ALERIA, u 21 e 22 d’aostu di 1975

«La lutte contemporaine pour la défense du patrimoine a réellement commencé ce jour-là » (Roger Simoni)    Les évènements d’Aléria se sont produits après une longue période de tensions entre la Corse et Paris, qui durait depuis plusieurs années. La jeunesse se radicalise, elle ne supporte plus la situation dans laquelle se trouve l’île, tant sur le plan économique que politique. Aucun développement économique, infrastructures inexistantes, le constat est affligeant. Les Corses ont le sentiment d’être abandonnés par le pouvoir central de Paris et par les clans politiques sur place. Les étudiants sont obligés de rejoindre les facultés des grandes villes du continent car la Corse, malgré les revendications qui augmentent dans ce sens ne possède toujours pas d’Université sur son territoire. Dans les principales facultés de Nice, Marseille Aix et Paris les étudiants corses en grand nombre s’organisent en syndicats et font remonter sur les différents campus les revendications de la Corse. Ils participent aux diverses manifestations de revendications sur l’île et tissent des liens avec le mouvement nationaliste de l’ARC dirigé par Edmond et Max Simeoni qui séduit bon nombre d’entre eux représentant par sa nouvelle approche de la politique qui prend en priorité en compte les problèmes de l’ile. Les premières grosses manifestations ont lieu en 1973 après qu’en avril 1972 le Provençal Corse révèle que la société italienne Montedison déverse dans la mer non loin du Cap Corse des déchets toxiques de bioxyde de titane. Le Conseil Général demande immédiatement une enquête et une intervention du gouvernement. Défenseurs de l’environnement, partis politiques, mouvements régionalistes manifestent à Macinaggio puis à Bastia. L’affaire prend des proportions considérables, en Corse comme sur le continent. Les Corses accusent l’Etat de manquer de fermeté envers l’Italie. Le 17 février 1973 des barques sur lesquelles sont dressées des banderoles avec des slogans hostiles à la Montedison se mettent en place à l’entrée du port d’Ajaccio, elles empêchent l’entrée du Monte Cinto puis du Napoléon dans le port. Simultanément à Bastia, les embarcations de manifestants empêchent l’entrée du Fred Scamaroni. A 17h une grande manifestation est organisée à Bastia. Le rassemblement a lieu devant le Palais de justice et derrière une banderole « Halte aux boues rouges, légitime défense » le cortège descend le boulevard Paoli vers la sous- préfecture. Plus de 3000 personnes se retrouvent devant les grilles du bâtiment. Lorsque la délégation menée par Edmond Simeoni se présente pour entrer, un groupe force le passage et s’engouffre dans les locaux. Quelques bureaux sont saccagés, les dossiers jetés par les fenêtres, le drapeau à tête de maure hissé au balcon du bâtiment. La manifestation dégénère, le sous-préfet Miguet est molesté, il lui est reproché ses prises de position politiques partisanes. Edmond Simeoni porte-parole de l’ARC et Vincent Duriani adjoint communiste au maire de Bastia sont arrêtés et emprisonnés pendant 10 jours. Le 26 février 1973 à l’appel du comité anti boues rouges d’Ajaccio la grève générale est déclarée et largement suivie dans l’île. Des manifestations ont lieu également à Toulon et Marseille. Le 15 septembre 1973 à Livourne est prononcé un jugement interdisant l’appareillage des deux bateaux de la Montedison concernés par le déversement des boues rouges. Dans la baie de Follonica un de ces navires est plastiqué et mis hors d’état de nuire pendant plusieurs semaines. Paris Match dévoilera sous la plume du journaliste François Peretti que l’action a été menée par le « Fronte paesanu corsu di liberazione » organisation clandestine créée depuis peu. En mai 1973, à Marseille dans le grand amphithéâtre de la faculté des sciences se tient un meeting pour faire état de la situation, il est suivi d’un important défilé dans les rues de la ville, pour la première fois, on entend le Diu Salvi Regina sur la Canebière. Le procès aura lieu le 27 avril à Livourne. Le Conseil Général de la Corse représenté par Ambroise Fieschi, vice-président, les villes de Bastia, Marseille et Nice, la jeune Chambre Economique d’Ajaccio ont été déboutés de leurs demandes de constitution de partie civile. Malgré cela, les divers experts italiens et français ont démontré les actions polluantes de la Montedison qui condamnée a accepté de recycler à terre les déchets, et d’autre part de procéder avant 1975 à l’installation des épurateurs qui entraineront la cessation de toute immersion des déchets en Méditerranée. Dans la même période, les revendications des agriculteurs sont nombreuses. Ils revendiquent une égalité de traitement avec les rapatriés d’Algérie qui bénéficiaient d’aides de l’Etat pour s’installer avec un taux plus favorable que celui accordé aux jeunes agriculteurs corses. A la fin des années 1950, l’Etat français a lancé un programme de valorisation de la plaine orientale. Les rapatriés d’Algérie seront environ 20000 à bénéficier de l’essentiel des lots distribués dans des conditions financières jamais consenties aux jeunes agriculteurs insulaires. En 1957 est créée la SOMIVAC, société d’économie mixte qui a pour objet officiellement la mise en valeur de la plaine orientale alors en friche. La création d’exploitations agricoles débute à Ghisonaccia sur « la terre des communs » d’Alzitone où une vingtaine de lots d’une superficie de 30 hectares chacun furent aménagés. Ces terres depuis toujours dans l’indivision appartiennent à l’ensemble des habitants de plusieurs villages alentour. Ils pouvaient cultiver une parcelle de ces terrains comme ils le voulaient. Si la parcelle restait inculte pendant trois années consécutives, n’importe quel ressortissant du canton pouvait en disposer. Personne ne s’opposa à cette transaction avec la SOMIVAC car la population considérait que c’était un bien pour le canton. Des fermes furent créées, entièrement équipées d’un réseau d’irrigation. Chacune d’entre elle possédait une maison d’habitation et un bâtiment d’exploitation. Un bail symbolique de 50 ans était proposé avec un cahier des charges imposant la pratique des cultures irriguées. Les candidats devaient payer 50.000 francs à la signature. Cette somme importante à l’époque a découragé bon nombre de jeunes agriculteurs insulaires. La quasi-totalité des lots SOMIVAC d’Alzitone fut attribuée aux rapatriés d’Algérie en suspendant l’obligation de paiement à la signature ainsi que le respect du cahier des charges. Des crédits spéciaux furent accordés à la SOMIVAC par l’Etat pour continuer l’œuvre de réinstallation en achetant 2000 hectares du domaine de la FORTEF à Prunelli di Fiumorbu. La population locale qui avait accepté que les rapatriés qui avaient tout perdu retrouvent un toit et la possibilité de travailler la terre comme ils le faisaient dans la Mitidja en Algérie, commença à se rebeller lorsqu’elle réalisa qu’on allait encore attribuer la prochaine tranche aux rapatriés alors que ceux qui avaient choisi l’exode massif de 1960 étaient déjà installés. La SOMIVAC n’hésite pas à acheminer de futurs acquéreurs depuis Toulouse pour qu’ils puissent visiter les lots disponibles. Les populations d’Abbazia et Migliacciaru prirent alors conscience de la spoliation dont elles étaient victimes. Une première vague d’attentats contre les fermes inoccupées eu lieu. Les slogans encore visibles aujourd’hui inscrits sur les murs dénonçaient la SOMIVAC et le clan. Il ne fut jamais fait allusion aux rapatriés. En plus de leur installation, des prêts spéciaux aux rapatriés accordés par le Crédit Agricole à la demande de l’Etat auxquels venaient s’ajouter les IPP (Interventions sur Propriétés Privées) de la SOMIVAC pour la mise en culture, ainsi que des prêts de « mise en valeur » hors quota de l’encadrement du crédit en vigueur à l’époque. Autrement dit, pour les rapatriés tout était pris en compte, soit financé par l’Etat, soit grâce à des mesures dérogatoires dont ils étaient les seuls à en bénéficier. Pour les agriculteurs corses dits « de droit commun » ils devaient hypothéquer tous leurs biens familiaux pour obtenir un prêt souvent différé d’un mois voire même d’un an à cause de l’encadrement du crédit qui leur était appliqué. Les prêts des jeunes agriculteurs corses étaient plafonnés à 150.000 francs avec ce système. Henri Depeille propriétaire de la cave d’Aléria affirmait qu’il n’avait obtenu « que 14000 francs l’hectare » comme tout le monde. Il oubliait de préciser qu’il avait mis près de 10.000 hectares en culture, soit l’équivalent de 10 millions de francs de l’époque obtenus en financements spéciaux. Cette différence de traitement des dossiers par le Crédit Agricole qui se comportait comme un banquier mais ne remplissait pas son rôle de mutualiste auprès des agriculteurs comme le veut sa vocation première était due au fait que cet établissement voulait éviter les impayés en accordant les prêts plutôt aux rapatriés car ils étaient garantis dans leur quasi-totalité par l’Etat. Les premiers signes de révolte apparurent en août 1974 avec l’occupation de la Direction Départementale de l’Agriculture et l’affaire Degos du nom de son directeur. Le 27 août la FDSEA organise une manifestation à Ajaccio. Une délégation est reçue à la Direction Départementale de l’Agriculture par le directeur Guy Degos. Le ton monte avec les syndicalistes qui lui reprochent de favoriser les «colons » de la plaine orientale aux dépens des petits producteurs corses. S’en suivent des bousculades, Guy Degos se trouve déculotté, un sac de jute sur la tête. La photographie du fonctionnaire se trouvera le lendemain matin dans le Provençal Corse. Cette action strictement syndicale fut violemment condamnée par les chefs de clans locaux la qualifiant comme une « action dirigée contre l’Administration française ». Le Préfet Jacques Delaunay très en colère estime que c’est « une atteinte à la dignité de l’Etat ». Il fait procéder à l’arrestation d’une dizaine de responsables syndicaux agricoles qui sont immédiatement transférés à Marseille par avion militaire. Six d’entre eux sont inculpés dont plusieurs dirigeants de la FDSEA : François Musso, Maurice Acquaviva et Roger Simoni. Cette répression excessive va une nouvelle fois mettre le feu aux poudres. Le 29 août, des affrontements se produisent à Ajaccio entre forces de l’ordre et manifestants qui demandent la libération des emprisonnés. Le Crédit Agricole à la sortie de la ville est détruit par un attentat. Des hélicoptères bombardent des grenades lacrymogènes au-dessus de la place du Diamant. Une vingtaine de personnes sont encore arrêtées. Le soir même le