Sittembre #151 – Cap’Articulu : Ghjurnate Internaziunale Par-delà le succès…

Le succès des dernières journées internationales organisées par Corsica Libera ne doit rien au hasard. La forte affluence, la qualité des débats et des représentations internationales ont été saluées par nombre d’observateurs. C’est aussi et surtout l’engagement de militants infatigables qui a permis l’organisation de cet évènement majeur de la vie politique corse. Et ce, en un temps record après une importante période de mobilisations qui ont vocation à être poursuivies. Mais au-delà de tous ces indicateurs positifs, il convient d’analyser un contexte et de réaliser à quel point le redéploiement et l’internationalisation de notre lutte de libération nationale correspond à la fois à une impérieuse nécessité, et à une demande populaire aujourd’hui bien plus vivace que certains ne le souhaiteraient. La tenue des Ghjurnate Internaziunale 2022, dans un format à nouveau plus adéquat, s’inscrit dans une logique qui dépasse déjà certaines considérations immédiates et matérielles. Des contacts internationaux solides et cohérents, porteurs des prémices d’une véritable « politique étrangère » pour la Corse, des forces de la jeunesse ouvrant la voie du renouveau authentique dont nous avons besoin, et garantissant la pérennité d’objectifs essentiels dont rien ni personne ne pourra détourner notre peuple, une adhésion populaire à cette démarche légitime qui dépasse d’ores et déjà tous les calculs politiciens subalternes pour favoriser une imparable dynamique d’ensemble où chacun, dans le respect de ses options propres, trouvera sa place: voilà ce dont la réussite de ces journées est également, et surtout, le reflet. On ne rentrera pas, ici, dans le détail des échanges auxquels une foule attentive a assisté, tant lors de moments très sensibles et éprouvants concernant l’assassinat d’Yvan Colonna, que dans l’évocation des difficultés et perspectives des luttes menées sous d’autres cieux par des peuples qui, comme le nôtre, ont le droit - et le devoir - d’accomplir leur destin national, en toute liberté. Mais ce qu’on peut d’ores et déjà en retenir c’est que, au-delà des spécificités de chaque situation, les mécanismes à l’oeuvre visant à maintenir nos peuples respectifs sous tutelle étrangère s’appuient le plus souvent sur les mêmes actions et manipulations délétères: Donner l’illusion d’une vie démocratique tant que rien de fondamental n’est abordé, tout en ne reculant devant aucune mesure répressive, voire aucun coup tordu mené par des officines occultes si nécessaire, dès lors que l’on touche à l’ « unité nationale » française, d’ailleurs souvent évoquée pour couvrir des intérêts tout autres; culpabiliser en permanence des peuples à qui on demande de faire leurs preuves, tout en leur interdisant d’appliquer concrètement les politiques qu’ils ont validées ou en les soumettant à des contraintes administratives et à des règlements hors sol; circonvenir tous ceux qui, au sein des institutions officielles, pourraient s’opposer à ces manœuvres et en faire des complices objectifs du système; mettre, en définitive, le peuple concerné en échec permanent pour justifier une dépendance, savamment et artificiellement entretenue, qui n’a pour seule finalité que sa soumission, voire sa disparition. Face à cela, une seule réponse possible : une lutte à la fois souple pour s’adapter à toutes les configurations et solide sur ses fondamentaux, n’excluant aucun terrain dans le cadre d’une indispensable cohérence globale, ancrée dans le peuple et dans l’Histoire. Une lutte, ainsi définie, sous toutes les latitudes, et à toutes les époques, ne peut être qu’une lutte pour l’indépendance nationale. C’est aussi l’un des enseignements majeurs et le message renouvelé de ces Ghjurnate Internaziunale.

Aostu #150 – Cap’Articulu : « S’è no tiremu tutti inseme… »

