Cap’Articulu d’Eric Simoni : Sittembre d’u 2021

Une rentrée sur fond d’inquiétude, des combats qui s’imposent.   La rentrée de septembre, à l’aune d’une crise sanitaire qui n’en finit plus, sera donc à nouveau marquée par l’incertitude et l’inquiétude des parents et des élèves, des professionnels dont l’activité a été entravée, voire précarisée, des Corses en général qui continuent, au delà de ce contexte particulier, à se voir privés du pouvoir décisionnel qui leur permettrait de sortir leur pays de l’ornière où le maintiennent des liens de dépendance mortifères.   Car, si l’indépendance est une idée téméraire pour certains de nos compatriotes qui n’en ont pas encore saisi toute la dimension moderne et pragmatique, la dépendance, elle, continue de nous tuer à petit feu : économiquement, en sacrifiant le vrai développement sur l’autel de quelques intérêts spéculatifs; socialement, en continuant, par des logiques étrangères aux intérêts des corses, à paupériser et exclure des pans entiers de notre peuple; démographiquement, en privilégiant l’arrivée massive de non Corses, à des postes d’encadrement notamment, répondant à un mécanisme de colonisation de peuplement bien connu; culturellement, enfin, ce dernier point étant étroitement associé aux précédents.   Les mesures qui permettraient de changer la donne et d’assurer l’avenir de notre peuple sur sa terre passent par des dévolutions conséquentes de pouvoir dont l’aboutissement logique ne peut être qu’une souveraineté pleine et entière.   Statut fiscal et social, pouvoir législatif, maîtrise des décisions en matière de Santé Publique, d’Education et d’aménagement du territoire, sont autant de batailles à mener, inlassablement, en cherchant à installer dans le paysage, à la mesure des moyens et des marges de manœuvres actuelles, des réalisations qui tirent toujours dans le même sens. Et qui s’inscrivent dans des logiques tournant résolument le dos à la création de liens de dépendance induits.   La création d’un Centre Hospitalier Universitaire multi-sites, les mesures permettant de lutter contre la cherté de la vie, l’arrêt des projets contraires au développement durable et la prise en compte concrète des urgences écologique et climatique sont les combats qui, aujourd’hui, s’imposent à nous; tout comme hier celui en faveur d’une Université que personne ne songerait à remettre en question, mais qui, à une certaine époque, suscitait beaucoup de réticences, voire une hostilité franche, tant la colonisation des esprits est toujours le premier frein à toute évolution positive.   Les contacts internationaux que nous avons toujours privilégiés nous offrent à cet égard des opportunités qu’il faudra saisir. Pas seulement parce que de la Kanaky à l’Ecosse, en passant par la Catalogne ou l’Euskadi, l’indépendance est de plus en plus à l’ordre de jours meilleurs, mais parce qu’elle s’imposera bientôt comme la seule alternative crédible dans un monde où l’existence des vieux empires coloniaux ne peut plus trouver aucune fausse justification pour se pérenniser.   Dans ce monde à venir, l’indépendance des nations réelles est la seule garantie de paix, de développement, et d’interdépendances harmonieuses, car librement consenties et pleinement maîtrisées, à laquelle on peut croire.   Ce mouvement général continuera à se heurter aux obstacles que de puissants intérêts particuliers, et souvent transnationaux, mettront en travers de sa route.   Mais les Corses, pour leur salut, ne sauraient rater le train d’une Histoire qui elle, est véritablement, inéluctablement, en marche.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Aostu d’u 2021

