Interview : “Manifeste pour une Corse souveraine” – Maì Guillem

À l'aube d'une possible évolution institutionnelle pour la Corse, nous ne sommes jamais avares lorsqu'il s'agit d'avoir des idées sur le devenir de notre île. Les pistes sont nombreuses, et nous regrettons que les discussions actuelles, tout comme en son temps le processus dit de "Beauvau", ne laissent que peu de place aux revendications historiques du mouvement national. Des mesures qui, parfois, créent un consensus au-delà même de la famille nationaliste, et que l'on jugerait comme le minimum pour qu'un changement juridique soit efficace et se présente comme une réelle avancée. Le terme d'autonomie est dévoyé dans une période où les repères politiques n'existent plus et où chaque camp cherche à préserver ses intérêts, entretenir une image de façade ou encore acheter la paix sociale. Afin d'éviter les faux-semblants et d'agir pour un collectif, non pour des individualités, il convient d'arriver à une solution politique concrète en lieu et place d'un cache-misère. Toute aussi fondamentale soit-elle, l'évolution institutionnelle ne peut prendre de sens qu'avec l'appui d'un projet de société. Celui-ci doit poser des réflexions sur nos réalités et dépasser le simple constat pour apporter des solutions autour des thématiques qui importent chez nous. C'est par ce biais que l'on démontrera qu'une autonomie a un sens et s'avère être la clé pour améliorer les conditions de vie sur notre terre précarisée. Malheureusement, tout cela semble aujourd'hui loin des préoccupations des élus, des médias, et même de la société civile. Cependant, au sein de cette dernière, certains essayent de proposer des idées, d'entamer le débat et d'ouvrir des pistes de réflexion. C'est notamment le cas du livre Manifeste pour une Corse souveraine, de Maì Guillem, paru il y a quelques semaines aux éditions Anima Corsa. Cet essai politique émane de l'inspiration d'un jeune professeur d'histoire-géographie, sympathisant de la cause nationaliste. Son ouvrage s'articule autour du cadre juridique qui serait le plus approprié selon lui, en lien avec un projet de développement économique. Capable d'esprit critique sur le mouvement national et appuyé par des sources, ses écrits démontrent une volonté politique rendant possible la voie de l'autodétermination à l'heure où les espoirs s'amenuisent sous les discours fata1 listes. La rédaction du Ribombu, à l'avant-garde des énergies voulant construire un avenir viable pour les nôtres, est allée à la rencontre de l'auteur pour comprendre ses intentions et le sens de son livre. Ribombu : Maì, votre ouvrage a une approche, il faut l'admettre, originale dans le sens où votre livre se présente presque comme un programme. En ce sens, quelles étaient vos intentions en le rédigeant ? Maì : Lors du décès tragique du militant Yvan Colonna, nous avons pu apercevoir une mobilisation massive de l'ensemble des Insulaires, choqués, à juste titre, par ces événements. Il en a émergé une revendication, plus véhémente que jamais, autour d'une autonomie pour laquelle les Corses avaient majoritairement souscrit lors des derniers scrutins locaux, avec un processus bloqué par Paris. Le drame de mars 2022 a fait resurgir l'injustice de ce déni démocratique et a même provoqué une émulation intellectuelle autour de ce qui est nommé par l'État français la "question corse". Cependant, en dépit des tractations autour d'une évolution institutionnelle pour notre île et du terme "autonomie" employé par le ministre Darmanin — ce qu'il faut bien l'admettre était inédit — aucun projet de société n'a réellement surgi pour présenter une feuille de route sur ce que pourrait être la Corse autonome de demain dans nos thématiques concrètes. Pire, au fur et à mesure des lentes discussions, nous nous sommes rendu compte que l'autonomie proposée ne serait qu'une décentralisation supplémentaire n'accordant au final que peu de compétences réelles et utiles pour agir selon nosbesoins et revendications, et que le terme ne servait qu'à acheter la paix sociale. Ribombu : Donc, selon vous, les élus nationalistes de la Collectivité de Corse font une erreur en acceptant ce dialogue, car cette autonomie ne serait qu'une duperie ? Maì : Selon moi, aucun dialogue n'est inutile, et il faut accepter de discuter avec la représentation nationale dès qu'une occasion le permet. Toutefois, que Paris fasse un pas vers nous pour parler d'autonomie ne signifie pas que nous devons accepter n'importe quoi. Lorsque le président Macron est venu à l'Assemblée de Corse en septembre 2023, il a confirmé les craintes de beaucoup. En avançant des lignes rouges infranchissables, il a démontré que l'État français conservait ses racines jacobines et que la concession à 2 venir ne serait qu'un trompe-l'œil permettant au gouvernement de maintenir les Corses tranquilles. En effet, si Paris n'avait même pas fait semblant de vouloir un changement juridique, s'était montré complètement fermé, de massives manifestations auraient, à terme, contraint l'État à une plus grande concession que les miettes qu'il s'apprête à nous octroyer. Fort de son expérience coloniale, la stratégie élyséenne est subtile, ils sont les maîtres des horloges et, en plus de jouer sans cesse avec l'agenda, le terme autonomie est dévoyé. Que serait une autonomie sans reconnaissance du peuple corse, coofficialité de la langue et statut de résident ? Des mesures qui convainquent même des non-nationalistes. Quant à la possibilité de légiférer, le président Macron était prêt à accepter une autonomie dite "normative", où la loi se serait adaptée par moment, ce qui est assez flou, vous en conviendrez. Le terme d'autonomie peut vouloir tout et ne rien dire. Pour l'heure, ce que permet la Constitution française par son article 74 est insuffisant, et ce n'est même pas ce que prévoyait le gouvernement pour notre cas. Néanmoins, à l'issue de l'intervention du président à Ajaccio, la grande majorité de nos élus nationalistes semblait satisfaite de cette autonomie minimaliste. Certains pensent que toute concession est bonne à prendre, que ce serait mieux que rien. Au contraire, je pense qu'avoir une autonomie officielle en ces termes serait le meilleur moyen pour que les nôtres se relâchent, pensent avoir gagné, et que notre détermination se meure. Alors même qu'une fois cette faible concession cédée, l'État français se présentera comme le camp du compromis, rejettera tout ce qui se passera mal sur le gouvernement "autonome" corse et que nous n'aurions plus rien d'ambitieux pour les cent prochaines années. Mais pour certains de nos élus, il est probablement plus important de se présenter comme ceux ayant donné l'autonomie à la Corse, qu'importe de quelle autonomie il est question. Il fallait saisir l'opportunité en mars-avril 2022, lors des révoltes populaires, et avoir des revendications clés sur lesquelles nous n'aurions pas tergiversé. Ribombu : Selon vous, quelle serait alors la forme d'autonomie la plus viable et efficace ? Maì : Il nous faudrait une nouvelle loi organique conçue spécialement pour la question de l'autonomie de la Corse. Ce qui demande donc une révision constitutionnelle pour outrepasser les limites actuelles afin d'avoir un changement juridique efficace. À terme, l'objectif serait d'arriver à une autono3 mie législative. Il y a plusieurs manières de percevoir celle-ci, et bien que cela puisse sembler ambitieux, cette autonomie ne répond qu’aux votes populaires corses depuis 2015, à notre histoire et à nos spécificités culturelles. Surtout, l'île montagneuse que nous sommes a besoin d’aménagement de la loi pour gérer au mieux nos problématiques. Une économie peut être adaptée à un territoire mais pas à un autre. Cela ne doit pas faire craindre que notre base sociale se réduirait par rapport à la