juge d’instruction de Marseille décide de libérer les militants emprisonnés. Ils seront accueillis par un millier de personnes à leur arrivée à Campo dell’Oro. Trois jours plus tard le gouvernement français prend enfin la décision d’un moratoire d’un an en faveur des agriculteurs corses. Sur l’île, dans la population, une certitude est née de ces évènements : pour que le pouvoir tienne ses engagements, il faut descendre dans la rue, les promesses plus personne n’y croit … Le 17 août 1975 se tient à Corté le 9ème congrès de l’ARC (Azzione per a rinascità di a Corsica), sous un chapiteau comble, devant environ 8000 personnes. L’ambiance est tendue, beaucoup de jeunes sont présents. Les étudiants des universités du continent sont rentrés en nombre. Pour la plupart ils font partie des différents syndicats étudiants fraichement créés et représentent une frange plus radicale que la base de l’ARC. Des scissions sont intervenues dans le mouvement, et certains présents ont été exclus de l’ARC quelques jours avant. Pour marquer leur opposition à cette décision, certains n’ont pas manqué de le faire savoir en inscrivant sur les murs de la cage d’escalier des locaux de l’ARC le slogan « Edmond, choisis la canne à pêche ou le fusil » faisant certainement allusion aux diverses prises de paroles d’Edmond Simeoni qui en réunion, devant la situation générale qui se dégrade répète « Il va falloir prendre le fusil » et aussi la mollesse qu’ils reprochent à l’ARC. L’ambiance est électrique, devant cette foule énorme, Edmond Simeoni a tenu un discours percutant dans lequel il a posé 20 questions à son auditoire composé de militants et sympathisants qui à chaque fois, sous des applaudissements nourris répondront de façon affirmative. La dernière question capitale sera : « Etes-vous prêts à nous soutenir financièrement ? à nous donner les moyens d’une meilleure information ? à déclencher des grèves et manifestations de soutien si l’on nous emprisonne, à continuer une lutte sans merci si l’on nous tue ? »  Sous les clameurs et applaudissements de la foule, il continuera : « la clarté, la vigueur, l’ampleur, la foi de vos réponses ne sont pas une surprise. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous avons pris rendez-vous avec l’Histoire » puis d’ajouter «Dans l’immédiat il nous faut obtenir un statut d’autonomie interne avec la reconnaissance juridique du peuple corse. » Il citera Che Guevara : « un révolutionnaire il gagne ou il meurt » sous les applaudissements et les cris de la foule présente qui ressort du chapiteau galvanisée par le discours qu’elle vient d’entendre. .   A la fin du meeting, Edmond Simeoni approche plusieurs jeunes militants sur qui il sait compter et leur demande de le retrouver le 21 au matin à Ghisonnaccia pour une action. A l’aube une réunion de militants a lieu dans une maison du village. Il est décidé l’occupation de la cave d’Henri Depeille à Aléria. Ce rapatrié d’Afrique du Nord est impliqué dans plusieurs scandales financiers dénoncés par les syndicats agricoles et l’ARC. A 7 heures du matin, une trentaine d’hommes composée de militants de l’ARC, de jeunes agriculteurs et de vignerons, armés de fusil de chasse pénètrent dans la ferme à visage découvert. Marcel Lorenzoni sera désigné comme « responsable militaire de l’opération ». Le Dr Edmond Simeoni est à leur tête. Le message est passé, l’opération d’Aléria est la mise en pratique de ce qui avait été annoncé à Corté quelques jours plus tôt. Menée à visage découvert, l’opération de l’ARC affiche la radicalisation du mouvement qui pour la première fois montre des militants armés. Dans la maison la famille Delpeille est priée de partir fermement mais sans violence. Une quinzaine de personnes, pour la plupart des ouvriers agricoles logés dans les dépendances également. Arrivés dans le bureau, les hommes du commando occupent les lieux sans avoir au préalable jeté documents et dossiers qui s’y trouvaient par les fenêtres. A l’entrée, deux hommes sont postés et empêchent toute personne de passer. Une douzaine de personnes restera à l’intérieur. Le reste, une vingtaine de militants est chargée de la logistique, ils assurent le lien avec la population, voient des élus, les maires, alertent la presse. Certains vont faire des démonstrations de force chez des colons des fermes viticoles de la région pour affirmer que cette situation de fraude doit cesser. L’entrée de la propriété est barrée par un amas de fils de fer, barbelés, planches, barils divers. Sur le perron plusieurs hommes montent la garde l’arme à l’épaule. La bandera à tête de Maure est dressée sur le toit. Sur les murs extérieurs sont inscrits les slogans « Colons, escrocs fora »  « Terra corsa a i Corsi »  Au premier étage est stocké le ravitaillement, du matériel de couchage, et divers équipements. Devant les quelques journalistes présents, Edmond Simeoni fait une déclaration : « Nous avons choisi Aléria parce que nous sommes ici au centre d’une région à forte colonisation agricole, et nous avons choisi Delpeille parce qu’il est au centre d’un scandale financier avec d’autres, Infantès, Junqua, Tual et Siegel. Un scandale que l’Administration et les banques s’efforcent d’étouffer au détriment des petits exploitants. Le but de l’opération d’aujourd’hui est bien précis. Nous demandons : - la libération de Dominique Capretti qui est un de nos militants. Nous ne comprenons pas qu’on le garde en prison pour un simple délit d’affichage alors que les escrocs sont libres. -l’arrestation des escrocs, la saisie conservatoire de leurs biens, la redistribution sous forme communautaire de leurs 2000 hectares et de leurs caves aux agriculteurs locaux les plus défavorisés. Puis, il précisera : « Notre action n’est pas dirigée dans le sens d’une modification des institutions. Ce n’est pas la revendication du statut d’autonomie interne. Ce n’est ni du racisme ni de la xénophobie, ni une chasse aux sorcières. Nous demandons simplement justice sur un point très particulier. Il n’y a pas de provocation de notre part. Il ne peut pas y en avoir. Les ordres sont rigoureux et strictement suivis. S’il devait y avoir provocation, elle ne pourrait venir que de la police ou des services parallèles. Enfin il annonce : « Nous avons pris contact avec diverses organisations ; nombreuses sont celles qui nous ont donné leur accord. Aujourd’hui, une réunion est prévue avec tous ceux qui ont sur le problème corse a même optique que nous. Afin de dégager une ligne d’action commune et de constituer un front commun de lutte, demain à 10 h aura lieu une conférence de presse, et dimanche à 16h se tiendra un grand meeting populaire avec nos militants, nos sympathisants, et tous ceux qui en ont « ras le bol». Rien ne s’est passé comme prévu. En début de soirée, sur ordre des autorités, la ligne téléphonique de l’établissement est isolée. A l’intérieur, les militants ont conscience de la gravité de la situation. A l’extérieur, devant « A casa di u Prete » des militants continuent d’arriver et se regroupent. Certains communiquent avec l’intérieur par Talkies Walkies Tous soutiennent l’action du groupe et se demandent ce que vont décider les autorités, car des rumeurs circulent sur l’arrivée massive à Bastia de garde mobiles venant de Paris. Le photographe du Provençal Gérard Koch est seul autorisé à pénétrer à l’intérieur. Ce 21 aout, chacun s’endort persuadé que l’affaire n’intéresse pas grand monde. C’était sans compter sur Michel Poniatowsky alors ministre de l’intérieur du gouvernement Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Seul aux commandes en cette période de vacances, il veut absolument faire preuve de fermeté et faire un exemple envers ceux qu’il appelle « les insurgés ». Il répondra dans la démesure : devant une trentaine de militants armés de fusils de chasse, il envoie sur l’île 2000 hommes avec des blindés légers, et des hélicoptères Puma. L’Etat ne cherche pas le dialogue, il mène une opération de guerre décidée par quelques-uns en quelques heures Le matin du 22 août, en même pas une demi-heure les troupes de gendarmes et gendarmes mobiles se massent autour du domaine, de plus en plus nombreuses, 1200 hommes cernent complètement la propriété, dans les vignes et le long de la route nationale. Ils sont couverts par les hélicoptères Puma. Un avion Transall tourne aussi au-dessus du domaine, et les militants sont informés qu’un navire de la marine nationale est arrivé au large de la plaine orientale. Des militants et sympathisants ont réussi non sans mal à passer les barrages et se regroupent devant la ferme. Le bruit court que l’assaut est imminent. Les syndicalistes agricoles présents sur place dès le premier jour se rendent compte de la gravité de la situation et du drame qui risquait de se produire si une décision des pouvoirs publics ne permettait pas aux occupants de suspendre leur action. Il fut donc demandé à Maurice Acquaviva d’effectuer une démarche à Ajaccio pour proposer aux autorités l’annonce de la création d’une SAFER qui se justifiait alors. C’était le seul outil existant partout en France sauf en Corse qui permettait d’enrayer la vente ainsi que la concentration des terres entre quelques mains. Vers 10h30 le sous-préfet de Bastia Jacques Guérin déclare « les assiégés ont menacé de tuer immédiatement les otages si le dispositif n’est pas allégé. En accord avec les instructions reçues et dans un geste de bonne volonté, nous avons fait reculer le service d’ordre de deux ou trois cent mètres. J’ai eu plusieurs entretiens avec le Dr Simeoni dans le but de sortir de cette situation sans effusion de sang car ceci est mon souci et le souci du gouvernement. C’est une phase délicate car la vie des otages est en jeu. On nous les a présenté dans la matinée, ce sont des travailleurs nord-africains, et deux touristes français, mais ils ont les yeux bandés et nous n’avons pas pu vérifier (les deux touristes étaient deux militants autonomistes auxquels ont avait bandé les yeux et les poignets puis emmenés sur la route devant les caméras de télévision et les journalistes présents). J’ai proposé au Dr Simeoni de remettre les otages, de remettre les armes aux forces de l’ordre et de se prêter à un contrôle d’identité. Après quoi tous les membres du groupe pourront rejoindre leur domicile étant bien entendu qu’ils seront poursuivis dans le cadre de l’action judiciaire ouverte contre eux. Cette proposition a été refusée. » Après quelques moments de calme, au moment de la pause déjeuner, Max Siméoni donne une conférence de presse il déclare : « Le Préfet a tenu une conférence de presse. Des quelques échos que nous en avons, nous retiendrons qu’il nous a traités