“strada petricosa, cima indipendenza“ Après les dernières élections territoriales une part de désillusion et même un certain sentiment d’injustice auraient pu prévaloir dans les rangs de Corsica Libera. En effet, le courant historique de la Lutte de Libération Nationale, celui qui avait, par ses contributions politiques et l’engagement sur tous les terrains de ses militants, par l’investissement et le prix payé, parfois malheureusement très lourd, des siens à la cause nationale, fait bouger les lignes, ce courant, sans l’action duquel aucune avancée concrète, aucune victoire d’ampleur - y compris sur le plan électoral - n’auraient été envisageables jusque là, se retrouvait, in fine, le moins représenté dans l’enceinte de l’Assemblée de Corse. Même si siéger au sein de structures qui demeurent cadenassées sur le plan institutionnel ne constitue pas l’alpha et l’oméga d’une lutte comme la nôtre, ce revers relatif et conjoncturel doit être dépassé, et ne saurait nous détourner de nos objectifs. Force est de constater d’ailleurs que si l’on considère le vote clairement indépendantiste sur la base d’un électorat qui ne correspond pas à nos critères de légitimité, le pourcentage d’indépendantistes qui soutiennent des démarches plus floues quant aux finalités annoncées, et enfin, celui des indépendantistes abstentionnistes qui rejettent toute participation à cette partie de la lutte institutionnelle, on s’aperçoit que l’idée d’indépendance est la vraie gagnante de cette élection. Et nous pouvons avoir la faiblesse de penser que notre courant, depuis plus de quatre décennies, y a largement contribué. En outre, face à une majorité absolue, portée par une démarche qui s’est éloignée dangereusement de la stratégie de Pè a Corsica, la voix de notre élue Josepha Giacometti-Piredda ne pèsera certainement pas moins que celle de courants n’ayant, pas plus que nous, la possibilité d’infléchir, par leur seul vote, le cours des choses. Mais ce qui aura sûrement une réelle influence résidera dans la pertinence et la cohérence du propos. Celui qui a toujours été le nôtre. Celui qui n’oublie rien, qui se projette dans l’avenir d’une nation souveraine, et qui, au bout du compte, ne cède pas. Jamais. Ce n’est que par le déploiement concomitant des forces vives de ce pays à tous les niveaux, et dans un souci permanent de convergence des forces patriotiques sur des axes clairs, renouant avec des fondamentaux dont l’application sera irréversible, que la Corse retrouvera la seule voie de salut qui lui reste: celle de la libération et de la construction nationales. Car, comme l’indique Jean Guy Talamoni dans une interview récente, « ... la France, et l’histoire nous l’enseigne magistralement, n’a jamais accédé aux demandes des peuples sous sa tutelle sans un rapport de force. Or, le rapport de force, ce ne sont pas seulement les élections. » Dans cette perspective, il appartient à Corsica Libera, dans le droit fil de sa communication du 13 juillet dernier, de se réorganiser et de faire la démonstration définitive de sa capacité à résister autant qu’à transmettre et à se renouveler. Sans cesse. Jusqu’à la véritable victoire: celle d’un peuple souverain au sein d’une nation indépendante, et donc libre de ses choix.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Maghju d’u 2021

Écrire un autre scénario : rompre avec la dépendance. Au delà du temps électoral qui voit surgir ponctuellement dans tous les programmes affichés, une kyrielle de propositions sans cohérence, et le plus souvent sans lendemain, la réflexion que mène le mouvement national, et en particulier le courant indépendantiste incarné par Corsica Libera, trace depuis longtemps déjà les axes d’un véritable projet de société. Des premières contributions historiques du FLNC, notamment à travers ses quaterni, aux réactualisations les plus récentes (Corsica 21, quaterni di l’indipendenza, ...), c’est là que se situent, à notre sens, les seules perspectives viables pour un peuple maître de son avenir dans un pays enfin libre et développé. Le dossier du tourisme est à cet égard emblématique. Il résume à lui seul toutes les impasses où nous ont conduits des décennies de dépend ance mortifère, et de schémas imposés en inadéquation totale avec tout projet de développement durable. Avec le ratio de fréquentation que la Corse connaît, le tourisme devrait être un formidable levier de développement pour toute une économie productive, notamment, par exemple, dans le secteur agro-alimentaire. Au lieu de cela, avec plus de 90% de produits importés, un impact environnemental non maîtrisé qui détruit progressivement la ressource, une soumission institutionnalisée aux logiques des grands systèmes de distribution français et européens, un para-commercialisme basé sur la location au noir de résidences secondaires, que la plupart des Corses ne pourront d’ailleurs jamais acquérir, le constat est catastrophique. Le « retour à la normale » après une crise sanitaire, qui a démontré toute la fragilité de ce brinquebalant modèle économique, serait sans doute la pire des choses. Un autre scénario doit être écrit, et c’est aux forces vives de notre nation de le faire.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Aprile d’u 2021