situation actuelle ou qu'une réelle autonomie serait dévoyée par un milieu affairiste. La casse sociale est déjà organisée par le gouvernement, peut-être même que nous pourrions mieux faire sur cet angle précis, et notre projet de société ainsi que les accords d'autonomie avec la France devront prévoir des garde-fous sur ces sujet. D'autant plus que l'autonomie législative telle que je la perçois, bien que devant nous donner à terme la politique intérieure entière de notre île, n'exclut pas des compétences octroyées au fur et à mesure dans une période de transition et des compétences partagées. Enfin, l'État central garderait des prérogatives de notre souveraineté, celles-là mêmes qui justifient que l’on n’a pas encore obtenu de réel statut d’autonomie. Ribombu : Votre vision de la souveraineté est donc celle d'une autonomie législative, mais que répondez-vous à ceux déclamant que ce projet est impossible, que nous sommes déjà dépendants et sous perfusion de la France ? Maì : Justement, nous sommes déjà en situation de dépendance et c'est bien à cause de l'administration française qui gère notre terre depuis des siècles. Certes, nous avons eu la décentralisation mais celle-ci n'est qu'une délégation de compétences sans possibilité d'aménagement. Alors, nous aurions pu gérer bien mieux certaines thématiques, j'en suis d'accord, mais force est d’admettre que pour l'heure les affaires courantes les plus importantes sont toujours du ressort de Paris. Il n'est pas dit que nous ferions mieux autonomes, c'est vrai, mais on peut tout de même nous donner la possibilité de prouver le contraire. D'autant plus que les locaux connaissent souvent mieux la situation insulaire que des technocrates parisiens déconnectés de nos réalités, et que le peuple corse a décidé il y a bientôt 10 ans de vouloir essayer l'épreuve d'une autonomie "de plein droit et de plein exercice", ce qui veut dire totale, loin des ambitions désormais plus modérées de ceux qui déclamaient cela. Enfin, comme dit précédemment, même en cas d'autonomie législative, la France conserverait les domaines régaliens, notre 4 représentation diplomatique et surtout notre Zone économique exclusive ainsi que la base de Solenzara avec les intérêts géopolitiques et économiques que cela suppose. Ce n'est pas pour rien que Paris ne veut pas relâcher son étau sur son héritage colonial dans les territoires ultramarins en dépit de tout ce que cela leur coûterait en argent. À ce sujet, il a été démontré que la Corse n’est pas plus coûteuse que n'importe quelle autre région française dans le rapport entre les dépenses et ce qu'on rapporte au continent. Nous sommes dans la moyenne, loin des discours nous présentant comme des parasites. Donc, les prérogatives que conserverait la France justifieraient des subventions et des mesures comme des commandes publiques privilégiées pour les produits agricoles corses, à inscrire dans un projet de société revitalisant ces derniers. Dans le même ordre d'idées, nous pouvons nous inspirer de ce que fait l'Espagne avec sa communauté autonome basque : une partie de la fiscalité est prélevée par les Basques pour pouvoir eux-mêmes agir dans des domaines concrets grâce aux leviers fiscaux, et une autre partie est prélevée par l'État central, ce qui justifie que des subventions soient toujours pourvues pour la communauté autonome. Nous pourrions faire de même pour continuer à faire fonctionner la solidarité nationale tout en ayant la fiscalité comme compétence octroyée à la Collectivité de Corse. Ce sont des mesures qui permettraient de financer des projets dans une Corse autonome et qui ne sont que des justes retours économiques, du donnantdonnant. Nous avons trop longtemps accepté de donner sans rien avoir en retour, sans compromis gagnant pour les Corses, sans régulation. Il faut désormais changer d'état d'esprit, et je n'aborde même pas la dette historique qu'a l'État français envers le peuple corse entre occupation, exactions, etc., qui justifierait là aussi une juste réparation économique. Ribombu : Sans compter non plus que votre ouvrage avance un projet de société qui parle de financements et qui permettrait une souveraineté juridique mais aussi économique. Maì : Effectivement, pour moi, les processus juridique et économique vont de pair, ils ne sont pas à opposer mais ils sont complémentaires. Certes, sans savoir l'entièreté de ce qui nous sera délégué comme compétences, il est difficile d'établir un programme complet, mais c'est en ayant au moins les grandes lignes directrices d'un projet de société que l'on saura quel type d'autonomie, au minimum, nous devons accepter. Il faut certes réclamer des 5 mesures culturelles indispensables pour conserver notre identité, comme la reconnaissance du peuple, la coofficialité, l'apprentissage obligatoire du corse à l'école, par exemple, etc. Mais il faut que la souveraineté puisse être réelle dans le secteur économique, à l'heure où même les puissances occidentales, comme la France, perdent leur souveraineté. On voit que sur le terrain diplomatique, beaucoup se contentent de n'être que les valets del'hyperpuissance américaine ; au niveau continental, les compétences sont absorbées, loin de tout processus démocratique, par une entité supranationale qui retire des leviers décisionnels, et économiquement, nous sommes en situation de dépendance, incapables de produire quoi que ce soit et devant importer sans cesse. Pour nous Corses, au vu de notre petite démographie dans une superficie réduite, nous devons miser sur une consommation intérieure d'envergure, une balance commerciale en meilleur état que ce que nous pouvons connaître actuellement, pour pouvoir au plus vite produire ce qui est essentiel sur notre sol et dont nous avons les capacités. À moyen terme, nous pouvons et devons obtenir une autonomie alimentaire et énergétique en promouvant une industrie légère en synergie avec ses forces. Ribombu : Dans votre programme, cette production locale, au moins sur ce qui est possible, est la clé de voûte de votre propos. Pourquoi cette souveraineté économique est-elle si importante ? Maì : Nous avons vu avec les crises récentes, comme celle de la Covid et du conflit russo-ukrainien, les problèmes liés à la dépendance aux importations. Depuis l'essor du néolibéralisme, il y a plus d'une quarantaine d'années, les pays européens ont délégué leurs productions aux pays pauvres où le coût de fabrication des marchandises était moins cher, profitant aux grandes entreprises. Ces départs du secteur primaire et secondaire vers les usines du monde ont provoqué une série de problèmes : l'emploi s'est considérablement réduit dans les territoires perdants de cette mondialisation, bien qu'en Corse nous n'ayons jamais réellement eu d’industries ; la concurrence des marchandises agricoles produites à bas coûts n'a certainement pas aidé nos producteurs locaux. Les importations nous ont installés dans une situation de dépendance, rendant le pays assujetti à du chantage éventuel ou à la moindre crise mondiale qui ne nous concernait pas initialement, et provoquant même de l'inflation alors que le libre-échange devait casser les prix. Casser les prix, mais avec des conséquences énormes sur les 6 coûts éthiques, avec des normes de fabrication plus que contestables dans bien des secteurs, et une qualité laissant à désirer. Les balances commerciales sont devenues largement déficitaires, empêchant le financement de certains projets. Enfin, cette délocalisation systématique de la production et la concurrence déloyale imposée au sein même de l'UE et au-delà (l’UE étant la région du monde se protégeant le moins) multiplie les échanges commerciaux et le désastre climatique, alors même que l'enjeu écologique est le grand défi de notre génération. Ribombu : Pour pallier à cela, votre projet de