de fascistes, de trafiquants de vins qui dénoncent le trafic justement pour noyer le poisson. Mais il reconnait d’une manière générale que l’ARC est animée de la volonté d’éviter l’affrontement. Pour ce qui est des déclarations de certains, nous disons qu’ils s’abritent derrière la colonie pied-noir dont ils se servent comme d’un tampon (allusion aux déclarations du Comité de Défense des Rapatriés de Bastia) Nous lançons un appel à tous les pied-noir lucides et nous leur demandons de se désolidariser des escrocs. Il y a encore de la place pour tous les hommes de bonne volonté, qu’ils soient pied-noir ou pas. Mais nous dénonçons le caractère colonial de la mise en valeur de l’île et les agissements des escrocs. Que cherchons-nous ° Depuis des mois un scandale invraisemblable qui concerne la viticulture (80 % de l’économie corse) est connu des organismes sociaux et professionnels, de certains mouvements revendicatifs comme nous, mais aussi des pouvoirs publics. La campagne que nous avons entamée à ce propos demeure sans effet parce que nous constatons une volonté obstinée d’étouffer ce scandale, d’en réduire la portée, l’ARC a pris ses responsabilités civiques. Elle les a prises parce que ce problème est grave. Nous ne le faisons pas en tant que moralisateurs, mais parce que les escrocs bénéficient de la complicité officielle. Les hommes ne nous intéressent pas , c’est le système de la mise en valeur de la plaine orientale que nous voulons casser et mettre les autorités devant leurs responsabilités pour promouvoir une économie qui ait un devenir et profite à un nombre maximum de jeunes Corses. ». A l’intérieur comme à l’extérieur de la cave Delpeille ou de nombreuses personnes continuent d’arriver de toute l’île, on attendait mais on ne croyait pas à un assaut, malgré la forte présence des forces de l’ordre que l’on avait jamais vu en Corse en si grand nombre. Une annonce est faite qu’un ultimatum est donné aux « insurgés » jusqu’à 16 H. A l’heure dite, après que les otages eurent quitté la cave, le service d’ordre fait les premières sommations. Des tirs de grenades lacrymogènes atterrissent pour la plupart sur le toit du bâtiment. Des tirs d’armes à feu sont entendus des deux côtés, des coups isolés, des rafales. La confusion règne, les forces de l’ordre ont attaqué de face, pendant que dans les vignes des hommes étaient prêts à intervenir postés tout autour de la cave. Au nord de Cateraggio les premières explosions de grenades ont été saluées par des bordées d’injures criées par un groupe de sympathisants de l’ARC qui s’étaient massés face aux barrages des gendarmes mobiles. La tension monte, les jeunes veulent passer à l’attaque et chantent « U Colombu » l’hymne autonomiste et «U  Diu Salvi Régina ». Ils dressent leurs propres barrages avec des véhicules, et s’efforcent de rassembler le plus de monde possible. A deux kilomètres au sud de Cateraggio la même scène se renouvelle. Puis le silence… deux drapeaux blancs ont été dressés sur la ferme. Chacun se demande ce qu’ils peuvent signifier mais on comprend qu’une sorte de trêve à l’air d’être en cours. Un hélicoptère se pose sur la route, un brancard est porté sur lequel se trouve un CRS que l’on transfère à l’intérieur. Il est 16h15. Un autre gendarme est évacué par ambulance. Autour de la ferme les troupes d’assaut sont toujours en mouvement. On entend encore des coups de feu isolés ou en rafales. A 17 H d’importants renforts arrivent largués par 8 hélicoptères Puma à proximité de la ferme. Huées et insultes saluent cette arrivée massive. Au nord de Cateraggio le groupe de sympathisants se trouve toujours face aux gendarmes. Au sud on entend des cris, des coups de feu, des klaxons. Les quelques minutes d’accalmie ont été employées à emporter les morts et les blessés. On dénombre deux morts du côté des forces de l’ordre et plusieurs blessés dont Pierrot Susini parmi les assiégés. Après avoir secouru un gendarme blessé et son compagnon Pierrot Susini, qui présentait une horrible blessure, son pied fut arraché (certainement pas par une grenade lacrymogène !) Edmond Simeoni annonce qu’il est prêt à se rendre à condition que ses camarades puissent quitter librement la cave. Il prend place dans un hélicoptère qui l’emmène au camp militaire de Borgo où il faillit être lynché par les CRS de retour d’Aléria. Il sera transféré dans la nuit à Paris, où commencera sa garde à vue qui durera 6 jours, avant son incarcération dans un quartier de haute sécurité de la prison de la Santé. Les derniers occupants quittent la cave en camion en tirant des coups de feu et partent en direction de Ghisonaccia. A Bastia, vers 22h des incidents vont éclater devant la sous-préfecture où de nombreuses personnes se regroupent, certains disent leur inquiétude quant au sort d’Edmond qui risque la peine de mort. En effet à cette époque elle n’est pas abolie, et la violence des propos du ministre de l’intérieur envers les militants d’Aléria ne laisse présager rien de bon. Les forces de l’ordre sont en grand nombre, de nombreuses personnes continuent à arriver. La tension est vive, Un automobiliste qui se dirigeait vers la gare avec sa femme et sa fille à bord est blessé à l’épaule par un coup de feu. Pour les uns ce serait le tir d’un CRS, pour d’autres une balle perdue. Devant la sous-préfecture où plusieurs dizaines de personnes sont rassemblées les jets de pierres et divers projectiles commencent. Cinq à six cars de CRS arrivent en renfort et se positionnent face aux manifestants. Les heurts entre forces de l’ordre et manifestants durent pendant plusieurs heures. La ville est entièrement quadrillée par les forces de l’ordre. Des heurts dureront plusieurs jours, les contrôles d’identité sont musclés, souvent accompagné d’insultes, la population est exaspérée et inquiète. Le 27 août la nouvelle tombe : par décision du Conseil des Ministres l’ARC est dissoute. Dans la hâte, militants et sympathisants déménagent le siège du mouvement « on nous traite comme des bandits, les Corses savent bien que nous ne sommes pas des bandits même s’ils ne partagent pas nos idées.» Il lance un appel au calme aux militants, la tension est palpable en ville. Ce mercredi 27 août peu avant minuit, le bateau « Comté de Nice » qui est resté plusieurs heures au large de Bastia arrive vers l’entrée du port. Dans la ville chacun sait qu’il transporte du matériel et des camions destinés aux gendarmes mobiles. Un détachement de CRS a pris position devant la sous-préfecture. A 50m d’eux de nombreux jeunes se regroupent près du débarcadère annonçant que des chars d’assaut allaient être débarqués. Une fois à terre les forces de l’ordre prennent position sur la place St Nicolas. Des jets de bouteilles de projectiles divers sont lancés en leur direction. La riposte ne se fait pas attendre et la première charge a lieu accompagnée de tirs de gaz lacrymogène. Les bars alentour surpris n’ont pas eu le temps de ranger leurs terrasses, les manifestants se servent des chaises et tables pour bloquer la rue et empêcher les cars de CRS d’avancer. Un cocktail molotov est lancé des véhicules postés aux quatre coins de la place les gardes mobiles descendent et chargent. Des grenades lacrymogènes sont lancées à travers les vitres des cafés où des manifestants se sont réfugiés au milieu des clients. Peu après minuit la place est dégagée mais les incidents continuent dans les rues adjacentes. Les vitrines de plusieurs banques et d’Air Inter sont brisées. L’armumerie de la rue Abbattucci est dévalisée. On voit des hommes armés sortir des portails. Des coups de feu sont tirés vers 2h15 autour de la place St Nicolas depuis des fenêtres d’immeubles, 4 CRS sont blessés. Plusieurs tireurs masqués mettent en joue les forces de l’ordre, tirer et disparaître aussitôt. A 2h30 on apprend la mort d’un CRS .Les tirs entre manifestants et forces de l’ordre dureront jusqu’à 4h30 du matin. La ville est en état de siège, 3 automitrailleuses sont immobilisées au bas du boulevard Paoli sous les fenêtres de l’ARC, les canons sont pointés vers les fenêtres, une bande de cartouches est engagée dans chacune des armes automatiques. Le centre-ville est isolé, les immeubles entre le boulevard Paoli et la place St Nicolas systématiquement fouillés, les automobilistes aussi. Sur dénonciation d’un voisin qui dit l’avoir vu sortir de sa voiture avec une arme, le militant nationaliste Serge Cacciari sera arrêté une arme ayant été trouvée dans son appartement qui « correspondait à l’arme avec laquelle le CRS a été tué ». Aucune preuve ne viendra étayer cette accusation, il restera silencieux tout le temps de sa garde à vue. Le 10 juillet 1976, il sera condamné à 10 ans de réclusion criminelle pour crime de sang. Quelques semaines avant l’ouverture de son procès, le procureur démissionne afin de protester contre les injonctions de la présidence de la République. L’Elysée voulait obtenir une condamnation plus lourde. Rappelons qu’à cette époque la peine de mort est toujours en vigueur. Il fut transféré à la centrale de Melun où ses conditions de détention étaient inacceptables. En protestation il entama une grève de la faim qui durera 33 jours dont 4 jours de grève de la soif, grève suivie à l’extérieur par son frère Alain et ses amis Chantal Loverini et Jean-Claude Maroni. Il sera transporté en urgence à l’hôpital de la prison de Fresnes. Il sera amnistié par François Mitterrand Président de la République qui avait promis l’amnistie pour les prisonniers et bénéficiera d’une libération conditionnelle. Les syndicats de police s’opposent à sa libération car impliqué dans un crime de sang sur un CRS. En signe de protestation, les détenus corses qui devaient être libérés refusent de sortir (Nanou Battestini, Paul Ceccaldi, Henri Palazzo, Stéphane Peraldi, José Pozzo di Borgo, François Taddei). Le 22 juillet 1981 il bénéficiera d’une libération conditionnelle après 6 ans de détention. Le procès d’Edmond Simeoni se tiendra à Paris du 17 mai au 23 juin 1976 devant la Cour de sureté de l’Etat. Il sera condamné à 5 ans de prison dont 3 fermes. Il sera libéré le 11 janvier 1977.. Les évènements d’Aléria furent le déclenchement d’une prise de conscience de tout le peuple Corse. Cette période marquait le début du nationalisme contemporain. Aleria a permis de porter la revendication nationaliste sur le devant de la scène politique. Ce fut ensuite la naissance d’un mouvement insulaire radicalisé, autonomiste et indépendantiste. L’échec de l’opération d’Aléria a signé la faillite de la stratégie démocratique des dirigeants autonomistes. Certains parmi les plus radicaux se regrouperont pour créer le mouvement armé du FLNC qui sera officialisé le mai 1976 ; ce même jour on comptera 18 plasticages. 50 ans après, pour un grand nombre de militants, jeunes ou moins jeunes, le constat est amer. Tant de souffrances : morts, années de prison, engagements personnels déçus, revendications non abouties, pouir arriver en 2025 à une parodie d’autonomie proposée par le gouvernement français. Nazione ne peut cautionner une telle décision. D.T Bibliographie : Mémorial des Corses L’indispensable vérité (Roger Simoni)