Lors d’une dernière interview donnée à Corse-Matin Gerald Darmanin, ministre français en visite dans notre pays déclarait : “Les Corses sont des Français“. Ce n’est pas la première fois qu’un haut représentant de l’Etat français de passage en Corse se livre à ce curieux exercice d’auto-suggestion, plus souvent connu sous le nom de « méthode Coué » qui consiste à ancrer en soi de manière quasi hypnotique une idée, en pensant en faire une réalité. Il est évident que si la Corse était, vraiment - autrement que d’un point de vue aussi administratif qu’arbitraire et contestable - une région française, cet exercice ne s’imposerait pas. Ce type de procédé peut sûrement fonctionner lorsqu’il s’applique notamment à l’approche psycho somatique de certaines pathologies. Mais il y a peu de chances que cela ne mette pas, au contraire, en lumière l’aspect contradictoire, obsolète, et illégitime d’une démarche qui vise, dans un cadre politique bien précis, à nier les évidences et à opposer une fin de non recevoir à des aspirations qui resteront incontournables car issues, elles, de réalités humaines dont la négation même a quelque chose de criminel.   Nous sommes bien deux peuples différents, avec des imaginaires, des histoires, et des héros nationaux différents. C’est le refus cynique par l’Etat français de reconnaître cette réalité qui est la source de tous les conflits et de tous les drames.   Et le cynisme ne s’arrête pas là. Les annonces faites pour verrouiller et détourner un débat qui se prétend « historique », en mettant en avant des problématiques bien réelles, sans apporter d’autre solution que la soumission à un « état de doit » étranger, à géométrie variable, dont les Corses ont depuis trop longtemps fait les frais, sont là pour l’attester. Par exemple, qui, dans le domaine de la lutte contre la « criminalité organisée », peut être assez naïf ou suicidaire pour penser que l’Etat français garantira une action sincère et efficace contre une dérive qu’il a encouragée et renforcée pendant des décennies, en menant notamment une politique de criminalisation et de répression du mouvement national corse, pendant que le business du crime, lui, continue de servir au maintien de l’ « équilibre économique » colonial ? Et alors même que les propositions, notamment défendues par Corsica Libera, et dont certaines ont été validées par les institutions de la Corse, sont rejetées en bloc et inapplicables face à des lois injustes que l’on nous impose depuis Paris.   Qui, à part le FLNC dont la dernière communication - sans risque d’en faire une exégèse par trop hasardeuse - semble assez explicite à cet égard, apporte aujourd’hui une quelconque garantie que le statut de résident, mesure vitale - et pas forcément suffisante d’ailleurs - pour enrayer la frénésie spéculative et le cortège de malheurs et de drames qui lui sont rattachés, soit un tant soit peu respecté? Personne.   Les « lignes rouges » des commis de l’Etat français constituent même la preuve flagrante qu’aucune marge de manœuvre ne sera laissée aux Corses pour résoudre véritablement et durablement leurs problèmes. Le premier crime du colonialisme étant de faire croire au colonisé que, livré à lui même, il n’est bon à rien. Et que le meilleur traitement face à cette incapacité atavique ne se trouve que dans l’accroissement de liens de dépendance qui, en réalité - le soutenant comme la corde soutient le pendu - constituent les véritables raisons structurelles de la plupart de ses maux.   De cela et de bien d’autres sujets, il sera longuement question lors des Ghjurnate Internaziunale di Corti des 6 et 7 Août prochains où l’expérience d’autres peuples confrontés aux mêmes forces délétères sera d’un apport précieux.   A catena chì ci stringhje hè più o menu a listessa, ma, cum’è a ci dice una certa canzona, « s’è no tiremu tutt’inseme forse chì un ghjornu sciapperà... ».

Ghjugnu/Lugliu #149 – Cap’Articulu : ET MAINTENANT ?