société est assez dense, avec des propositions complétant d'autres mesures qui pouvaient contenir initialement des lacunes. Nous pouvons notamment penser au protectionnisme. Cette mesure peut inquiéter. Avons-nous des productions à protéger en Corse et cela ne risque-t-il pas de faire monter les prix ou de provoquer l'autarcie comme certains le craignent ? Maì : Le projet que je porte ne prône aucunement l'autarcie. On l'a bien vu lorsque j'ai présenté mon programme juridique, qui est fait de compromis. Il en est de même pour l'économie, avec un projet prenant en compte l'application des lois françaises sur notre sol depuis des siècles, nos réalités, nos besoins, mais il faut aussi penser à nos potentialités. Le programme que j'avance n'est qu'une ébauche dans le sens où je ne suis pas exhaustif sur toutes mes pensées politiques, et je laisse le soin à des spécialistes des domaines concernés, mais aussi à la société civile qui a son mot à dire, de compléter mes propositions et de les chiffrer. Cependant, dans les grandes idées que j'avance afin d'ouvrir le débat, je pense qu'il est de bon ton d'avoir des axes de travail bien définis. Ce qui passe par une souveraineté économique, comme je l'ai déclaré, mais mettant à contribution tous les acteurs pour que cela soit possible. Le protectionnisme seul, c’est-à-dire dans un régime capitaliste sans régulation, mise sur une baisse des acquis sociaux pour que le pays résiste à la compétitivité mondiale, que ce modèle accepte de facto. Ce qui conduira à une perte de normes essentielles avec ce nivellement par le bas et à une diminution du niveau de vie des habitants. Alors même que cela ne garantit aucunement, en parallèle, que cela suffira à reproduire localement les productions à notre époque de mondialisation, où il y a toujours moins cher ailleurs pour les entreprises prédatrices. Ce protectionnisme permettrait tout de même une relocalisation grâce aux taxes, 7 mais cela serait lié à une destruction des protections sociales, et c'est donc un protectionnisme dont nous ne voulons pas, par la violence sociale supposée, et qui en plus ne garantit pas de juguler l'inflation avec certains produits qui devront continuer à être importés, car non produits localement, et qui subiront des taxes faisant monter leurs prix. Nous voulons de notre côté un protectionnisme ciblé sur nos besoins et selon ce qu’on peut produire, pour justement maintenir, voire élever des normes, en refusant le cadre mondial déloyal. Certes, il y aura une inflation, mais en produisant localement par la protection, l'offre gonflera, rendant possible le développement de secteurs productifs, et réduira les prix, tout comme l'importation qui perdurera et restera un garde-fou aux envolées de prix. Ensuite, on pourra relancer les salaires, car on ne sera plus aligné sur la compétitivité d'autres pays, et les gens pourront consommer plus cher, des coûts plus élevés, logique car issus de la qualité du local. Pour éviter la spirale inflationniste, le contrôle des prix sera imposé sur la marge des intermédiaires comme les grandes surfaces. Nous pouvons aussi penser à une fiscalité plus juste et à des subventions ciblées aux PME-TPE afin qu’elles ne répercutent pas sur le prix. Voilà un programme cohérent où toutes les mesures s'emboîtent avec complémentarité. Un protectionnisme seul provoquerait inflation et pénuries. Une relance seule aussi, car pour contrebalancer une hausse des acquis dans un marché compétitif, on licencierait, délocaliserait, ferait monter les prix ou ferait faillite. Pour éviter tout cela, il nous faut le protectionnisme et une relance avec quelques autres mesures qui ne seront pas en trop. Ribombu : Votre projet parle également d’unités d’assemblage, d’unités de valorisation des déchets, des énergies renouvelables, de mesures contraignantes pour les multinationales, de modernisation du système hydraulique, etc. Nous ne pourrons pas tout aborder, mais certaines mesures, comme le statut de résident ou la corsisation des emplois, ne risquent-elles pas d’être perçues comme discriminantes par l’État central ? Maì : C’est la rengaine habituelle. Cependant, ce sont les mesures identiques appliquées dans des situations pourtant différentes, comme c’est le cas chez nous, qui sont réellement discriminantes. D’autant plus que les mesures que vous avez citées s’appliqueraient, dans mon esprit, à tous ceux vivant à l’année sur notre île (avec une ancienneté exigée pour le statut de résident), sans distinction d’origine. Ce qui fait sens avec notre nationalisme 8 culturel : c’est même par le travail et la langue que nous pouvons intégrer et créer des Corses. En l’état, c’est laisser les choses telles qu’elles sont qui induit une politique discriminatoire où nous avons des revenus moins élevés qu’en métropole, une pauvreté plus forte, et des postes à responsabilités qui échouent à des continentaux. Ce sont bien ces derniers qui, souvent, grâce à un patrimoine plus élevé et la complaisance de traîtres à leur terre, peuvent s’approprier le parc immobilier corse, rejetant les locaux de celui-ci. Nous sommes, par bien des aspects, dans un cadre de discriminations coloniales, bien que ce soit subtil car aucune différenciation ne se retrouve dans la loi, alors qu’on la subit dans le réel. Pour lutter contre ces injustices, nous devons adopter certaines mesures fortes, qui ne résoudront pas tout mais qui représentent un début, et qui sont loin de perceptions stupidement ethniques comme il peut en exister dans l’extrême-droite française et chez certains perroquets locaux se teintant faussement d’un nationalisme qui est alors dévoyé. Ribombu : Tout ce processus devrait passer par une union au sein du mouvement national ? Maì : L’union permet d’agir plus rapidement et efficacement contre les réels adversaires d’une quelconque avancée institutionnelle. Cependant, l’union pour l’union, juste pour la symbolique mais faite de compromis à outrance par peur de vexer qui que ce soit, n’aurait pas de sens. L’union doit se faire autour d’un projet cohérent, et on voit que dans la famille nationaliste, bien que ce soit camouflé, il n’y a pas toujours les mêmes perceptions. Sans même parler d’idéologie, mon projet porte une part assez significative de régulation, car je pense que la “chose publique”, encore plus en ces temps troubles, doit réguler. Ce n’est pas au marché de dicter sa loi, et notre nationalisme, dans son essence, ne peut qu’être en accord avec cela, avec des mesures qui supposent une intervention publique lorsqu’on parle de freiner la spéculation immobilière ou le tourisme de masse, par exemple. Cependant, certains des nôtres sont clairement libéraux, et c’est leur droit, mais je ne pense pas qu’au vu de la situation actuelle ce soit l’axe le plus adéquat, surtout lorsqu’on voit les résultats du libéralisme à outrance depuis le milieu des années 70 à nos jours. Quand bien même une union n’aurait pas lieu, le parti qui se retrouverait au pouvoir dans une Corse autonome devra, dans un premier temps, ne pas être trop clivant idéologiquement et promouvoir9 un programme commun capable d’attirer une adhésion large auprès des Corses. Cependant, il ne faudra pas être tiède pour changer le cours des événements et nous devons trancher dans des directions avec des lignes bien définies, ce que je m’efforce de faire à mon humble échelle. Ribombu : Pour conclure, vous le savez, nous sommes des indépendantistes. Dans votre projet, où se place le processus d’autodétermination ? Maì : L’autodétermination est un fondement auquel tout peuple a le droit d’aspirer. Tout tend à démontrer que nous sommes un peuple à part entière, avec nos frontières géographiques bien définies, qui imposent un certain particularisme, une longue et riche histoire commune et une culture singulière qui apporte sa pierre à l’édifice culturel mondial. Maintenant, je reste persuadé que nous avons d’abord besoin d’une autonomie comme première étape, transitoire, pour aspirer à un développement économique. L’autonomie est l’arme juridique, l’outil législatif, que l’on juge fondamental pour enclencher les leviers d’émancipation. À terme, si tout se déroule comme prévu grâce à un projet de société solide et cohérent, nous ne pourrons qu’aspirer à retrouver ce qui nous a été arraché par la force : l’indépendance. 10