« Il faut que l’État revoie sa copie », interview de Christian Tein, Président du FLNKS

Christian Tein, Président du FLNKS, a choisi les Ghjurnate Internaziunale pour donner sa première conférence de presse depuis la signature des accords de Bougival. C’est à partir de la Corse qu’il a donné sa position sur ces accords, à l’adresse de l’opinion corse, calédonienne et internationale. À cette occasion, il a accordé une interview au Ribombu. Vous avez choisi la Corse, et les Ghjurnate Internaziunale, pour votre première prise de parole depuis la signature des accords de Bougival. Cela a-t-il une signification particulière ? Oui, venir ici en Corse, rencontrer des gens qui sont dans la même lutte que nous pour l'histoire, pour notre souveraineté et notre indépendance. Je ne peux malheureusement pas rentrer en Calédonie à cause du contrôle judiciaire, c’était l’occasion pour venir en Corse… Cela illustre l’importance des relations internationales ? Oui, car on le voit, depuis 1986, nous sommes notamment inscrits sur la liste des territoires à décoloniser et nous voulons continuer à nous battre dans ces espaces, au sein desquels d'autres pays nous aident pour pouvoir concourir aux résultats que l'on recherche. Pour en venir plus concrètement à la situation actuelle, est-ce que vous pouvez nous expliquer comment on en est arrivé là? On fera une synthèse très courte, mais il faudrait prendre du temps pour expliquer comment ça s'est réellement passé pour en arriver là. Le chemin parcouru depuis les accords de Matignon et de Nouméa, qui ont tracé les cadres. Surtout l’accord de Nouméa qui était dans une logique bien claire : amener notre pays vers la pleine souveraineté. Le problème c’est qu’on a bien senti que l’État voulait aller très vite, boucler ce dossier et puis passer à autre chose. Nous avons dit « attention de ne pas forcer les choses, parce que ce sont des engagements qui viennent de très très loin, de cette poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou au moment de la paix. Ces engagements sont posés sur des bases solides qu’il ne faut pas fragiliser ». Un de ces piliers, c'est le corps électoral. En Calédonie, ont dit toujours « c'est le corps électoral de la paix ». Au-delà de l'aspect majoritaire ou autre, la question est de savoir comment on fait en sorte de créer un pays, de créer un peuple avec ces accords-là. Malheureusement quand on vient bouger une virgule, un point d’interrogation ou un point d’exclamation de cet accord, on en bouge tous les fondamentaux. C'est ce qui a provoqué la situation de l'année dernière ? C'est ce qui a malheureusement amené aux révoltes, aux évènements des 12 et 13 mai 2024. Je suis impliqué dans la CCAT -la cellule de coordination des actions de terrain-, on a fait d’énormes mobilisations pacifiques, on a rassemblé des milliers de gens pour alerter l'opinion régionale, nationale et internationale sur les risques que cela faisait encourir de bousculer les règles établies. Malheureusement Paris a fait la sourde oreille mais nos mobilisations jusqu'au 12 ont toujours été pacifiques et nous restons dans cet état d’esprit. Ensuite, on a vu ce qui s’est passé dans les quartiers de Montravel, de Pierre Lenquette, là où les jeunes de chez nous sont en difficulté dans la vie sociale de tous les jours, et n'ont pas d'emploi -je l’ai dit, l’accord de Nouméa a été arrêté aux portes de ces jeunes-. Il y a eu cette révolte et cela s’est étendu de quartier en quartier jusqu’à l’ensemble du pays. Et aujourd’hui, la situation est dégradée… Comme je l'ai dit, on a toujours été pacifiques, sauf que la situation est celle-là. L'économie est par terre, de 22 000 à 25 000 personnes sont sur le carreau. Moi personnellement, je n’ai pas fait mon engagement, mon combat politique pour qu'on en arrive à cette situation et surtout qu'on pénalise nos « petits gens » parce que ce sont nos « petits gens » qui sont dans ces emplois de demi-salaires, de salaires moyens. C'est un peu le sens de ma démarche, de toujours faire attention aux gens qui sont là, qui sont inscrits dans la démarche de construction de leur vie, parce que derrière cela, quand quelqu'un perd un salaire, c'est tout qui tombe derrière : c’est le loyer de la maison, c'est l'organisation de vie de la famille, c’est tout un pan de leur vie qui reste suspendu. Il faut faire attention à la manière dont on avance. Nous on s'est battus pour construire un pays avec une économie forte, solidifiée, pour que les gens puissent bien y vivre, et pour démontrer que le projet d'indépendance est viable, à partir de son tissu économique, avec ses populations qui arrivent à joindre les deux bouts. Concernant le projet de Bougival, le FLNKS tiendra son congrès dans quelques jours pour donner sa position… Oui, il y aura un congrès très prochainement où les partis indépendantistes qui sont à l'intérieur du Front vont se positionner sur le projet Bougival. Je fais partie du mouvement l’Union calédonienne, où une position a été prise le week-end dernier : celle de rejeter en bloc le projet Bougival. Le but pour nous aujourd'hui, c'est de dire qu’il faut que l'État revoie sa copie et qu'il revienne à de bonnes intentions pour faire avancer ce pays dans le calme, la sérénité, pour une gouvernance qui corresponde mieux aux attentes des Calédoniens. Aujourd’hui, dans le dispositif de cet accord, on voit que la notion de peuple Kanak a disparu, qu’elle se retrouve en bas de l'échelle. Nous on est quand même à 19 000 km de la métropole, tu ne peux pas effacer d’un revers comme ça l'histoire d'un peuple, d’une civilisation. Pour qu'il y ait un accord de paix, il faut qu'il y ait de la stabilité, pour qu'il y ait de la stabilité, il faut que tout le monde soit gagnant dans cet accord, sinon forcément ça ne pourra pas fonctionner. Il faut simplement regarder les choses d’État à État, avec l'État français, avec l'État de Kanaky, comment on peut conjuguer ensemble sur d'autres voies que celle d'une conjugaison forcée qu’est Bougival. Pour imaginer un futur différent… Plus que jamais il faudra imaginer un futur différent parce que sinon on ne fera que mettre des pansements sur des jambes de bois. Merci beaucoup, est-ce que vous voulez rajouter quelque chose ? Je voulais faire passer un message pour le peuple corse, l’encourager, lui dire que je suis très content d'être venu ici. Vous avez un beau pays, battez-vous pour ce beau pays. Il est magnifiquement beau, soyez fiers de votre pays. Propos recueillis par Serena Talamoni

#173 : « A francisata troppu hè durata… »

Printemps 2025 : pendant que la Corse continue de s’enfoncer dans un climat de plus en plus délétère où se multiplient provocations et exactions en tout genre, une police politique qui pratique le home jacking et le rapt continue, quant à elle, sa sinistre besogne: portes défoncées au petit matin, intrusions violentes et gratuites dans des demeures paisibles, enfants traumatisés, militants embarqués dans des conditions volontairement choquantes et dégradantes de privation sensorielle contraires au droit international, déportations. Comme si une action concertée de toutes les forces anti nationales se déroulait sous nos yeux sans que personne ne soit capable d’en faire l’analyse et de proposer une alternative aujourd’hui vitale. Pourtant, les interventions entendues récemment lors du soutien massif apporté à un agriculteur - dont l’engagement au service de son pays et d’une activité essentielle pour notre avenir ont été unanimement salués - semblent apporter un début de réponse. Une réponse qui ne peut être que collective, puisant dans ce que nous avons de meilleur en nous, en tant que peuple : laisser nos choix dictés par la peur et la soumission à une tutelle étrangère que l’on présumerait assez bienveillante pour résoudre nos problèmes à notre place est une illusion plus que dangereuse, mortelle. En réalité, le seul processus actuellement en cours au plus haut niveau de l’Etat français est, comme toujours, un processus de liquidation de la lutte nationale historique du peuple corse. En atteste une répression politique qui se veut de plus en plus intimidante par la disproportion des moyens employés, sa violence gratuite, l’arbitraire de ses interventions, ses démarches de criminalisation sournoise sur fond de désinformation permanente, et son caractère systématique lorsqu’il s’agit de neutraliser le courant politique qui ne renoncera pourtant jamais à défendre une certaine idée de la Corse, nation indépendante, souveraine, et enfin en paix. Aujourd’hui, devant la volonté affichée de soumettre notre peuple et, en particulier, d’empêcher l’émergence d’une nouvelle génération de Corses dignes de ce nom, prêts à s’engager pour notre bien commun, une conclusion autant qu’une prise de conscience s’imposent: il n’y aura aucun avenir pour ce pays si nous acceptons l’augure d’un destin aussi français que funeste, et que nous renonçons à accomplir notre propre destin national. Il ne se passe plus un jour sans que nous ne constations des dérives sociétales qui nous éloignent de ce que nous sommes, de ce que nous avons la potentialité d’être collectivement, de l’avenir radieux que pourrait connaître les générations futures. Pourtant nous aurions des atouts considérables, tant sur le plan culturel qu’environnemental, avec des opportunités économiques qui profiteraient au plus grand nombre à condition de changer de logiciel et d’encourager par des politiques cohérentes les initiatives plus nombreuses qu’on ne le pense qui vont dans le bon sens. Ce n’est pas un hasard si depuis des décennies nous portons des propositions qui permettraient de nous mettre sur la voie vertueuse d’un développement économique social et culturel répondant aux besoins réels de notre peuple. Mais il faudra, pour pouvoir les mettre en œuvre, passer outre les « lignes rouges » - voire bleu blanc rouge - qui nous ont ravalé au rang de « communauté » en concurrence avec d’autres communautés sur un prétendu territoire de la République française. Alors que nous sommes le peuple de ce pays et qu’à ce titre nous devrions jouir, ni plus ni moins, des droits imprescriptibles qu’ont tous les autres peuples de la planète.