Une fois refermée la parenthèse électorale des dernières législatives, la Corse se retrouve dans la même situation qu’au lendemain du drame de la prison d’Arles et de la réponse populaire qu’il a suscitée dans notre pays. À cette occasion démonstration a été faite, une fois de plus, que la mobilisation et la détermination des Corses - en particulier de leur jeunesse - était plus efficace que des mois voire des années de palabres au sein d’ institutions cadenassées. Lors de sa visite, Gérard Darmanin s’est empressé de réaffirmer le rôle de porte-avions français en Méditerranée assigné à notre territoire national, et d’annoncer - sans rire - l’ouverture de discussions compte tenu du changement de majorité en Corse. C’est à dire, dans son esprit comme - malheureusement - dans la réalité, de changement de partenaires et, surtout, de cap. À la vérité, sa venue - et tout le monde l’aura bien compris - n’était due qu’à l’ampleur des manifestations en cours et à la pression de la rue; mais les représentants de l’État français nous ont depuis longtemps habitués à ce genre de mensonges et de diversions. Ils nous ont aussi habitués à leur manœuvres visant à circonvenir leurs potentiels interlocuteurs en les pressant de renier leurs alliances ainsi que leurs engagements. Parfois, malheureusement, celles-ci aboutissent. Il apparaît dès lors clairement, sans risquer de se livrer à un procès d’intention inapproprié, que l’État français a une idée toute particulière du caractère « historique » des discussions à venir. Il s’agira pour lui, selon toute vraisemblance, d’affirmer l’ancrage définitif de la Corse dans la république française par des liens de dépendance remodelés et d’annoncer des mesurettes très ciblées, propres à satisfaire quelques appétits, et à s‘assurer quelques soutiens, présentées comme autant d’avancées majeures. Le tout sur fond de négation de notre existence en tant que peuple, d’ores et déjà assumée publiquement par le président de la république française, et de définition de « lignes rouges » qui, comme par hasard, correspondent à autant de revendications fondamentales du nationalisme corse. Cette attitude et cette démarche prennent leur source et puisent leur force dans tous les atermoiements, voire les reniements, qu’elles rencontrent. Il est plus que temps de signifier, par tous les moyens dont les Corses pourront légitimement se doter, que nous n’accepterons pas plus longtemps d’être niés dans notre existence en tant que peuple, et que nous n’accepterons aucune des « lignes rouges » que l’on veut nous imposer arbitrairement. Dans ce contexte, les seules discussions qui auraient quelque chance d’aboutir sont celles qui prendraient en compte ce que notre peuple, et lui seul - car il existe bel et bien - a validé avec l’appui de toutes ses forces vives, et qu’il a récemment réaffirmé avec force dans la rue. Toute autre démarche serait inéluctablement vouée à l’échec. Or c’est, plus que jamais, de réussite et de liberté dont notre pays a besoin. L’une n’allant pas sans l’autre. Cela, nous le savons, ne se fera pas sans lutte. Più ch’è mai, à populu fattu bisogn’à marchjà.

Maghju #148 – Cap’Articulu : PER UN AVVENE NAZIUNALE

Les dernières élections présidentielles françaises ont été marquées en Corse par une forte abstention (près de 12% de plus qu’en France), qui avait été clairement annoncée comme l’option logique du courant indépendantiste. Si l’on y rajoute les votes blancs ou nuls, presque un habitant actuel de la Corse sur deux a refusé de cautionner cette illusion de démocratie, et de participer à une mascarade étrangère, sur laquelle notre peuple n’a aucune véritable influence, la seule possibilité pour lui d’exprimer une existence officiellement niée ne résidant dès lors que dans l’exercice d’un non-vote politique massif.   Après les évènements qui ont secoué notre pays ces tous derniers mois, et qui resteront gravés dans l’esprit des Corses au même titre que toutes les tragédies liées au sort inique imposé à notre nation, les revendications fondamentales de tout un peuple continuent d’être présentées comme autant de « lignes rouges » à ne jamais franchir par un Etat français prêt à discuter de tout... ce qu’il a envie d’entendre. Et surtout pas d’autre chose.   Dans ce contexte, l’élection législative de juin revêt un caractère politique indéniable. Certains diront qu’il s’agit d’une élection française à laquelle on pourrait s’abstenir de participer. Mais toutes les élections organisées en Corse actuellement, des municipales aux territoriales, le sont aussi. Malheureusement. Et cela restera le cas tant que nous n’aurons pas atteint notre objectif d’indépendance nationale.   En attendant, concernant ce genre d’échéances, aucun des mouvements de libération avec lesquels nous sommes en contact depuis des décennies, qu’il s’agisse des Basques, des Irlandais, des Ecossais, des Kanaks, ou autres, n’a commis l’erreur de déserter le terrain pour laisser s’y développer des stratégies hostiles, ou oublieuses de l’aspect authentiquement national du message politique à défendre. La nécessité de faire entendre la voix de ceux qui se considéreront comme des ambassadeurs de la Corse, plutôt que comme les co-gestionnaires d’un système délétère de dépendance et de soumission permanente à des règles étrangères, est ici évidente.   Indépendamment des découpages artificiels en « circonscriptions » qui ne correspondent pas à nos réalités humaines, la présence de candidats qui rappellent avec force tous les engagements pris devant les Corses, et validés par eux, apparaît aujourd’hui indispensable.   Mais il semble tout autant nécessaire de donner force et cohérence à une nouvelle démarche qui ne renonce à rien de ce qui est l’essence même du projet national. Et qui soit capable de poursuivre le combat politique mené de tous temps par un courant qui ne fera jamais allégeance aux ennemis déclarés de la nation.   Au delà d’ailleurs du terrain électoral, le véritable changement tant espéré ne viendra que de là, et sera seul susceptible de préparer, de garantir l’avenir, de permettre au peuple corse d’accomplir son destin national.