Petru Antone Tomasi : Nazione, ripressione, beauvau

U RIBOMBU : Le 28 janvier dernier, Nazione était portée sur les fonts baptismaux par plusieurs centaines de militants, en quoi la création d’un nouveau mouvement politique est-elle apparue comme indispensable ? Ces derniers mois, une volonté partagée s’est exprimée afin de doter le courant indépendantiste d’un nouvel instrument de lutte, adapté aux défis que connaît actuellement notre pays. Aussi, en des termes différents mais convergents, Corsica Libera, le collectif d’anciens prisonniers Patriotti ainsi que le FLNC ont appelé à la création d’un regroupement large des militants de la Lutte de Libération Nationale partageant à la fois un constat critique de la situation politique de la Corse, des objectifs communs mais aussi une détermination sans faille afin d’oeuvrer pour une solution politique réelle au bénéfice du peuple corse et de ses droits. C’est ainsi qu’est née Nazione : un mouvement politique qui intègre la réalité militante qu’a été Corsica Libera durant près de quinze années mais qui va bien au-delà ainsi qu’en témoigne la composition de ses instances. Deux jours plus tard, sur ordre du Parquet national antiterroriste (PNAT), deux militants de Nazione étaient interpellés, transférés à Paris et - provisoirement - incarcérés, quel lien établissez-vous entre ces deux événements ? Un lien évident ! Ces interpellations arbitraires et outrancières (portes défoncées à l’explosif, père de famille jeté au sol devant sa famille, jeux d’enfants intentionnellement détruits…) sont une réponse de l’appareil d’Etat au succès de l’Assemblée générale constitutive de Nazione. Elles sont l’oeuvre d’une police politique aux ordres d’une justice politique qui vise à réprimer l’expression d’un mouvement public, Nazione, qui se situe dans une opposition résolue à la politique d’assimilation à marche forcée qui est aujourd’hui menée par l’Etat français et, malheureusement, avalisée par nombre de forces politiques dont certaines se revendiquent de l’idée nationale. Ces manoeuvres de déstabilisation sont cependant sans effet sur le déploiement de l’action de Nazione qui a d’ailleurs poursuivi sa structuration, la diffusion de son message politique et qui prépare l’intensification de sa présence sur le terrain. Pour en terminer sur le sujet de ces opérations répressives qui ont visé Nicolas Pinzuti et Antò Simoni, leur sortie de prison après respectivement quelques jours et trois semaines de détention confirme le caractère indigent des dossiers d’instruction et le caractère purement politique de leurs interpellations. Cependant, à l’heure où nous parlons ils sont certes hors des murs des prisons françaises mais ne sont toujours pas libres puisqu’assignés à résidence en France. Afin qu’ils retrouvent leur terre (à l’instar de Charles Pieri qui se trouve toujours dans une situation similaire depuis plus d’un an), la manifestation du 2 mars prochain organisée à l’initiative de Sulidarità et de Patriotti se doit d’être un succès populaire. Désormais, quelle est la feuille de route de Nazione ? Il s’agira de mettre en oeuvre les orientations débattues et massivement adoptées par les militants à l’occasion du vote de notre motion d’orientation générale : mise en place d’un cycle de mobilisation de terrain et de consolidation de la logique de contre-pouvoirs, poursuite de la stratégie d’internationalisation de la question nationale corse notamment à travers les contacts noués avec le Mouvement des Non-Alignés, présentation d’une offre de solution politique alternative à la farce des discussions de Beauvau, actualisation d’un projet indépendantiste robuste afin de répondre aux attentes quotidiennes des Corses et de préparer l’avènement de la République corse. En synthèse, l’action de Nazione a pour objectif de garantir l’accomplissement d’un destin national corse. Cette perspective nous apparaît salutaire à l’heure où les responsables autonomistes, à rebours du serment passé devant les Corses, structurent exclusivement leur action par le « dur désir de durer » à la tête des institutions corses. Cette formule du poète Éluard était convoquée par un ami indépendantiste catalan, il y a quelques temps, afin de qualifier le dévoiement de certains responsables du mouvement national en Catalogne. Elle me semble totalement transposable à la situation corse… À l’heure où le Ribombu est mis sous presse, une « déclaration solennelle » vient d’être signée [23.02.2024] par de nombreux élus de la Corse dans le cadre des discussions de Beauvau. Est-ce l’esquisse d’un « processus à vocation historique » ? Dès mars 2022 et la signature du Protocole Darmanin-Simeoni indiquant les « lignes rouges » imposées par l’Etat français et avalisées par les responsables du Cours Grandval, il n’y avait plus ni « processus historique », ni « solution politique » au conflit dans le cadre des discussions de Beauvau. La « déclaration solennelle » à laquelle vous faites référence ne change rien de fondamental à la donne politique et au constat établi par Nazione. Pour notre part, nous avons toujours jugé sur pièce l’évolution de ces discussions quant à une éventuelle évolution du statut de la Corse. Nous ne dérogeons pas à cette ligne et émettrons un avis définitif une fois que nous serons en possession d’un projet finalisé. Cependant, à ce stade, nous constatons que cette « déclaration solennelle » traduit un nouveau recul quant à la position défendue par la majorité territoriale et ses alliés. Le texte se situe déjà deux niveaux en-deçà de la délibération du 5 juillet que Josepha Giacometti-Piredda n’avait pas approuvée au titre du courant désormais incarné par Nazione, et ce avant même le début effectif des discussions avec Paris sur la rédaction d’un texte constitutionnel. De façon tangible, ladite déclaration se conforme explicitement aux « lignes rouges » ou « principes intangibles de la République française » fixées par le gouvernement français en renonçant à trois principes fondamentaux de la lutte nationale, au moins : pas de peuple corse et de reconnaissance de ses droits nationaux mais une simple « communauté » peuplant « l’île de Corse » ; pas de co-officialité de notre langue mais l’acceptation d’un « service public de la langue » ; pas de citoyenneté corse conférant au peuple corse le « droit d’avoir des droits » - selon l’expression d’Hannah Arendt - spécifiques sur sa propre terre. Or, ces renoncements n’ont pas seulement une portée symbolique, donc politique, ils ont également une conséquence pratique puisqu’ils neutralisent la capacité future du peuple corse à adopter des mesures efficaces face aux menaces auxquelles il doit faire face. Quant aux autres questions - « autonomie fiscale », « statut de résidence », « pouvoir normatif de nature législative » - la rédaction du document laisse la place à toutes les interprétations, y compris les plus restrictives. C’est la raison pour laquelle, Josepha Giacometti-Piredda, fidèle à sa ligne de conduite n’a pas pris part à la signature de ce document. C’est la raison pour laquelle Nazione continuera à porter dans le débat publique une parole libre et cohérente conforme à la recherche d’une solution politique et d’une paix réelles au bénéfice du seul ayant-droit légitime sur la terre de corse : le peuple corse.