A Salute, una priurità, ma dinù una lotta pupulare. La crise sanitaire que nous traversons a mis en lumière, en Corse comme ailleurs, les failles d’un système dont la fragilité et la dérive virtuelle apparaissent chaque jour davantage. Au delà de conséquences économiques et sociales, qui appellent des solutions découlant d’approches diamétralement opposées à tout ce que nous subissons depuis trop longtemps, les politiques de Santé Publique que l’on nous impose sont de plus en plus remises en question. La logique paradoxale à laquelle nous sommes confrontés en permanence est celle d’un État central qui tente de compenser ses défaillances par une omniprésence et un contrôle délétère de réalités humaines qui, dans les faits, inéluctablement, lui échappent de plus en plus. Son seul objectif étant de ne pas perdre la main. Ainsi, le rôle des ARS, aujourd’hui véritables préfectures de santé, aux antipodes d’une vision souple, décentralisée, et adaptée aux territoires, est remise en question même au sein de l’hexagone. Pourtant depuis près d’un an, après le rapport présenté le 27 mars par Jean Guy Talamoni, Président de l’Assemblée de Corse, intitulé « Luttà contr’à u Covid-19 », une feuille de route cohérente, potentiellement efficace, nous était proposée. Il s’agissait d’un véritable cap à tenir dans la tourmente. Dès lors, malgré la bonne volonté de tous les acteurs de terrain, l’implication immédiate de l’Université de Corse et de son laboratoire de virologie, ainsi que la synergie d’action des professionnels de santé, les obstacles et décisions arbitraires imposées depuis Paris n’ont servi qu’à créer retard et confusion; il aura fallu plusieurs mois, par exemple, pour que la réalité géographique d’un territoire insulaire de Méditerranée soit prise en compte. Comme le soulignait l’Associu Corsu di a Salute lors de sa conférence de presse du 26 juin dernier, « toutes les initiatives concrètes, utiles, vitales, émanant de la société corse semblaient se heurter à une inertie incompréhensible, alors que l’urgence était là. On peut admettre que tout n’ait pas été faisable ou prévisible. Mais empêcher d’agir lorsque c’est possible et nécessaire est typique d’un système étranger que nous subissons depuis trop longtemps, dans tous les domaines. Mais qui ne se remettra jamais en question sans y être obligé. » Aujourd’hui, dans un domaine aussi sensible que l’organisation de la Santé, il apparaît plus que jamais urgent de se mobiliser pour faire entendre la voix de la Corse. La construction d’une stratégie territoriale coordonnée, la création d’un Centre Hospitalier Universitaire multi-site et d’une Assistance Publique Corse, le transfert de la compétence santé à la Collectivité de Corse, la valorisation des compétences, des formations et des conditions de travail des personnels de santé, l’autonomisation du régime d’assurance maladie, la reconnaissance du surcoût de fonctionnement des structures hospitalières insulaires, la construction d’un nouvel Hôpital à Bastia  et d’un Hôpital de proximité en Plaine Orientale, sont autant de priorités programmatiques pour Corsica Libera. Ce sont aussi d’évidentes nécessités au regard des besoins réels de notre peuple en matière de santé. Ce seront sûrement, n’en doutons pas, d’âpres combats à mener contre l’inertie cynique d’une bureaucratie hors sol. Mais ces luttes là, comme tant d’autres, s’inscrivent dans le cadre de la défense de l’intérêt national dans sa dimension la plus humaine et la plus concrète. Charge à chacun d’entre nous d’y participer avec détermination.

Cap’Articulu d’Eric Simoni : Marzu d’u 2021

Développement durable et dessein national « Dans ce système, seuls la dépendance et l’effondrement de nos ressources naturelles seront durables, voire définitifs. » La notion de développement durable est aujourd’hui omniprésente, dans les médias, dans les discours, dans tous les programmes politiques. Pourtant, dans notre pays, nous ne cessons de nous éloigner de ces objectifs vertueux, sous la pression de lobbies puissants favorisés par une administration étrangère insensible aux aspirations légitimes de notre peuple. Ainsi, lorsqu’il s’agit de polluer, de détruire notre environnement - véritable richesse économique dans le cadre d’un développement durable -, toutes les dérogations sont possibles : la destruction de l’herbier de posidonies envisagée dans le cadre des projets de port sur le site de la Carbonite à Bastia, n’est qu’un des nombreux exemples de cette scandaleuse réalité. En revanche, concernant l’obtention d’un statut fiscal et social qui orienterait au mieux l’activité économique, ou d’un statut de résident qui mettrait un frein à la frénésie spéculative, c’est un « niet » absolu qui nous est opposé. Dans ce contexte global, alors que la question du traitement des déchets correspond, de l’avis général, à une priorité, comment s’étonner que la Corse soit l’un des plus gros producteurs de déchets urbains solides par habitant du monde? Au delà de l’application des seules lois existantes, réclamée par certaines associations, il semble à la fois urgent, et pour tout dire vital, de changer radicalement de logique et d’en finir avec la prise en otage de notre économie par des forces qui nous conduisent collectivement à la ruine. Dans ce système, aujourd’hui contesté non seulement par des militants politiques ou associatifs, mais aussi par des acteurs économiques lucides et conscients des véritables enjeux, seuls la dépendance et l’effondrement de nos ressources naturelles seront durables, voire définitifs. Mais il n’y a aucune fatalité à ce que la Corse continue sa descente aux enfers, et que ce paradis, qui est à portée de main, soit inexorablement transformé en no man’s land pour notre peuple et ses générations futures. Il faut, pour cela, rester mobilisés, refuser l’application ici de modèles importés et dont on ne veut même plus ailleurs. Cela passe par une redéfinition des enjeux et des objectifs prioritaires, dans le cadre d’un projet de société cohérent, et en rupture avec toutes les formes de dépendance ou de soumission. Ce projet existe. Il demande à être réactualisé en permanence et est forcément évolutif, mais il est, depuis toujours, porté par celles et ceux qui ne renonceront jamais à libérer et construire la nation. Il nous appartient de le préciser, et d’en faire la feuille de route qui permettra à chaque acteur de la vie politique, économique, culturelle, associative d’agir pour installer une réalité alternative incontournable, que nulle force étrangère aux intérêts de notre peuple ne pourra nier ou réduire. La tâche est immense. Elle est à la mesure du grand dessein d’un peuple dont le destin national finira par s’accomplir contre vents et marées.
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