D’Aprile #147 – Cap’Articulu « Lignes rouges » ou solution politique ?

« Lignes rouges » ou solution politique ? Depuis le 2 mars dernier, jour funeste qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Corses, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, de tous âges, de toutes conditions, ont manifesté, à plusieurs reprises leur soif de vérité, de justice, de liberté. La réponse de l’Etat français a essentiellement consisté à envoyer des troupes toujours plus nombreuses de gardes mobiles suréquipés d’armes particulièrement dangereuses et potentiellement létales, dont l’utilisation systématique démontre une volonté manifeste de terroriser plus que de maintenir un ordre de plus en plus considéré comme illégitime dans notre pays. Les effets d’annonce et autres mesures dilatoires qui les accompagnent sont caractéristiques d’un cynisme et d’une stratégie du mépris que nous ne connaissons que trop bien, et depuis trop longtemps. La lettre de Gérard Darmanin, prétextant un climat trop tendu pour entamer les discussions qu’il avait annoncées est un modèle du genre. Dans un premier temps le ministre français se livre à un curieux décompte aux allures surréalistes de revendication : « Près de 43 actions ou manifestations se sont déroulées, quasi toutes émaillées de débordements violents ». Puis, il affirme, compte tenu du fait que « ces événements sont inacceptables », et sans rire: « C‘est la raison pour laquelle je me vois contraint de reporter la réunion de vendredi prochain. Naturellement, le gouvernement de la République se tient dans les mêmes dispositions d‘ouverture et de dialogue une fois le calme recouvré ». “ Dire que nous n’existons pas, que nous ne sommes rien, qu’on ne discutera jamais avec nous de peuple à peuple, d’égal à égal, est une infamie. Vouloir nous imposer cette position irrationnelle autant qu’inhumaine par la force est une violence permanente.“ Tout ce qui s’y oppose n’est que résistance légitime.“ Il est assez cocasse de le voir réclamer un retour au calme alors que des forces dites « de l’ordre » ont débarqué et se déploient en Corse sous son contrôle avec pour instruction patente de blesser, de mutiler si besoin, et, en tout cas, de faire tout le contraire de ce qu’une quelconque volonté d’apaisement exigerait. Mieux, il demande aux institutions de Corse de faire en sorte que le calme soit « recouvré », leur confiant ainsi une mission régalienne et franchissant pour le coup une de ses propres « lignes rouges » : à quand les pouvoirs de police et de justice pour notre pays, afin de créer les conditions idoines d’un dialogue serein ? Il est clair aujourd’hui que les artisans - voire les combattants - d’une paix véritable se sont toujours trouvés du côté des nationaux corses. L’Etat français n’a jamais, quant à lui, proposé que le retour au calme des cimetières et la paix des prisons. La négation de notre existence en tant que peuple est par ailleurs l’une des nombreuses lignes rouges qui sont régulièrement franchies par l’Etat français, et ses représentants. Dire que nous n’existons pas, que nous ne sommes rien, qu’on ne discutera jamais avec nous de peuple à peuple, d’égal à égal, est une infamie. Vouloir nous imposer cette position irrationnelle autant qu’inhumaine par la force est une violence permanente. Tout ce qui s’y oppose n’est que résistance légitime. C’est à l’aune de ces considérations que devra s’engager une négociation sans préalables et sans « lignes rouges » prédéterminées si l’on désire vraiment qu’une solution politique d’essence historique puisse voir le jour. Tout le reste ne peut se résumer qu’à des marchés de dupes, des tractations fumeuses, voire indignes, sur fond de fausses promesses, ou des atermoiements suivis de reculades qui ne font que préparer les drames de demain. La détermination de notre peuple et en particulier de sa jeunesse sera seule de nature à orienter favorablement l’avenir de notre nation. Aujourd’hui plus que jamais.