Ghjuliu Anto Susini, liceanu : “Les tirs de lacrymogènes ont débuté, suivi des tirs de LBD… plusieurs de mes camarades ont été blessés par ces tirs.”

Dès la fin des vacances d’hiver, au lendemain de la manifestation de Corti, les lycéens ont emboîté le pas de la mobilisation en solidarité à Yvan Colonna initiée par les étudiants. En quelques jours les lycéens ont pris toute leur place dans cette mobilisation de la jeunesse : blocus des lycées, création du culletivu di i liceani, conférences de presse et manifestations dans toute la Corse comme celle du 8 mars à Aiacciu. Cette marche partie du lycée Laetitia jusqu’à la préfecture réunira plus de 1000 lycéens. Devant le commissariat, les CRS répondront aux slogans « statu francese assassinu » de manière totalement disproportionnée par des tirs de flashball et des grenades assourdissantes, faisant plusieurs blessés graves parmi les jeunes manifestants comme Laurina qui aurait un trou énorme à la jambe, et Jean Claude qui devra être évacué à Marseille pour y être opéré suite à un enfoncement de la boîte crânienne. Le face à face engendré par les forces de l’ordre vers 11h ce mardi 8 mars se prolongera jusqu’à presque 23h avec des scènes incroyables d’escadrons sur-armés poursuivant les jeunes jusque dans les ruelles et faisant usage de leur arsenal répressif aux milieux des passants et de la circulation. Aiacciu est en état de siège : le crime des lycéens vouloir dénoncer l’ignoble tentative d’assassinat perpétrée en prison sur Yvan Colonna. U culletivu di i liceani poursuit sa mobilisation et regroupe désormais une coordination de représentants de tous les lycées de Corse. Nous avons rencontré un de ses membres, Ghjuliu Anto Susini : - U Ribombu : Pourquoi êtes vous descendu dans la rue a partir du 7 mars 2022 ? - Ghjuliu Anto Susini : Nous avons voulu dénoncer spontanément l’injustice que subit Yvan Colonna et dénoncer la responsabilité de l’état français. « statu francese assassinu » s’est imposé comme le slogan naturel dans ces circonstances. - URI : Vous avez pointé la responsabilité du gouvernement dans cette affaire lors de votre conférence de presse du 8 mars à Aiacciu ? - G.A.S. : Oui, nous avons demandé la démission de Dupont-Moretti qui en tant que garde des sceaux a la responsabilité de ce qui se passe en prison. Il n’a pas assuré la sécurité d’Yvan Colonna comme aujourd’hui il n’assure pas la sécurité des prisonniers politiques corses toujours en prison. L’état n’a toujours pas communiqué sur la tentative d’assassinat sur Yvan. - URI : Comment avez vous vecu les affrontements du 8 mars à Aiacciu ? - G.A.S. : Nous manifestions en scandants des slogans devant le commissariat, les tirs de lacrymogènes ont débuté, suivi des tirs de LBD… plusieurs de mes camarades ont été blessés par ces tirs. À côté de moi un copain a pris un LBD dans le cou près de la carotide ! Ensuite les Corses de tous âges nous ont rejoint pour nous soutenir jusqu’à tard dans la soirée. - URI : Que pensez vous des discussions engagées par le ministre de l’intérieur pendant sa venue de 3 jours en Corse ? - G.A.S. : Nous avons participé à la création du collectif à l’Universita di corti le 9 mars et fait nôtres ses revendications comme Ghjustizia pà Yvan, liberta pà i patriotti et ricuniscenza di u populu Corsu. Les lycées sont restés bloqués. Nous n’avons cependant pas fait partie de la délégation reçu par Darmanin.Nous constatons qu’ aucuns des 3 points de revendication n’ont été pris en compte dans ces discussions. - URI : Pourtant certains parlent d’un processus historique pour la Corse ? - G.A.S. : Le président candidat Macron a été très clair : pas de reconnaissance du Peuple Corse, ni d’officialisation de la langue Corse ! Dans ces conditions comment peut-on parler de processus historique ? La mobilisation de la jeunesse Corse ne peut que se poursuivre ! Nous garderons pour notre part toujours en tête l’expérience des kanaks et les reniements perpétuels de l’état français .