Nouvelle-Calédonie : la rédemption de Manuel Valls ?

Depuis toujours, Manuel Valls fait partie des responsables parisiens qui ont été les plus détestés par les nationalistes corses, mais également par tous ceux qui, au sein des peuples maintenus sous tutelle parisienne, aspiraient à autre chose qu’à un destin français. On se souvient de son hostilité permanente à nos revendications lorsqu’il occupa les postes de ministre de l’intérieur, puis de Premier ministre de la France. Lui qui avait voulu devenir français, avant d’accéder aux plus hautes fonctions dans l’hexagone, ne semblait pas pouvoir comprendre que certains, disposant depuis leur naissance de cette nationalité, veuillent s’en défaire. On n’a pas oublié sa déclaration, il y a quelques années, au moment où nous accédions au pouvoir à la Collectivité territoriale : « Certains parlent d’une nation corse. Mais je ne sais pas trop ce que cela veut dire ». Cette attitude agressive contrastait alors avec celle de son ancien mentor en politique, Michel Rocard, lequel affichait ouvertement sa sympathie à notre égard. On a également raillé le nomadisme politique de Manuel Valls qui, après une longue carrière en France n’avait pas hésité à se présenter aux élections de… Barcelone, ville dont il était originaire. Bien entendu, pour s’opposer aux indépendantistes catalans ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès ne fut pas au rendez-vous, ce qui le conduisit à se réintroduire dans la vie politique française qu’il avait quelques temps auparavant annoncé vouloir abandonner. Et le voilà bientôt à nouveau ministre français, par la grâce d’Emmanuel Macron (qu’il avait pourtant traité de « méchant », n’ayant « pas de codes, pas de limites »1). Nous le retrouvons donc ministre, et ministre… des Outre-mer ! Beaucoup craignaient le pire. Pourtant, avec ce genre de parcours, le pire n’est jamais sûr (pas plus que le meilleur, hélas). Tout est possible, à tout moment. J’en avais eu le vague sentiment lorsque nous étions en fonction et que nous l’avions reçu durant deux jours en Corse en sa qualité de Premier ministre. Il m’avait bien semblé que, par-delà la bienséance et la courtoisie protocolaire, son attitude de bouderie hostile à notre égard était curieusement intermittente. Comme ses coups de menton, il la réservait aux interviews destinées aux médias parisiens. En fait, cette attitude – du genre « Vous voyez : je suis ici mais je ne leur concèderai rien ! » – était réservée à l’électorat français réputé anti-corse. Dès que les caméras s’éclipsaient, il redevenait urbain et même plutôt affable. Ce comportement ne rappelait en rien celui de Jean-Pierre Chevènement pendant le « processus de Matignon », lequel, avec une belle constance, nous fusillait du regard, Paul Quastana et moi-même, durant toutes les réunions. Sa haine à lui était sincère. Alors que celle de Manuel Valls avait manifestement un caractère artificiel. C’était un rôle qu’il jouait. Ces quelques éléments de psychologie – un peu sommaire, sans doute – peuvent aider à comprendre le revirement spectaculaire de ces dernières semaines : le ministre des Outre-mer a formulé des propositions qui constituent un réel progrès dans les discussions sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Même si la solution politique semble encore loin, les indépendantistes ont salué l’avancée de la part de Paris. Notre ami Roch Wamytan résume ainsi leur sentiment : « Ce projet Valls matchait bien avec notre ambition »2. Les anti-indépendantistes se sont en revanche violemment opposés au plan proposé, estimant qu’il revient à ouvrir la voie à l’indépendance et à « remettre en cause l’intégrité nationale »3, à l’instar de Sonia Backès, une responsable loyaliste singulièrement virulente qu’Emmanuel Macron avait naguère jugé bon d’intégrer au gouvernement Borne, rompant ainsi avec la notion de neutralité de l’État qui constituait le cœur même du processus de paix rocardien. Celle-ci demande sans ambages que la conduite des discussions soit désormais confiée à « un autre ministre »4. De son côté, Manuel Valls assure garder la main sur le processus. À travers une opinion publiée le 1er juin 2025 dans La Tribune, il s’inscrit résolument dans l’esprit de la démarche initiée en 1988, fait litière des accusations de manipulations prétendument à l’origine des événements de l’an dernier et pose le problème de façon raisonnable : « Il y a 36 ans, la République choisissait en Nouvelle-Calédonie, avec les accords de Matignon puis de Nouméa, la voie du dialogue, de la reconnaissance mutuelle et du refus de la violence. Ce choix n'était pas un miracle, mais un acte politique de courage et de responsabilité. Il reste aujourd'hui notre boussole. Certains responsables politiques hexagonaux semblent l'avoir oublié. Leurs discours, enflammés et anachroniques, résonnent étrangement comme ceux de la droite des années 1980. À l'image de Charles Pasqua ou de Bernard Pons, ils estiment que “la défense de Bastia commence à Nouméa”. Ce type de rhétorique a déjà conduit au drame - celui d'Ouvéa. Ils refusent de poser un regard lucide sur l'histoire, et en particulier sur ce que signifie, en Nouvelle-Calédonie, un processus de décolonisation »5. Une telle prise de position, de la part d’un membre du gouvernement français, est déjà en soi un événement notable. Venant de Manuel Valls, réputé peu ouvert sur ce genre de sujets – y compris en Catalogne ! –, elle semble plus étonnante encore. Pourtant, à y regarder de près, l’homme est davantage un « pragmatique » – pour dire les choses de façon neutre – qu’un idéologue. On reviendra sans doute, pour expliquer ce revirement, sur son rocardisme de jeunesse qui paraissait pourtant profondément enfoui sous le poids des ans et des « évolutions » conjoncturelles. Ne pouvant sonder les reins et les cœurs, nous ne saurions a priori écarter aucune hypothèse, pas même celle de la sincérité. Après tout, chacun devrait avoir droit à sa rédemption. Jean-Guy Talamoni 1 Public Sénat, publicsenat.fr, 14.V.2017. 2 Ouest-France, ouest-france.fr, 8.V.2025. 3 Le Monde, lemonde.fr, 27.V.2025. 4 Ouest-France, ouest-france.fr, 8.V.2025. 5 « Il est encore temps de tenir la promesse calédonienne », La Tribune Dimanche, latribune.fr, 1.V.2025.