#146 – Cap’Articulu : FÀ FRONTE

▶✅#146 di Marzu : U cap'articulu di Eric Simoni nanzu à l'esciutu di u ghjurnale cù più di 60 pagine !   FÀ FRONTE Notre pays traverse des heures sombres. “ Le mot d’ordre « Statu francese assassinu » est non seulement un cri du coeur mais aussi une manière de situer clairement les responsabilités. Il est vite devenu un étendard commun, toutes générations confondues, pour un peuple qui a démontré qu’il était prêt à faire front face à l’agression qu’il subit depuis bien trop longtemps. “ Depuis maintenant sept ans, l’opportunité évidente d’un règlement pacifique, négocié, et enfin garant du respect de la démocratie était à portée de main. L’Etat français, dont la nature profonde n’a décidément pas changé, a délibérément choisi la politique du mépris et de l’humiliation de notre peuple. Il conviendra d’analyser en profondeur ce qui a encouragé cette sinistre option, dont le point d’orgue est le sort qui a été réservé à Yvan Colonna.   Dans cette affaire, le mot d’ordre « Statu francese assassinu » est non seulement un cri du coeur mais aussi une manière de situer clairement les responsabilités. Il est vite devenu un étendard commun, toutes générations confondues, pour un peuple qui a démontré qu’il était prêt à faire front face à l’agression qu’il subit depuis bien trop longtemps.   Les chiffres ridicules avancés par les services de l’Etat français montrent bien à quel point l’ampleur d’une manifestation comme celle du six mars dernier à Corti les gêne. Tout a été fait pour verrouiller l’information au niveau des médias français, car à l’échelle de l’hexagone, proportionnellement aux populations respectives de nos deux pays, cela équivaudrait à une foule de deux à quatre millions de personnes. Du jamais vu. D’autant plus qu’il n’aura pas fallu attendre plus d’une semaine pour que l’expérience ne se renouvelle à Bastia, avec des prolongements qui pouvaient difficilement être passés sous silence.   Cela démontre également que dans cette affaire, comme dans bien d’autres, le système étranger qui nous oppresse est prêt à mentir sur à peu près tout. La vérité ne viendra sûrement pas de lui. Ceux qui font semblant d’y croire se rendront objectivement complices d’un mensonge d’Etat. Tout le monde, en Corse, a bien compris qu’à l’heure où l’on parle, la version officielle concernant Yvan Colonna est à peu près aussi crédible que celle d’une partie de pétanque qui tourne mal pour Alain Ferrandi. Ou, dans un autre registre, celle, longtemps défendue par les autorités, de la chute malencontreuse de Maxime Beux sur un poteau. Et l’on ne remontera pas le temps pour évoquer l’ensemble des coups tordus, et autres barbouzeries homicides, en tout genre, dont la « République une et indivisible » s’est rendue coupable en Corse ces dernières décennies.   Mais aux moments les plus durs de notre Histoire nationale, s’est toujours réveillée une conscience, une force de résistance, un élan commun qui pousse notre peuple à la lutte, comme s’il faisait sienne la prophétie d’ Hölderlin: « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Ce qui peut sauver la Corse aujourd’hui, manifestement, c’est sa jeunesse.   Une jeunesse qui réagit spontanément à l’ignoble et à l’intolérable. En face, les soudards de l’ « état de droit » à la française n’hésitent pas à faire des victimes parmi les plus jeunes, comme les plus vieux, traduisant très concrètement l’aveuglement répressif qui constitue la seule réponse d’un Etat étranger, menteur et - qu’on veuille ou non l’admettre - assassin.   Après tant de mépris, de cynisme, et d’ignominie à l’égard d’un peuple qui ne demande, après tout, que de voir ses droits imprescriptibles respectés, il n’y aura d’apaisement réel que lorsque tous les patriotes emprisonnés seront libres, et qu’un véritable processus de décolonisation de notre pays sera engagé.

