact depuis des décennies, qu’il s’agisse des Basques, des Irlandais, des Ecossais, des Kanaks, ou autres, n’a commis l’erreur de déserter le terrain pour laisser s’y développer des stratégies hostiles, ou oublieuses de l’aspect authentiquement national du message politique à défendre. La nécessité de faire entendre la voix de ceux qui se considéreront comme des ambassadeurs de la Corse, plutôt que comme les co-gestionnaires d’un système délétère de dépendance et de soumission permanente à des règles étrangères, est ici évidente.   Indépendamment des découpages artificiels en « circonscriptions » qui ne correspondent pas à nos réalités humaines, la présence de candidats qui rappellent avec force tous les engagements pris devant les Corses, et validés par eux, apparaît aujourd’hui indispensable.   Mais il semble tout autant nécessaire de donner force et cohérence à une nouvelle démarche qui ne renonce à rien de ce qui est l’essence même du projet national. Et qui soit capable de poursuivre le combat politique mené de tous temps par un courant qui ne fera jamais allégeance aux ennemis déclarés de la nation.   Au delà d’ailleurs du terrain électoral, le véritable changement tant espéré ne viendra que de là, et sera seul susceptible de préparer, de garantir l’avenir, de permettre au peuple corse d’accomplir son destin national.

D’Aprile #147 – Cap’Articulu « Lignes rouges » ou solution politique ?

« Lignes rouges » ou solution politique ? Depuis le 2 mars dernier, jour funeste qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Corses, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, de tous âges, de toutes conditions, ont manifesté, à plusieurs reprises leur soif de vérité, de justice, de liberté. La réponse de l’Etat français a essentiellement consisté à envoyer des troupes toujours plus nombreuses de gardes mobiles suréquipés d’armes particulièrement dangereuses et potentiellement létales, dont l’utilisation systématique démontre une volonté manifeste de terroriser plus que de maintenir un ordre de plus en plus considéré comme illégitime dans notre pays. Les effets d’annonce et autres mesures dilatoires qui les accompagnent sont caractéristiques d’un cynisme et d’une stratégie du mépris que nous ne connaissons que trop bien, et depuis trop longtemps. La lettre de Gérard Darmanin, prétextant un climat trop tendu pour entamer les discussions qu’il avait annoncées est un modèle du genre. Dans un premier temps le ministre français se livre à un curieux décompte aux allures surréalistes de revendication : « Près de 43 actions ou manifestations se sont déroulées, quasi toutes émaillées de débordements violents ». Puis, il affirme, compte tenu du fait que « ces événements sont inacceptables », et sans rire: « C‘est la raison pour laquelle je me vois contraint de reporter la réunion de vendredi prochain. Naturellement, le gouvernement de la République se tient dans les mêmes dispositions d‘ouverture et de dialogue une fois le calme recouvré ». “ Dire que nous n’existons pas, que nous ne sommes rien, qu’on ne discutera jamais avec nous de peuple à peuple, d’égal à égal, est une infamie. Vouloir nous imposer cette position irrationnelle autant qu’inhumaine par la force est une violence permanente.“ Tout ce qui s’y oppose n’est que résistance légitime.“ Il est assez cocasse de le voir réclamer un retour au calme alors que des forces dites « de l’ordre » ont débarqué et se déploient en Corse sous son contrôle avec pour instruction patente de blesser, de mutiler si besoin, et, en tout cas, de faire tout le contraire de ce qu’une quelconque volonté d’apaisement exigerait. Mieux, il demande aux institutions de Corse de faire en sorte que le calme soit « recouvré », leur confiant ainsi une mission régalienne et franchissant pour le coup une de ses propres « lignes rouges » : à quand les pouvoirs de police et de justice pour notre pays, afin de créer les conditions idoines d’un dialogue serein ? Il est clair aujourd’hui que les artisans - voire les combattants - d’une paix véritable se sont toujours trouvés du côté des nationaux corses. L’Etat français n’a jamais, quant à lui, proposé que le retour au calme des cimetières et la paix des prisons. La négation de notre existence en tant que peuple est par ailleurs l’une des nombreuses lignes rouges qui sont régulièrement franchies par l’Etat français, et ses représentants. Dire que nous n’existons pas, que nous ne sommes rien, qu’on ne discutera jamais avec nous de peuple à peuple, d’égal à égal, est une infamie. Vouloir nous imposer cette position irrationnelle autant qu’inhumaine par la force est une violence permanente. Tout ce qui s’y oppose n’est que résistance légitime. C’est à l’aune de ces considérations que devra s’engager une négociation sans préalables et sans « lignes rouges » prédéterminées si l’on désire vraiment qu’une solution politique d’essence historique puisse voir le jour. Tout le reste ne peut se résumer qu’à des marchés de dupes, des tractations fumeuses, voire indignes, sur fond de fausses promesses, ou des atermoiements suivis de reculades qui ne font que préparer les drames de demain. La détermination de notre peuple et en particulier de sa jeunesse sera seule de nature à orienter favorablement l’avenir de notre nation. Aujourd’hui plus que jamais.