Interview : “Manifeste pour une Corse souveraine” – Maì Guillem

À l'aube d'une possible évolution institutionnelle pour la Corse, nous ne sommes jamais avares lorsqu'il s'agit d'avoir des idées sur le devenir de notre île. Les pistes sont nombreuses, et nous regrettons que les discussions actuelles, tout comme en son temps le processus dit de "Beauvau", ne laissent que peu de place aux revendications historiques du mouvement national. Des mesures qui, parfois, créent un consensus au-delà même de la famille nationaliste, et que l'on jugerait comme le minimum pour qu'un changement juridique soit efficace et se présente comme une réelle avancée. Le terme d'autonomie est dévoyé dans une période où les repères politiques n'existent plus et où chaque camp cherche à préserver ses intérêts, entretenir une image de façade ou encore acheter la paix sociale. Afin d'éviter les faux-semblants et d'agir pour un collectif, non pour des individualités, il convient d'arriver à une solution politique concrète en lieu et place d'un cache-misère. Toute aussi fondamentale soit-elle, l'évolution institutionnelle ne peut prendre de sens qu'avec l'appui d'un projet de société. Celui-ci doit poser des réflexions sur nos réalités et dépasser le simple constat pour apporter des solutions autour des thématiques qui importent chez nous. C'est par ce biais que l'on démontrera qu'une autonomie a un sens et s'avère être la clé pour améliorer les conditions de vie sur notre terre précarisée. Malheureusement, tout cela semble aujourd'hui loin des préoccupations des élus, des médias, et même de la société civile. Cependant, au sein de cette dernière, certains essayent de proposer des idées, d'entamer le débat et d'ouvrir des pistes de réflexion. C'est notamment le cas du livre Manifeste pour une Corse souveraine, de Maì Guillem, paru il y a quelques semaines aux éditions Anima Corsa. Cet essai politique émane de l'inspiration d'un jeune professeur d'histoire-géographie, sympathisant de la cause nationaliste. Son ouvrage s'articule autour du cadre juridique qui serait le plus approprié selon lui, en lien avec un projet de développement économique. Capable d'esprit critique sur le mouvement national et appuyé par des sources, ses écrits démontrent une volonté politique rendant possible la voie de l'autodétermination à l'heure où les espoirs s'amenuisent sous les discours fata1 listes. La rédaction du Ribombu, à l'avant-garde des énergies voulant construire un avenir viable pour les nôtres, est allée à la rencontre de l'auteur pour comprendre ses intentions et le sens de son livre. Ribombu : Maì, votre ouvrage a une approche, il faut l'admettre, originale dans le sens où votre livre se présente presque comme un programme. En ce sens, quelles étaient vos intentions en le rédigeant ? Maì : Lors du décès tragique du militant Yvan Colonna, nous avons pu apercevoir une mobilisation massive de l'ensemble des Insulaires, choqués, à juste titre, par ces événements. Il en a émergé une revendication, plus véhémente que jamais, autour d'une autonomie pour laquelle les Corses avaient majoritairement souscrit lors des derniers scrutins locaux, avec un processus bloqué par Paris. Le drame de mars 2022 a fait resurgir l'injustice de ce déni démocratique et a même provoqué une émulation intellectuelle autour de ce qui est nommé par l'État français la "question corse". Cependant, en dépit des tractations autour d'une évolution institutionnelle pour notre île et du terme "autonomie" employé par le ministre Darmanin — ce qu'il faut bien l'admettre était inédit — aucun projet de société n'a réellement surgi pour présenter une feuille de route sur ce que pourrait être la Corse autonome de demain dans nos thématiques concrètes. Pire, au fur et à mesure des lentes discussions, nous nous sommes rendu compte que l'autonomie proposée ne serait qu'une décentralisation supplémentaire n'accordant au final que peu de compétences réelles et utiles pour agir selon nosbesoins et revendications, et que le terme ne servait qu'à acheter la paix sociale. Ribombu : Donc, selon vous, les élus nationalistes de la Collectivité de Corse font une erreur en acceptant ce dialogue, car cette autonomie ne serait qu'une duperie ? Maì : Selon moi, aucun dialogue n'est inutile, et il faut accepter de discuter avec la représentation nationale dès qu'une occasion le permet. Toutefois, que Paris fasse un pas vers nous pour parler d'autonomie ne signifie pas que nous devons accepter n'importe quoi. Lorsque le président Macron est venu à l'Assemblée de Corse en septembre 2023, il a confirmé les craintes de beaucoup. En avançant des lignes rouges infranchissables, il a démontré que l'État français conservait ses racines jacobines et que la concession à 2 venir ne serait qu'un trompe-l'œil permettant au gouvernement de maintenir les Corses tranquilles. En effet, si Paris n'avait même pas fait semblant de vouloir un changement juridique, s'était montré complètement fermé, de massives manifestations auraient, à terme, contraint l'État à une plus grande concession que les miettes qu'il s'apprête à nous octroyer. Fort de son expérience coloniale, la stratégie élyséenne est subtile, ils sont les maîtres des horloges et, en plus de jouer sans cesse avec l'agenda, le terme autonomie est dévoyé. Que serait une autonomie sans reconnaissance du peuple corse, coofficialité de la langue et statut de résident ? Des mesures qui convainquent même des non-nationalistes. Quant à la possibilité de légiférer, le président Macron était prêt à accepter une autonomie dite "normative", où la loi se serait adaptée par moment, ce qui est assez flou, vous en conviendrez. Le terme d'autonomie peut vouloir tout et ne rien dire. Pour l'heure, ce que permet la Constitution française par son article 74 est insuffisant, et ce n'est même pas ce que prévoyait le gouvernement pour notre cas. Néanmoins, à l'issue de l'intervention du président à Ajaccio, la grande majorité de nos élus nationalistes semblait satisfaite de cette autonomie minimaliste. Certains pensent que toute concession est bonne à prendre, que ce serait mieux que rien. Au contraire, je pense qu'avoir une autonomie officielle en ces termes serait le meilleur moyen pour que les nôtres se relâchent, pensent avoir gagné, et que notre détermination se meure. Alors même qu'une fois cette faible concession cédée, l'État français se présentera comme le camp du compromis, rejettera tout ce qui se passera mal sur le gouvernement "autonome" corse et que nous n'aurions plus rien d'ambitieux pour les cent prochaines années. Mais pour certains de nos élus, il est probablement plus important de se présenter comme ceux ayant donné l'autonomie à la Corse, qu'importe de quelle autonomie il est question. Il fallait saisir l'opportunité en mars-avril 2022, lors des révoltes populaires, et avoir des revendications clés sur lesquelles nous n'aurions pas tergiversé. Ribombu : Selon vous, quelle serait alors la forme d'autonomie la plus viable et efficace ? Maì : Il nous faudrait une nouvelle loi organique conçue spécialement pour la question de l'autonomie de la Corse. Ce qui demande donc une révision constitutionnelle pour outrepasser les limites actuelles afin d'avoir un changement juridique efficace. À terme, l'objectif serait d'arriver à une autono3 mie législative. Il y a plusieurs manières de percevoir celle-ci, et bien que cela puisse sembler ambitieux, cette autonomie ne répond qu’aux votes populaires corses depuis 2015, à notre histoire et à nos spécificités culturelles. Surtout, l'île montagneuse que nous sommes a besoin d’aménagement de la loi pour gérer au mieux nos problématiques. Une économie peut être adaptée à un territoire mais pas à un autre. Cela ne doit pas faire craindre que notre base sociale se réduirait par rapport à la situation actuelle ou qu'une réelle autonomie serait dévoyée par un milieu affairiste. La casse sociale est déjà organisée par le gouvernement, peut-être même que nous pourrions mieux faire sur cet angle précis, et notre projet de société ainsi que les accords d'autonomie avec la France devront prévoir des garde-fous sur ces sujet. D'autant plus que l'autonomie législative telle que je la perçois, bien que devant nous donner à terme la politique intérieure entière de notre île, n'exclut pas des compétences octroyées au fur et à mesure dans une période de transition et des compétences partagées. Enfin, l'État central garderait des prérogatives de notre souveraineté, celles-là mêmes qui justifient que l’on n’a pas encore obtenu de réel statut d’autonomie. Ribombu : Votre vision de la souveraineté est donc celle d'une autonomie législative, mais que répondez-vous à ceux déclamant que ce projet est impossible, que nous sommes déjà dépendants et sous perfusion de la France ? Maì : Justement, nous sommes déjà en situation de dépendance et c'est bien à cause de l'administration française qui gère notre terre depuis des siècles. Certes, nous avons eu la décentralisation mais celle-ci n'est qu'une délégation de compétences sans possibilité d'aménagement. Alors, nous aurions pu gérer bien mieux certaines thématiques, j'en suis d'accord, mais force est d’admettre que pour l'heure les affaires courantes les plus importantes sont toujours du ressort de Paris. Il n'est pas dit que nous ferions mieux autonomes, c'est vrai, mais on peut tout de même nous donner la possibilité de prouver le contraire. D'autant plus que les locaux connaissent souvent mieux la situation insulaire que des technocrates parisiens déconnectés de nos réalités, et que le peuple corse a décidé il y a bientôt 10 ans de vouloir essayer l'épreuve d'une autonomie "de plein droit et de plein exercice", ce qui veut dire totale, loin des ambitions désormais plus modérées de ceux qui déclamaient cela. Enfin, comme dit précédemment, même en cas d'autonomie législative, la France conserverait les domaines régaliens, notre 4 représentation diplomatique et surtout notre Zone économique exclusive ainsi que la base de Solenzara avec les intérêts géopolitiques et économiques que cela suppose. Ce n'est pas pour rien que Paris ne veut pas relâcher son étau sur son héritage colonial dans les territoires ultramarins en dépit de tout ce que cela leur coûterait en argent. À ce sujet, il a été démontré que la Corse n’est pas plus coûteuse que n'importe quelle autre région française dans le rapport entre les dépenses et ce qu'on rapporte au continent. Nous sommes dans la moyenne, loin des discours nous présentant comme des parasites. Donc, les prérogatives que conserverait la France justifieraient des subventions et des mesures comme des commandes publiques privilégiées pour les produits agricoles corses, à inscrire dans