Cap’Articulu #145 : Contrer la politique de Choiseul

“ Ceux qui continuent de penser - ou de faire semblant de croire - que donner des signes d’allégeance en modifiera le cap, en seront pour leur frais. Ils exposeront malheureusement la nation à de grandes déceptions, de brutales déconvenues, et des périls mortels. “ L’Histoire est riche d’enseignements. Il est dommage que les hommes, trop souvent, n’en retiennent rien. En Février, il est naturel de commémorer la mort de Pasquale Paoli, survenue le 5 du même mois en l’an 1807. Chacun connaît la dimension du personnage, et ce qu’il représente dans l’imaginaire national corse. Mais, à la marge des évènements les plus spectaculaires de son époque, ceux qui nourrissent la mémoire commune de tout un peuple, lorsqu’on étudie la correspondance de Pasquale Paoli et de Choiseul entre 1765 et 1768*, on a, le temps d’une lecture attentive, un éclairage saisissant de la politique française du moment. Il y transparaît, tout le cynisme, le mépris, et l’implacable logique de la loi du plus fort, auxquels notre pays a toujours été confronté. L’infâme traité de Versailles du 15 mai 1768 en fut le point d’orgue, juste avant que le fer et le feu ne s’abattent sur ceux dont le seul tort était de se considérer comme un peuple à part entière. Le ministre de Louis XV était, en fait, le précurseur d’une doctrine systématiquement appliquée depuis par l’Etat français, et qui devait transcender le temps, les régimes, et, plus tard, la coloration politique des gouvernements. Les mesures dilatoires en tout genre, les échanges tournant systématiquement le dos à toute discussion d’égal à égal, de peuple à peuple, la référence constante à une légitimité dominante servie - si besoin - par une répression toujours d’actualité, demeurent la seule réponse que la France ait jamais su apporter à nos aspirations nationales. La politique de Choiseul est toujours à l’ordre du jour. Ceux qui continuent de penser - ou de faire semblant de croire - que donner des signes d’allégeance en modifiera le cap, en seront pour leur frais. Ils exposeront malheureusement la nation à de grandes déceptions, de brutales déconvenues, et des périls mortels. La politique de Choiseul elle, poursuivra son action funeste. Pendant que les palabres continuent, que les structures institutionnelles s’enlisent dans des démarches administratives sans fin, et trop souvent sans lendemain, la réalité que des forces étrangères installent dans notre pays tend à sceller chaque jour un peu plus un destin qui ne doit pas, qui ne peut pas être le nôtre. Face à ces manœuvres, qui rappellent toutes celles auxquelles la Corse a de tous temps été confrontée, il convient d’opposer enfin une stratégie globale qui permette de contenir les dangers et de déployer des forces aptes à concrétiser un projet national, à reconquérir tous les terrains où les intérêts de notre peuple doivent être défendus, à opposer à une légalité étrangère destructrice le pays réel et bien vivant qui correspond à ce que nous sommes vraiment. S’organiser pour devenir l’instrument idoine de ce grand dessin sera sans nul doute une des priorités de Corsica Libera à l’avenir. Afin de contrer définitivement la politique de Choiseul, comme on se libère d’une vieille malédiction. Cela nécessitera toute la volonté et la force d’un peuple dont les enfants ont, eux aussi, traversé les siècles et les combats avec comme credo éternel, cette clameur du fond des âges, et du fond des cœurs: « Patria è Libertà ».** *46 de ces lettres furent publiées dans le Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse en 1886 par l’abbé Letteron ** « Patria è Libertà, patrie et liberté, le cri le plus noble qu’ait eu aucun peuple » (François René Jean de Pommereul, officier français, 1745-1823)

Cap’Articulu #144 : 2022, À l‘orlu di l‘annu novu

L’année 2021 s’est achevée sur une situation bloquée et délétère à plus d’un titre. En dehors de la crise sanitaire qui occupe tous les esprits - et sur la gestion de laquelle il y aurait tant à dire ou, surtout, à faire -, le mépris affiché à l’égard de la Corse et de son peuple demeure sans doute l’un des seuls marqueurs véritablement stables de la politique française: le maintien en exil carcéral de Petru Alessandri, Alain Ferrandi et Yvan Colonna, l’arrestation par la SDAT et l’incarcération de deux jeunes corses à Paris à la veille de Noël pour une histoire de cocktails Molotov survenue en 2020, en sont l’expression la plus claire et cinglante. À ce stade, feindre de ne pas comprendre le message confinerait à une inacceptable soumission, plus qu’au nécessaire sang-froid qu’il est toujours bon de conserver dans les circonstances les plus difficiles. « En même temps », l’Assemblée de Corse se retrouve de plus en plus paralysée et réduite à une impuissance dont seul un sursaut général, en dehors de ses murs, pourrait la sortir. La France, quels que soient les résultats de l’élection présidentielle à venir, semble s’acheminer inexorablement vers une crise sans précédent à laquelle son système centraliste, bureaucratique, et techno-administratif obsolète ne saura répondre que de manière aussi arbitraire qu’inefficace. Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, la conscience nationale des Corses n’est pas proportionnelle à cette lente et inéluctable décadence de l’Etat français: la perspective - au demeurant de moins en moins crédible - d’une France rayonnante, plus intelligemment et humainement administrée, n’hypothéquerait en aucun cas la pertinence de l’exercice plein et entier par le peuple corse de ses droits nationaux. Par contre, elle ouvrirait sans doute des chemins propices à une résolution politique qui nécessite une clairvoyance et une hauteur de vue dont on s’éloigne, malheureusement, chaque jour un peu plus. Aujourd’hui, certaines promesses ne peuvent guère engager que ceux qui feignent d’y croire, ou qui préfèrent vendre du rêve tout en laissant le cauchemar devenir la réalité quotidienne de la grande majorité des Corses, de plus en plus exclus, socialement, économiquement, et même culturellement, sur leur propre terre. À l’orlu di st’annu novu, ci tocc’à precacci à tutti a Pace è a Salute. Ma, sopratuttu a Libertà pè tutt’i patriotti è pè a Corsica ella stessa, chì, senza libertà, ùn ci pò esse veramente nè salute, nè pace. È, senza lotta, ùn ci serà libertà pè u nostru populu. Più ch’è mai, a lotta pulitica à prò di a nostra liberazione naziunale s’impone à noi. È ferma a sola sperenza d’avvene pè u populu corsu nant’à a so terra. E.S.