Interview Republican Sinn Fein : Des Dalton Par Anghjula Filippi

NDLR : Le Ribombu publie ici une interview du principal responsable actuel du parti irlandais Rebublican Sinn Féin. Afin d’éclairer le lecteur, certaines informations semblent nécessaires pour une meilleur e compréhension du contexte politique actuel en Irlande du Nord. En effet, force est de constater que scissions et divisions existent dans tous les combats de ce type, ce qui, au delà d’un simple constat désabusé, peut être intéressant, voire instructif, à observer. Cela permet d’avoir un regard extérieur, donc un certain recul et une analyse plus objective, sur des phénomènes qui n’ont malheureusement pas épargné nos propres luttes. En ne perdant jamais de vue les différences qui existent aussi entre les situations.Le Republican Sinn Féin est né d’une scission relativement récente, survenue en 1986, au sein du Sinn Féin. Il s’est alors notamment opposé à la ligne défendue par Gerry Adams et Martin Mac Guiness, ainsi qu’au processus de paix ayant abouti aux accords du vendredi saint en 1998. Le RSF a été fondé au départ par des membres influents bien que minoritaires du Sinn Féin (Ruairí Ó Brádaigh, Dáithi Ó Conaill,...), qui avaient été également des chefs d’Etat major de l’IRA puis de l’IRA provisoire (après la scission de 1970).Bien que l'IRA provisoire soit opposée à la création de nouveaux groupes armés, la CIRA (Armée républicaine irlandaise de la continuité) apparaît au moment de la naissance du RSF et est considérée par de nombreux observateurs comme l'aile militaire du RSF, ce qui est officiellement démenti par ce dernier.   1. Pour quelle cause vous battez-vous en Irlande ? Nous sommes les Traditionnels républicains Irlandais du Sinn Fein nous nous battons pour la liberté et l’unité de l’Irlande.Il y a cent ans, le gouvernement britannique a rejeté la République démocratique de toute l'Irlande et le parlement qui avaient été proclamés lors du soulèvement de 1916 et approuvés par le peuple irlandais lors des élections générales de 1918. Au lieu de cela, ils ont partitionné l'Irlande, créant deux États de partition qui existent toujours aujourd'hui. L'injustice politique et économique que la partition a imposée au peuple irlandais demeure et ne peut être éliminée qu'en mettant fin à l'occupation britannique des six comtés du nord-est de l'Irlande et à la création d'une Nouvelle-Irlande. Nous recherchons une République socialiste démocratique fédérale de 32 comtés. C’est notre lutte et c’est une lutte pour laquelle tant de sacrifices ont été consentis au cours des décennies et des siècles.Tout comme le peuple corse se bat pour l'indépendance, nous luttons pour la liberté nationale du peuple irlandais. La lutte irlandaise fait partie de cette lutte internationale contre l'impérialisme. Les républicains irlandais ont toujours été solidaires de tous les peuples en quête de liberté nationale tels que la Corse, le Pays basque, la Bretagne, la Catalogne, la Palestine entre autres. Dans les années 70 et 80 notamment, nous avons eu des relations étroites avec le mouvement pour l'indépendance de la Corse.   2. Quels sont vos moyens de lutte ? Comment les appliquez-vous au quotidien ? Nous sommes une organisation politique, donc nous transmettons notre message directement au peuple. Nous contestons les élections du gouvernement local dans l'État du sud de l'Irlande où nous avons un conseiller élu, Tomás Ó Curraoin, à Co Galway. Nous sommes un mouvement activiste et nous nous impliquons donc dans des campagnes pour la justice politique et économique. Beaucoup de nos membres sont également actifs au sein du mouvement syndical. Le républicain Sinn Féin a par exemple joué un rôle de premier plan dans la question des sans-abris. Un membre de notre exécutif national (Ard Chomhairle) Diarmuid MacDubhghlais a joué un rôle prédominant dans ce travail tout au long de la crise du Covid-19. Nous pensons qu'un tel travail est vital pour relier la lutte pour la liberté nationale aux luttes quotidiennes du peuple. C'est essentiel si nous voulons construire un mouvement national fort basé sur les principes de la démocratie politique et économique.   3. Quels sont les points clés de votre programme ? Notre programme politique est basé sur les principes de liberté énoncés dans la Proclamation historique de 1916. Nos stratégies politiques et économiques reflètent ces idées de justice politique et économique. Notre programme politique ÉIRE NUA (Nouvelle-Irlande) prévoit la décentralisation de la prise de décision politique du niveau national au niveau provincial, régional et communautaire. Cela implique une réelle participation des personnes aux décisions qui affectent leur vie et leur communauté. Il met un pouvoir significatif entre les mains des gens plutôt que d'un petit groupe d'élite de politiciens qui restent largement irresponsables. ÉIRE NUA concerne la participation maximale des personnes au processus décisionnel et à la formulation des politiques.Chacune des quatre provinces historiques d'Irlande aurait son propre parlement avec un parlement fédéral national représentant tout le peuple irlandais pour décider de questions telles que les relations internationales et la défense nationale. Les parlements provinciaux et les assemblées régionales auraient la responsabilité de domaines importants tels que le développement économique, la santé, l'éducation et la politique environnementale. Notre programme social et économique SAOL NUA (Nouvelle société) vise à créer une véritable démocratie économique, à autonomiser les travailleurs au sein de leurs lieux de travail et communautés dans le développement économique de leurs régions, SAOL NUA encourage les coopératives de travailleurs comme modèle de croissance économique. Nous prônons un développement industriel irlandais tout en développant une relation économique internationale forte et éthique avec d'autres nations pour les investissements entrants et sortants. SAOL NUA est basé sur de forts principes écologiques, républicains et socialistes pour un développement économique durable.Nous luttons pour une Irlande qui embrasse véritablement tous les enfants du pays de la même manière et autonomise les gens à la fois politiquement et économiquement.   4. La langue corse n'est toujours pas reconnue et est largement minoritaire par rapport à la langue française, qu'en est-il du statut de la langue irlandaise ainsi que de son utilisation dans la vie quotidienne? La langue irlandaise est officiellement la première langue de l'État du sud de l'Irlande (26 comtés). Cependant, la réalité est qu'elle a été régulièrement érodée par la négligence au fil des ans par l'État. Les zones de langue irlandaise connues sous le nom de zones Gaelteact ont été privées d'investissement économique, ce qui signifie qu'elles ont perdu un grand nombre de leurs populations qui ont été forcées d'émigrer pour trouver un emploi.Au sein du système éducatif, des tentatives ont été faites pour faire supprimer la langue irlandaise comme matière obligatoire. Cela montre le mépris que beaucoup au sein de l'establishment politique ont pour la langue irlandaise.Dans les six comtés du nord de l'Irlande, il n'y a pas de reconnaissance officielle de la langue irlandaise. L'accord Stormont de 1998 promettait une loi sur la langue irlandaise, mais cela n'a jamais été appliqué. Malgré cela, un mouvement dynamique d'écoles de premier et deuxième niveaux de langue irlandaise s'est créé au cours des 20 dernières années.De nombreuses communautés de langue irlandaise prennent les choses en main pour promouvoir la langue et développer économiquement leurs propres communautés. Pour les républicains irlandais, cela a toujours été une partie vitale de la lutte nationale pour la liberté irlandaise.Si un peuple perd sa langue, il perd une grande partie de son identité, sa capacité à se connecter avec son passé et à exprimer au monde son identité nationale unique.   5. La France exprime une forte réticence à enseigner son histoire coloniale en Corse et plus généralement l'histoire de la Corse elle-même, qu'en est-il du côté de l'Angleterre et de l'Irlande? Il y a toujours eu une réticence similaire ici. L'histoire irlandaise est devenue une arme pour l'État britannique et l'État du sud de l'Irlande. Ils le font pour tenter de retirer la légitimité de la lutte historique pour la liberté irlandaise. Ces dernières années, cela s'est intensifié alors que nous marquons le centenaire de la période révolutionnaire de 1913-1923. L'État a tenté d'assainir cette histoire en assimilant ceux qui ont collaboré avec l'État britannique en rejoignant son armée à ceux qui ont résisté et combattu contre la domination britannique. Cela vise à brouiller et à voler le sentiment d’identité de nos enfants et une véritable fierté de notre histoire révolutionnaire. Dans les six comtés du nord de l'Irlande, une vision très étroite de l'histoire irlandaise est enseignée qui ignore ou balaie la façon dont la partition a été imposée à l'Irlande et le rôle répressif de l'État britannique en Irlande. L’État britannique n’enseigne aucune histoire irlandaise significative, ce qui signifie que la grande majorité des Britanniques n’ont aucune connaissance de l’Irlande ou du rôle colonial de la Grande-Bretagne en Irlande. L'histoire et notre compréhension de celle-ci sont extrêmement importantes pour garantir notre sentiment d'identité.   