#146 – Cap’Articulu : FÀ FRONTE

▶✅#146 di Marzu : U cap'articulu di Eric Simoni nanzu à l'esciutu di u ghjurnale cù più di 60 pagine !   FÀ FRONTE Notre pays traverse des heures sombres. “ Le mot d’ordre « Statu francese assassinu » est non seulement un cri du coeur mais aussi une manière de situer clairement les responsabilités. Il est vite devenu un étendard commun, toutes générations confondues, pour un peuple qui a démontré qu’il était prêt à faire front face à l’agression qu’il subit depuis bien trop longtemps. “ Depuis maintenant sept ans, l’opportunité évidente d’un règlement pacifique, négocié, et enfin garant du respect de la démocratie était à portée de main. L’Etat français, dont la nature profonde n’a décidément pas changé, a délibérément choisi la politique du mépris et de l’humiliation de notre peuple. Il conviendra d’analyser en profondeur ce qui a encouragé cette sinistre option, dont le point d’orgue est le sort qui a été réservé à Yvan Colonna.   Dans cette affaire, le mot d’ordre « Statu francese assassinu » est non seulement un cri du coeur mais aussi une manière de situer clairement les responsabilités. Il est vite devenu un étendard commun, toutes générations confondues, pour un peuple qui a démontré qu’il était prêt à faire front face à l’agression qu’il subit depuis bien trop longtemps.   Les chiffres ridicules avancés par les services de l’Etat français montrent bien à quel point l’ampleur d’une manifestation comme celle du six mars dernier à Corti les gêne. Tout a été fait pour verrouiller l’information au niveau des médias français, car à l’échelle de l’hexagone, proportionnellement aux populations respectives de nos deux pays, cela équivaudrait à une foule de deux à quatre millions de personnes. Du jamais vu. D’autant plus qu’il n’aura pas fallu attendre plus d’une semaine pour que l’expérience ne se renouvelle à Bastia, avec des prolongements qui pouvaient difficilement être passés sous silence.   Cela démontre également que dans cette affaire, comme dans bien d’autres, le système étranger qui nous oppresse est prêt à mentir sur à peu près tout. La vérité ne viendra sûrement pas de lui. Ceux qui font semblant d’y croire se rendront objectivement complices d’un mensonge d’Etat. Tout le monde, en Corse, a bien compris qu’à l’heure où l’on parle, la version officielle concernant Yvan Colonna est à peu près aussi crédible que celle d’une partie de pétanque qui tourne mal pour Alain Ferrandi. Ou, dans un autre registre, celle, longtemps défendue par les autorités, de la chute malencontreuse de Maxime Beux sur un poteau. Et l’on ne remontera pas le temps pour évoquer l’ensemble des coups tordus, et autres barbouzeries homicides, en tout genre, dont la « République une et indivisible » s’est rendue coupable en Corse ces dernières décennies.   Mais aux moments les plus durs de notre Histoire nationale, s’est toujours réveillée une conscience, une force de résistance, un élan commun qui pousse notre peuple à la lutte, comme s’il faisait sienne la prophétie d’ Hölderlin: « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Ce qui peut sauver la Corse aujourd’hui, manifestement, c’est sa jeunesse.   Une jeunesse qui réagit spontanément à l’ignoble et à l’intolérable. En face, les soudards de l’ « état de droit » à la française n’hésitent pas à faire des victimes parmi les plus jeunes, comme les plus vieux, traduisant très concrètement l’aveuglement répressif qui constitue la seule réponse d’un Etat étranger, menteur et - qu’on veuille ou non l’admettre - assassin.   Après tant de mépris, de cynisme, et d’ignominie à l’égard d’un peuple qui ne demande, après tout, que de voir ses droits imprescriptibles respectés, il n’y aura d’apaisement réel que lorsque tous les patriotes emprisonnés seront libres, et qu’un véritable processus de décolonisation de notre pays sera engagé.
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