#143 : Cap’articulu di Eric Simoni : Redéploiement des forces vives le rejet de la soumission

De la Guadeloupe à la Kanaky, en passant par la Corse - au delà de tout ce qui n’est pas forcément comparable - il existe un point commun qui relie toutes « ces îles que l’on dit françaises »*, et qui, en réalité, ne le sont ni par la culture, ni par la géographie, ni par l’Histoire. Il s’agit de l’attitude d’un Etat qui ne s’oriente vers un semblant de dialogue qu’en cas de tensions et de troubles graves, et trahit systématiquement sa parole, ses engagements, et tout espoir de résolution raisonnable, juste, politique, des problèmes posés par des peuples à qui l’on dénie des droits pourtant imprescriptibles, et reconnus par les Nations Unies depuis toujours. Comme si l’annexion par les armes et le feu, sur fond de massacres des populations autochtones, était le seul critère de légitimité reconnu, au mépris de toutes les déclarations officielles assénant à longueur de temps l’exact contraire. « Les stratégies visant à amoindrir le caractère national de revendications légitimes et validées par le peuple(...) sont vouées à l’échec. » Ce cynisme insupportable et injustifiable, porteur de tant de drames passés et potentiels, conduit non seulement à un déshonneur, source de futures repentances hypocrites - exercice dans lequel l’Etat français est devenu champion toutes catégories -, mais aussi au désaveu de personnalités lucides, honnêtes, impliquées dans des processus vertueux, comme a pu l’être, en son temps un Michel Rocard par exemple. La logique aveugle d’un vieil empire colonial qui ne veut pas mourir alors qu’il pourrit de l’intérieur s’applique alors par des démonstrations de force, et des rigidités absurdes, qu’il applique avec d’autant plus de détermination morbide à sa périphérie que son vieux cœur décadent n’arrive plus à battre qu’au rythme imposé par les banques et les puissances financières du moment. En Corse, comme ailleurs, la démonstration a été faite, à maintes reprises, que les stratégies visant à amoindrir le caractère national de revendications légitimes et validées par le peuple, ou celles qui privilégient une pérennité purement électorale sur la consolidation d’un socle cohérent, combatif et déterminé à changer la situation, sont vouées à l’échec. Oublier la nature du système étranger qui nous est opposé, n’avoir comme seule ligne d’horizon que la désagrégation de la vieille classe politique aux affaires pour se contenter de les gérer un peu mieux, alors que les mécanismes de dépendance et de destruction de notre être collectif perdurent, c’est participer à l’anesthésie du peuple dont on est censé défendre les intérêts. Ça n’est pas ce dont la Corse a besoin, ce n’est pas ce pourquoi les patriotes corses se battent depuis si longtemps. « L’avènement d’hommes d’Etat français capables d’une hauteur de vue et d’un courage politique suffisants pour infléchir cette ligne mortifère semble une perspective de plus en plus lointaine. » En France, malgré les efforts unilatéraux émanant exclusivement de la Lutte de Libération Nationale en vue de créer les conditions les plus favorables à une résolution pacifique et véritablement démocratique de la situation, l’« Etat profond » est manifestement toujours en guerre contre l’idée même d’une nation corse exerçant une quelconque forme de souveraineté. Le sort réservé aux prisonniers politiques, le mépris affiché pour les décisions ou votes de l’Assemblée de Corse, et autres injonctions préfectorales, en attestent. Et l’avènement d’hommes d’Etat français capables d’une hauteur de vue et d’un courage politique suffisants pour infléchir cette ligne mortifère semble une perspective de plus en plus lointaine. Dans la période qui s’ouvre, toutes les forces vives de notre pays devront donc, nécessairement, trouver les voies et moyens d’un redéploiement efficace et durable, en se rappelant toujours ce qu’écrivait en substance Sun Tzu: « Quand l’ennemi t’a emmené à le combattre avec des armes choisies par lui, à utiliser le langage qu’il a inventé, à te faire chercher des solutions parmi les règles qu’il a imposées, tu as déjà perdu toutes les batailles, y compris celle qui aurait pu le vaincre. » Le stade ultime d’un tel funeste processus étant atteint lorsque l‘on ne combat plus l‘ennemi et que l‘on adhère à l‘idée de sa propre soumission. Ce qui ne sera jamais le cas pour qui veut réellement libérer et construire la nation. Eric Simoni * « Ces îles que l’on dit françaises » est un ouvrage collectif paru en 1985 et préfacé par Jean Marie Tjibaou.            