un projet de société revitalisant ces derniers. Dans le même ordre d'idées, nous pouvons nous inspirer de ce que fait l'Espagne avec sa communauté autonome basque : une partie de la fiscalité est prélevée par les Basques pour pouvoir eux-mêmes agir dans des domaines concrets grâce aux leviers fiscaux, et une autre partie est prélevée par l'État central, ce qui justifie que des subventions soient toujours pourvues pour la communauté autonome. Nous pourrions faire de même pour continuer à faire fonctionner la solidarité nationale tout en ayant la fiscalité comme compétence octroyée à la Collectivité de Corse. Ce sont des mesures qui permettraient de financer des projets dans une Corse autonome et qui ne sont que des justes retours économiques, du donnantdonnant. Nous avons trop longtemps accepté de donner sans rien avoir en retour, sans compromis gagnant pour les Corses, sans régulation. Il faut désormais changer d'état d'esprit, et je n'aborde même pas la dette historique qu'a l'État français envers le peuple corse entre occupation, exactions, etc., qui justifierait là aussi une juste réparation économique. Ribombu : Sans compter non plus que votre ouvrage avance un projet de société qui parle de financements et qui permettrait une souveraineté juridique mais aussi économique. Maì : Effectivement, pour moi, les processus juridique et économique vont de pair, ils ne sont pas à opposer mais ils sont complémentaires. Certes, sans savoir l'entièreté de ce qui nous sera délégué comme compétences, il est difficile d'établir un programme complet, mais c'est en ayant au moins les grandes lignes directrices d'un projet de société que l'on saura quel type d'autonomie, au minimum, nous devons accepter. Il faut certes réclamer des 5 mesures culturelles indispensables pour conserver notre identité, comme la reconnaissance du peuple, la coofficialité, l'apprentissage obligatoire du corse à l'école, par exemple, etc. Mais il faut que la souveraineté puisse être réelle dans le secteur économique, à l'heure où même les puissances occidentales, comme la France, perdent leur souveraineté. On voit que sur le terrain diplomatique, beaucoup se contentent de n'être que les valets del'hyperpuissance américaine ; au niveau continental, les compétences sont absorbées, loin de tout processus démocratique, par une entité supranationale qui retire des leviers décisionnels, et économiquement, nous sommes en situation de dépendance, incapables de produire quoi que ce soit et devant importer sans cesse. Pour nous Corses, au vu de notre petite démographie dans une superficie réduite, nous devons miser sur une consommation intérieure d'envergure, une balance commerciale en meilleur état que ce que nous pouvons connaître actuellement, pour pouvoir au plus vite produire ce qui est essentiel sur notre sol et dont nous avons les capacités. À moyen terme, nous pouvons et devons obtenir une autonomie alimentaire et énergétique en promouvant une industrie légère en synergie avec ses forces. Ribombu : Dans votre programme, cette production locale, au moins sur ce qui est possible, est la clé de voûte de votre propos. Pourquoi cette souveraineté économique est-elle si importante ? Maì : Nous avons vu avec les crises récentes, comme celle de la Covid et du conflit russo-ukrainien, les problèmes liés à la dépendance aux importations. Depuis l'essor du néolibéralisme, il y a plus d'une quarantaine d'années, les pays européens ont délégué leurs productions aux pays pauvres où le coût de fabrication des marchandises était moins cher, profitant aux grandes entreprises. Ces départs du secteur primaire et secondaire vers les usines du monde ont provoqué une série de problèmes : l'emploi s'est considérablement réduit dans les territoires perdants de cette mondialisation, bien qu'en Corse nous n'ayons jamais réellement eu d’industries ; la concurrence des marchandises agricoles produites à bas coûts n'a certainement pas aidé nos producteurs locaux. Les importations nous ont installés dans une situation de dépendance, rendant le pays assujetti à du chantage éventuel ou à la moindre crise mondiale qui ne nous concernait pas initialement, et provoquant même de l'inflation alors que le libre-échange devait casser les prix. Casser les prix, mais avec des conséquences énormes sur les 6 coûts éthiques, avec des normes de fabrication plus que contestables dans bien des secteurs, et une qualité laissant à désirer. Les balances commerciales sont devenues largement déficitaires, empêchant le financement de certains projets. Enfin, cette délocalisation systématique de la production et la concurrence déloyale imposée au sein même de l'UE et au-delà (l’UE étant la région du monde se protégeant le moins) multiplie les échanges commerciaux et le désastre climatique, alors même que l'enjeu écologique est le grand défi de notre génération. Ribombu : Pour pallier à cela, votre projet de société est assez dense, avec des propositions complétant d'autres mesures qui pouvaient contenir initialement des lacunes. Nous pouvons notamment penser au protectionnisme. Cette mesure peut inquiéter. Avons-nous des productions à protéger en Corse et cela ne risque-t-il pas de faire monter les prix ou de provoquer l'autarcie comme certains le craignent ? Maì : Le projet que je porte ne prône aucunement l'autarcie. On l'a bien vu lorsque j'ai présenté mon programme juridique, qui est fait de compromis. Il en est de même pour l'économie, avec un projet prenant en compte l'application des lois françaises sur notre sol depuis des siècles, nos réalités, nos besoins, mais il faut aussi penser à nos potentialités. Le programme que j'avance n'est qu'une ébauche dans le sens où je ne suis pas exhaustif sur toutes mes pensées politiques, et je laisse le soin à des spécialistes des domaines concernés, mais aussi à la société civile qui a son mot à dire, de compléter mes propositions et de les chiffrer. Cependant, dans les grandes idées que j'avance afin d'ouvrir le débat, je pense qu'il est de bon ton d'avoir des axes de travail bien définis. Ce qui passe par une souveraineté économique, comme je l'ai déclaré, mais mettant à contribution tous les acteurs pour que cela soit possible. Le protectionnisme seul, c’est-à-dire dans un régime capitaliste sans régulation, mise sur une baisse des acquis sociaux pour que le pays résiste à la compétitivité mondiale, que ce modèle accepte de facto. Ce qui conduira à une perte de normes essentielles avec ce nivellement par le bas et à une diminution du niveau de vie des habitants. Alors même que cela ne garantit aucunement, en parallèle, que cela suffira à reproduire localement les productions à notre époque de mondialisation, où il y a toujours moins cher ailleurs pour les entreprises prédatrices. Ce protectionnisme permettrait tout de même une relocalisation grâce aux taxes, 7 mais cela serait lié à une destruction des protections sociales, et c'est donc un protectionnisme dont nous ne voulons pas, par la violence sociale supposée, et qui en plus ne garantit pas de juguler l'inflation avec certains produits qui devront continuer à être importés, car non produits localement, et qui subiront des taxes faisant monter leurs prix. Nous voulons de notre côté un protectionnisme ciblé sur nos besoins et selon ce qu’on peut produire, pour justement maintenir, voire élever des normes, en refusant le cadre mondial déloyal. Certes, il y aura une inflation, mais en produisant localement par la protection, l'offre gonflera, rendant possible le développement de secteurs productifs, et réduira les prix, tout comme l'importation qui perdurera et restera un garde-fou aux envolées de prix. Ensuite, on pourra relancer les salaires, car on ne sera plus aligné sur la compétitivité d'autres pays, et les gens pourront consommer plus cher, des coûts plus élevés, logique car issus de la qualité du local. Pour éviter la spirale inflationniste, le contrôle des prix sera imposé sur la marge des intermédiaires comme les grandes surfaces. Nous pouvons aussi penser à une fiscalité plus juste et à des subventions ciblées aux PME-TPE afin qu’elles ne répercutent pas sur le prix. Voilà un programme cohérent où toutes les mesures s'emboîtent avec complémentarité. Un protectionnisme seul provoquerait inflation et pénuries. Une relance seule aussi, car pour contrebalancer une hausse des acquis dans un marché compétitif, on licencierait, délocaliserait, ferait monter les prix ou ferait faillite. Pour éviter tout cela, il nous faut le protectionnisme et une relance avec quelques autres mesures qui ne seront pas en trop. Ribombu : Votre projet parle également d’unités d’assemblage, d’unités de valorisation des déchets, des énergies renouvelables, de mesures contraignantes pour les multinationales, de modernisation du système hydraulique, etc. Nous ne pourrons pas tout aborder, mais certaines mesures, comme le statut de résident ou la corsisation des emplois, ne risquent-elles pas d’être perçues comme discriminantes par l’État central ? Maì : C’est la rengaine habituelle. Cependant, ce sont les mesures identiques appliquées dans des situations pourtant différentes, comme c’est le cas chez nous, qui sont réellement discriminantes. D’autant plus que les mesures que vous avez citées s’appliqueraient, dans mon esprit, à tous ceux vivant à l’année sur notre île (avec une ancienneté exigée pour le statut de résident), sans distinction d’origine. Ce qui fait sens avec notre nationalisme 8 culturel : c’est même par le travail et la langue que nous pouvons intégrer et créer des Corses. En l’état, c’est laisser les choses telles qu’elles sont qui induit une politique discriminatoire où nous avons des revenus moins élevés qu’en métropole, une pauvreté plus forte, et des postes à responsabilités qui échouent à des continentaux. Ce sont bien ces derniers qui, souvent, grâce à un patrimoine plus élevé et la complaisance de traîtres à leur terre, peuvent s’approprier le parc immobilier corse, rejetant les locaux de celui-ci. Nous sommes, par bien des aspects, dans un cadre de discriminations coloniales, bien que ce soit subtil car aucune différenciation ne se retrouve dans la loi, alors qu’on la subit dans le réel. Pour lutter contre ces injustices, nous devons adopter certaines mesures fortes, qui ne résoudront pas tout mais qui représentent un début, et qui sont loin de perceptions stupidement ethniques comme il peut en exister dans l’extrême-droite française et chez certains perroquets locaux se teintant faussement d’un nationalisme qui est alors dévoyé. Ribombu : Tout ce processus devrait passer par une union au sein du mouvement national ? Maì : L’union permet d’agir plus rapidement et efficacement contre les réels adversaires