6. Quel statut a donné l'Angleterre aux prisonniers politiques irlandais, font-ils l'objet d'injustice par rapport aux prisonniers de droit commun? Après la grève de la faim héroïque de 1981 H Block menée par Bobby Sands, les prisonniers républicains irlandais du nord de l'Irlande ont obtenu la pleine reconnaissance en tant que prisonniers politiques. Cela a été donné aux termes de l'accord de Stormont ou de Belfast de 1998. Depuis lors, les prisonniers républicains détenus dans la prison de Maghaberry, près de Belfast, ont été impliqués dans une campagne en cours pour restaurer leur plein statut politique. Ils ont subi un régime carcéral brutal, des fouilles à nu et des passages à tabac de la part des gardiens de prison. Ils ont vaincu une tentative de les forcer à partager les « débarquements » de prison avec des prisonniers criminels et à avoir leurs propres « débarquements » au sein de la prison et leur propre structure de direction et organisation.Cependant, ils endurent de longues périodes d’enfermement dans leurs cellules, de manque de temps libre avec leurs camarades et d’accès à des établissements scolaires adéquats. Cela a inclus l'interdiction des livres. Un exemple célèbre en est l’interdiction, l’année dernière, d’une étude académique sur le républicanisme irlandais contemporain par le Dr Marisa McGlinchey de l’université de Coventry intitulée Unfinished Business: The Politics of «Dissident» Irish Republicanism. Cette interdiction a été contestée par Marisa McGlinchey et son défi a forcé le service pénitentiaire britannique du nord de l'Irlande à reculer et à convenir de nouvelles procédures qui permettraient aux livres universitaires d'entrer dans la prison. Ce fut une victoire significative pour les droits des prisonniers politiques d’avoir un accès approprié aux livres. Les Britanniques utilisent la vieille tactique d'essayer de criminaliser les prisonniers républicains dans une tentative de criminaliser la lutte pour mettre fin à la partition et pour une Irlande totalement libre. Dans l'État du sud de l'Irlande, les prisonniers républicains sont en effet reconnus comme prisonniers politiques et peuvent organiser leurs structures au sein de la prison de Portlaoise, accéder à l'éducation et s'associer librement entre eux. Angèle Filippi

“Indépendantiste” da Jean-Guy Talamoni

En ces temps politiques, confus à maints égards, les choses les plus simples méritent d’être précisées. Ainsi, ces derniers mois, l’interpellation suivante m’a-t-elle souvent été adressée : « Que signifie, aujourd’hui, être indépendantiste corse ? » L’idée d’autonomie ayant conquis une large partie de la droite et de la gauche insulaires – sans pour autant, du reste, provoquer la moindre évolution de la position parisienne -, elle est devenue une sorte d’évidence théorique, peu destinée cependant, du moins à court terme, à être mise en pratique… L’indépendance paraît être une option plus audacieuse. Mais au fond, devant l’incapacité de l’Etat jacobin à se réformer, ne constitue-t-elle pas désormais la voie la plus praticable ? Laissons pour l’heure cette question ouverte. Ce n’est pas précisément la problématique que je traiterai dans les lignes qui suivent, mais celle de la justification historique et politique de la position indépendantiste corse… “Si je suis indépendantiste et non autonomiste ou régionaliste, c’est parce que j’ai la conviction que notre souveraineté est inaliénable et qu’elle n’a pu être confisquée par aucun autre pays.“ La Corse est – cela me semble évident depuis mon enfance – un pays à part entière, une nation de droit naturel, avec son territoire aux limites peu discutables, sa langue, sa culture, son imaginaire. S’agissant de ce dernier, quatre cents ans de domination de la Sérénissime n’ont pas atténué l’opposition entre les mentalités corse et génoise. Les publications polémiques opposant les responsables des deux camps durant la Révolution du XVIIIe siècle le montrent parfaitement : par-delà la haine et la mauvaise foi inhérentes à ce genre de situations, on constate une profonde incompréhension réciproque, une confrontation entre deux systèmes de valeurs. Les Génois se moquaient de la pauvreté des Corses. Les Corses méprisaient l’esprit de lucre des Génois et leurs maigres qualités guerrières… Bien entendu, de part et d’autre, ces appréciations n’avaient rien d’objectif : il s’agissait uniquement de représentations, mais l’on sait que les représentations finissent souvent par s’imposer dans le monde réel. Quant aux deux cent cinquante ans de présence française, l’acculturation à l’œuvre n’a pas permis d’effacer une spécificité corse souvent vue, du reste, de façon très négative de l’autre côté de la mer. La rémanence de cette personnalité nationale fait que notre droit à l’indépendance demeure parfaitement d’actualité. Ce droit a été défendu par les armes, et ce jusqu’en ce début de XXIe siècle. Il continue à l’être, aujourd’hui, par différents moyens. Car la perte de notre souveraineté est exclusivement due à l’annexion française par le fer et le feu. C’est une situation de fait et non de droit. Elle nous a été imposée. Si je suis indépendantiste, c’est parce que je ne considère pas cette situation de fait comme irréversible. C’est parce que je n’accepte pas que la Corse ait pu être amputée de sa souveraineté, donc de son droit à choisir ses interdépendances. Je n’accepte pas que l’on nous ait interdit, de fait, toute relation culturelle ou économique avec le monde italique. Je n’accepte pas que notre rapport au sud de la Méditerranée ait été réduit à une participation à « l’aventure » coloniale française. Les Marocains, Algériens, Tunisiens, avaient vécu la même agression que nous, avec un décalage de quelques décennies. Par quel revirement de l’histoire pouvions-nous être du côté de l’agresseur commun ? Si je suis indépendantiste, c’est parce que je considère que la disparition de la nation corse n’a rien d’inéluctable. C’est parce que cette nation vit dans nos pensées, dans nos mots, dans nos livres, dans nos gestes les plus prosaïques comme dans nos déclarations solennelles. Dans la mémoire de nos anciens comme dans les balbutiements de nos enfants. Parce qu’elle est encore une réalité et que notre devoir est de la préserver et de continuer à la faire vivre. Si je suis indépendantiste, ce n’est nullement par haine de la France – dont j’admire la culture – mais par amour de la Corse. C’est parce que la Corse ne sera jamais une région ou une province. Si elle abdiquait sa vocation nationale, elle renoncerait à être. Si je suis indépendantiste, ce n’est pas par esprit passéiste mais parce que je suis convaincu que sur les plans économique, social, culturel, politique, l’indépendance correspond aux besoins des Corses d’aujourd’hui. Si je suis indépendantiste, c’est parce que je crois que la Corse a encore des choses à dire à l’Europe et au monde. Citoyens européens, nous devons l’être, comme nos amis Catalans ou Ecossais, par notre choix propre et non par une décision étrangère. Si je suis indépendantiste et non autonomiste ou régionaliste, c’est parce que j’ai la conviction que notre souveraineté est inaliénable et qu’elle n’a pu être confisquée par aucun autre pays. Parce que je suis indépendantiste, j’estime que c’est nous faire injure que de nous « concéder » quelque droit que ce soit. Nos droits, nous les tenons de l’ordre naturel et nous attendons simplement qu’ils soient reconnus par tous ceux qui prétendent être traités en amis. Parce que je ne suis pas autonomiste, je n’ai jamais pénétré un ministère parisien avec l’espoir d’un début d’« émancipation », car je ne me considérais pas comme l’un des représentants d’un « peuple enfant ». Toute avancée politique éventuelle, quelle que soit son ampleur, doit être replacée à travers notre volonté collective dans une perspective de souveraineté pleine et entière. Parce que je suis indépendantiste, et quoi qu’ayant toujours été ouvert au dialogue, je n’ai jamais envisagé un instant de reconnaître l’arbitrage de la force injuste ayant accablé notre pays au XVIIIe siècle. Parce qu’être indépendantiste, c’est contester résolument le moindre droit pérenne sur la terre de Corse au bénéfice d’une entité étrangère. C’est, à mon sens, en gardant tout cela à l’esprit qu’un indépendantiste pourra envisager, demain, un réel dialogue avec Paris.