#142 : Cap’articulu di Eric Simoni : Unité stratégique : convergences et lucidité face à la répression.

La récente conférence de presse des associations de défense des prisonniers politiques corses, au delà de représenter un gage d’efficacité supplémentaire dans un dur combat pour la justice et la liberté, aura permis de démontrer que la volonté de « normalisation » de la Corse, sur fonds de dilution de nos solidarités les plus élémentaires, ou de marginalisation d’une revendication authentiquement nationale, ne pourra avoir lieu. Ceux qui, à Paris ou ailleurs, misent depuis toujours sur l’essoufflement, le découragement ou les contradictions - inévitables dans toute entreprise humaine - du mouvement national corse, en seront pour leur frais : jamais les Corses n’oublieront ce qu’ils ont en face d’eux, et qui les sépare de leurs objectifs légitimes de justice, de liberté, et de dignité en tant que peuple à part entière. Ceux qui ont voulu, au delà de nos propres erreurs, nous diviser, s’apercevront, à leur dépens, qu’ils nous ont multipliés. Une unité stratégique est en route, forte d’une pluralité qui doit devenir source d’émulation positive, et point d’ancrage des mobilisations à venir pour arracher au sort que leur fait l’Etat français les patriotes corses aujourd’hui embastillés, comme toutes les victimes d’une répression politique inique et multiforme. Les manœuvres visant à étouffer des aspirations profondes, naturelles, puisant à la source de l’Histoire et de la culture multiséculaire de tout un peuple, empruntent de partout et de tout temps les mêmes voies : déstabilisation de la société traditionnelle systématiquement présentée comme incompatible avec une nécessaire modernité civilisatrice, interdiction administrative ou institutionnelle d’envisager toute forme de développement conforme aux réels intérêts du peuple et à ses réalités culturelles, et enfin, déploiement de tout un arsenal légal - et même illégal si nécessaire - pour réprimer toute forme de révolte contre cette violence permanente baptisée pour la circonstance « Etat de droit ». L’installation d’une « troisième voie » accompagnant « en douceur » la lente agonie programmée d’une nation qui pourrait, qui devrait, au contraire, revivre et se libérer est également systématiquement envisagée, et tentée chaque fois que l’occasion se présente. Pourtant, l’avenir continue à appartenir aux peuples qui n’acceptent pas de péricliter, pas seulement parce que c’est de leur sort qu’il s’agit, mais parce que, instinctivement parfois, ils ont conscience d’un enjeu plus universel, renvoyant aux paroles que Jean Paul II prononça à l’UNESCO en 1980 : « Veillez par tous les moyens sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque nation en vertu de sa propre culture. Protégez-là comme la prunelle de vos yeux pour l‘avenir de la grande famille humaine. » La Corse, en tant que nation actuellement sous férule étrangère, comme cela a souvent été le cas au cours de son Histoire, ne saurait faire défaut à cette sage exhortation. U Ribombu Internaziunale #URibombu #sulidarità
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