Carles Puigdemont – Ancien président indépendantiste de Catalogne

Cher(e)s ami(e)s de Corsica Libera. Je vous remercie pour votre proposition de pouvoir ici vous adresser un message. Je vous remercie aussi pour votre soutien, un soutien que l’on connait depuis longtemps, mais surtout pour ces derniers mois pour tous ces prisonniers politiques, tous ces exilés, et pour tous ces citoyens qui se battent pour un droit fondamental : le droit à l’autodétermination des peuples.Merci à vous tous. Merci pour cet indéfectible soutien au moment où l’Etat espagnol a déclenché contre nous sa répression. Ce n’est pas uniquement un soutien à la Catalogne, c’est aussi un soutien à la démocratie et à cette Europe politique que nous voulons bâtir tous ensemble. Une Union Européenne dans laquelle nous pourrons enfin nous reconnaître, fondée sur la diversité des peuples et nations d’Europe, comme la Corse, la Catalogne et tout autre pays qui se bat pour ses droits. Merci de nous soutenir, et de nous accompagner dans ces douloureux moments. On y arrivera et on y arrivera bien. Il y a une seule façon pour bien y arriver, c’est de donner la parole aux citoyens, pour décider et s’exprimer par eux-mêmes, comme des personnes mûres et responsables pour leur peuple et nation. Je suis convaincu que ce qui va arriver pour la Catalogne arrivera aussi pour la Corse, avec ce droit à l’expression dans cette lutte pour une Europe politique qui puisse enfin reconnaître cette réalité : une Europe de la diversité, ouverte au monde et ouverte face au drame humain qui se déroule en Méditerranée et pour lequel l’Union Européenne s’est montré incapable de réagir. Cette Europe que nous voulons c’est celle que nous voulons bâtir à partir de la base et non du sommet. Merci. Il viendra le moment où nous aussi nous vous soutiendrons, un soutien de tout le peuple catalan, pas seulement pour la Corse mais aussi pour tous les peuples du monde qui se battent pour exercer leur droit à l’autodétermination. Ce n’est pas un droit inexistant ou artificiel, mais bel et bien le premier article de ce pacte civil et politique des Nations Unies que beaucoup d’autres nations et pays ont ratifié, y compris l’Etat Espagnol dans le cadre de sa constitution. Il faut l’exercer de manière démocratique et pacifique. Cela veut dire qu’il ne doit plus y avoir de prisonniers politiques, des exilés et des persécutés pour leur engagement politique. Tout cela n’est pas acceptable dans cette Europe dans laquelle nous voulons vivre et bâtir. Merci encore et j’espère vous revenir en personne et libre. Merci encore pour tout votre soutien.

Interview de Jean-Charles Villanova – Ghjuventù Indipendentista

U Ribombu Internaziunale : Comment vous est venue l’idée de l’occupation et de la grève de la faim ?Jean-Charles Villanova : Après avoir à peu près tout essayé pour se faire entendre par l’Etat et pour sensibiliser le peuple Corse sur l’importance des mesures votées, il fallait changer notre manière de protester et de manifester . Nous avons donc eu cette idée de l’occupation et de la grève de la faim.  U Ribombu Internaziunale : Pourquoi le Nid d’Aigle ?Jean-Charles Villanova : Le choix du nid d’aigle a été fait parce que symboliquement une citadelle, c’est un lieu de résistance. Ça a donné une autre dimension à l’action et nous étions sûrs que cela sensibiliserait bien plus le peuple corse qu’une simple occupation de préfecture ou de bâtiment public comme cela c’est déjà fait. U Ribombu Internaziunale : Les avancées obtenues dans le texte “A Chjama di Corti” sont-elles satisfaisantes selon vous ?Jean-Charles Villanova : Oui les avancées obtenues sont pour nous satisfaisantes même si elles ne restent que des engagements de la part des élus présents. Nous attendons donc que tous ces engagements se concrétisent et qu’on puisse réellement trouver une solution à ce problème qui devrait être réglé depuis longtemps. Le fait d’avoir eu un entretien avec le directeur de cabinet de Ségolène Royal a été aussi une très bonne chose. Nous avons pu dans un premier temps expliquer de manière précise quelle était la situation actuelle dans ce pays, la manière dont l’Etat se désintéresse totalement de la Corse et le mépris avec lequel il traite ses représentants légitimes. A notre grande surprise il y a une méconnaissance flagrante des problèmes politique que rencontre la Corse actuellement… U Ribombu Internaziunale : Le soutien populaire a-t-il été au rendez-vous ?Jean-Charles Villanova : Oui il y a eu un soutien très important de la part du peuple et des élus en général même si ça ne se caractérise plus évidemment par des grosses mobilisations populaires comme il y a 30 ou 40 ans. Il faut prendre en compte le fait que nous sommes en 2015 et que les moyens et les mentalités ont changé, aujourd’hui par exemple la résistance et le soutien ça passe aussi beaucoup par les réseaux sociaux et même si cela peut déplaire à certains c’est une réalité qu’il faut prendre en compte. Nous avons donc pu constater qu’en plus des centaines de personnes présentes en bas du nid d’aigle pour nous soutenir , il y avait une mobilisation incroyable sur les réseaux sociaux que ce soit en Corse ou ailleurs dans le monde et cela nous a beaucoup touché. U Ribombu Internaziunale : Que comptez- vous donner comme suites à ce mouvement dorénavant ?Jean-Charles Villanova : La mobilisation ne fait que commencer pour nous, l’occupation n’est absolument pas une fin en soit ; bien au contraire, c’est le début de beaucoup de choses. Dès à présent, nous préparons une manifestation unitaire sur Ajaccio le 13 juin prochain. Ensuite des rencontres sont prévues avec des représentants de l’Etat sur Paris, mais aussi avec des représentants de l’Union Européenne dans peu de temps. Nous comptons bien faire remonter nos revendications et les faire connaître de tous. Si cela n’aboutit pas et si l’Etat continue de faire la sourde oreille nous repartirons dans des actions peut être plus spectaculaires et plus marquantes encore pour que la volonté de notre peuple soit respectée
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