d’une quelconque avancée institutionnelle. Cependant, l’union pour l’union, juste pour la symbolique mais faite de compromis à outrance par peur de vexer qui que ce soit, n’aurait pas de sens. L’union doit se faire autour d’un projet cohérent, et on voit que dans la famille nationaliste, bien que ce soit camouflé, il n’y a pas toujours les mêmes perceptions. Sans même parler d’idéologie, mon projet porte une part assez significative de régulation, car je pense que la “chose publique”, encore plus en ces temps troubles, doit réguler. Ce n’est pas au marché de dicter sa loi, et notre nationalisme, dans son essence, ne peut qu’être en accord avec cela, avec des mesures qui supposent une intervention publique lorsqu’on parle de freiner la spéculation immobilière ou le tourisme de masse, par exemple. Cependant, certains des nôtres sont clairement libéraux, et c’est leur droit, mais je ne pense pas qu’au vu de la situation actuelle ce soit l’axe le plus adéquat, surtout lorsqu’on voit les résultats du libéralisme à outrance depuis le milieu des années 70 à nos jours. Quand bien même une union n’aurait pas lieu, le parti qui se retrouverait au pouvoir dans une Corse autonome devra, dans un premier temps, ne pas être trop clivant idéologiquement et promouvoir9 un programme commun capable d’attirer une adhésion large auprès des Corses. Cependant, il ne faudra pas être tiède pour changer le cours des événements et nous devons trancher dans des directions avec des lignes bien définies, ce que je m’efforce de faire à mon humble échelle. Ribombu : Pour conclure, vous le savez, nous sommes des indépendantistes. Dans votre projet, où se place le processus d’autodétermination ? Maì : L’autodétermination est un fondement auquel tout peuple a le droit d’aspirer. Tout tend à démontrer que nous sommes un peuple à part entière, avec nos frontières géographiques bien définies, qui imposent un certain particularisme, une longue et riche histoire commune et une culture singulière qui apporte sa pierre à l’édifice culturel mondial. Maintenant, je reste persuadé que nous avons d’abord besoin d’une autonomie comme première étape, transitoire, pour aspirer à un développement économique. L’autonomie est l’arme juridique, l’outil législatif, que l’on juge fondamental pour enclencher les leviers d’émancipation. À terme, si tout se déroule comme prévu grâce à un projet de société solide et cohérent, nous ne pourrons qu’aspirer à retrouver ce qui nous a été arraché par la force : l’indépendance. 10

Emprise mafieuse : la pieuvre bleu blanc rouge (#172)

De tous temps l’attitude de l’Etat français à l’égard du trafic de drogue a été ambivalente. Il n’est nul besoin de remonter aux guerres de l’opium du 19ème siècle où la France, en toute logique coloniale, s’employa aux côtés de ses alliés du moment, à créer militairement  les conditions optimales pour que la production et la diffusion de la substance,  à des fins tout autres que thérapeutiques, prissent leur plein essor. (1) Plus près de nous, en 1993, on pouvait découvrir dans un article du Journal International de Médecine (2), intitulé « Drogue: les États complices » comment de véritables « barons de la drogue » étaient reçus officiellement en grande pompe par la France. Dans une interview Alain Labrousse, Directeur de l’Observatoire Géopolitique des Drogues (3), livrait ces informations: « Le Pakistan est encore le grand pourvoyeur de l’Europe en héroïne à travers la route des Balkans... Tout le monde sait qu’une partie du pouvoir politique actuel au Pakistan est compromis dans le trafic de drogue. Il y a au moins trois ministres et cinq députés qui sont des grands barons de l’héroïne. Leurs noms figurent dans des rapports confidentiels, américains en particulier. Or Monsieur Nawaf Chariff, Premier Ministre, est venu en visite officielle en France en janvier... la question de la drogue n’a pas été mise à l’ordre du jour ». Alain Labrousse devrait d’ailleurs préciser plus tard, à ce sujet, que la vente de sous marins français au Pakistan constituait, selon lui, un exemple de blanchiment de l’argent de la drogue au plus haut niveau des États. En attendant, il déclarait notamment: «  En France, on aura bientôt des scandales où la justice et le pouvoir politique seront pénétrés, infiltrés par les trafiquants. Or, avoir des groupes mafieux infiltrés à tous les niveaux de l’Etat, c’est extrêmement grave ». En plus de trente ans, depuis ces affirmations, la situation n’a fait que s’aggraver même si - la société française étant de plus en plus délibérément cloisonnée - cela peut rester partiellement caché; ce, soit dit au passage, qu’une société de proximité où existe un lien social naturel comme en Corse, où « tout le monde connaît tout le monde », ne permet pas. Dès lors, l’incessant procès fait à cette proximité nous apparaît aujourd’hui pour ce qu’il est vraiment: un argument en faveur de la mise au pas de tout un peuple qui refuse de disparaître, plus qu’une piste de réflexion réelle pour résoudre nos problèmes. En Corse dans les années 80, alors que le mouvement de libération nationale, dans toutes ses composantes, alertait l’opinion et entamait une lutte âpre contre le trafic de drogue, les instances officielles en niaient l’importance. Pourtant, paradoxalement, en 1985 une affaire défraya la chronique, mettant en évidence la parfaite connaissance du problème par les autorités, et, surtout la manière dont elles pensaient s’en servir. Deux officiers de police, Robert Montoya et Fabien Caldironi travaillant en étroite collaboration avec le juge Frédéric N’Guyen, furent inquiétés pour leur participation présumée à un trafic de stupéfiants. Officiellement, ils étaient censés infiltrer un réseau de trafiquants. En réalité, tout en favorisant un trafic qui leur rapportait des bénéfices substantiels, leur principal objectif semblait bien de participer activement à l’intoxication de la jeunesse corse et à recueillir par le biais d’informateurs toxicomanes des éléments sur les activités politiques des jeunes militants nationalistes. Un certain nombre de débordements et d’imprudences, ainsi que la découverte par le mouvement national de leurs agissements, mirent fin à  cet épisode. Brièvement incarcérés en mars 1988, pour « infraction à la législation sur les stupéfiants », ils furent opportunément disculpés assez rapidement. On devait retrouver ces deux protagonistes mêlés à d’autres affaires éclairantes quant à leur statut particulier, notamment lors du scandale des plombiers du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Robert Montoya et Fabien Caldironi furent impliqués dans cette rocambolesque histoire d'écoutes téléphoniques visant un huissier du CSM. À l’époque, malgré leurs dénégations, de nombreux observateurs les soupçonnaient d’avoir agi sur ordre de Christian Prouteau, chef de la cellule antiterroriste de l’Elysée. Il faut savoir que dès la création de cette cellule, en 1982, le commandant Prouteau, cherchant des connaisseurs de la question corse, avait fait appel à leurs services. L'ex-capitaine Paul Barril, aurait d’ailleurs confié que  "Montoya était un excellent informateur de la cellule. Il savait beaucoup de choses sur la Corse... ». Retraité de la gendarmerie avec le grade d’adjudant, on devait retrouver Robert Montoya en Afrique comme conseiller de Laurent Gbagbo, et à la tête de sociétés employant près de 2500 personnes dans sept pays africains. En 1998, un rapport de l'ONU indiquait que Robert Montoya avait probablement recruté quelques 300 mercenaires pour assurer, dans l'ex-Zaïre, la protection du maréchal Mobutu. Il avait également fondé la Société africaine de sécurité (SAS), une entreprise de droit togolais spécialisée dans la sécurité, le gardiennage et le transport de fonds. En décembre 2005, il fut interrogé par la police togolaise, et les locaux de sa société de sécurité privée, située sur l'aéroport de Lomé, furent perquisitionnés. Il avait alors été accusé de trafic d’armes par le ministre de la défense togolais, Kpatcha Ngnassingbé lui-même. La même année, les experts des Nations unies signalaient que « les deux tiers des marchés militaires de la Côte d'Ivoire entre 2002 et 2004 » avaient  « transité par la Darkwood », une société fondée par Robert Montoya.(4) Il ne s’agit là que d’un exemple quelque peu anecdotique, parmi tant d’autres, mais qui démontre bien que les Corses ont tout intérêt à trouver avant tout en eux-mêmes la force et la méthode qui leur permettront de solutionner les problèmes qui se posent à eux, aussi sensibles soient-ils. Si l’on additionne tous les coups tordus, notamment les opérations barbouzardes, tous les contacts occultes, ainsi que le recours à des malfrats de tout poil pour neutraliser le mouvement national corse, jusqu’aux options les plus radicales à l’encontre de ses militants, si l’on tient compte de la complaisance des pouvoirs public concernant certains dossiers où spéculation, monopoles privés et blanchiment d’argent sale font bon ménage avec des autorisations officielles émanant des plus hautes sphères de l’Etat, quelques conclusions s’imposent: Tous les observateurs un tant soit peu objectifs, s’accordent à dire que l’Etat français a privilégié la chasse aux nationalistes corses, laissant prospérer une voyoucratie de plus en plus florissante. Ce qu’on omet de dire, c’est que l’Etat a toujours utilisé ce que, pour le coup, on ne devrait pas avoir peur de désigner comme ses réseaux mafieux, aux quatre coins de son empire colonial, dont la Corse, lorsqu’il s’agit de défendre certains intérêts. Et curieusement, on parle de mafia corse, tout en n’admettant pas que les Corses soient un peuple, mais on ne parle jamais de mafia française. Pourtant les Corses qui participent à des opérations criminelles, ne le font jamais pour servir les intérêts de leur pays mais plutôt, souvent, ceux des consortiums ou des spéculateurs auxquels le législateur français fait la part belle. Quant aux circuits de blanchiment de l’argent du crime, et notamment du trafic de drogue, ils empruntent des chemins qui se situent le plus souvent à l’étranger, et plus particulièrement en France. Quand les Corses demandent des mesures spécifiques pour contrecarrer ces logiques (5), et extraire durablement le corps social des pressions mafieuses, tout leur est interdit. Par contre des dispositifs répressifs exceptionnels, sur fond de diabolisation de cette proximité qui forge notre lien social et culturel, eux, sont à l’ordre du jour. Et l’Etat français, parrain de tous les parrains, se voit décerner un blanc seing... pour régler ses affaires de famille sans doute. Et pour utiliser, comme bon lui semblera, un arsenal judiciaro-policier qui, on nous le promet, ne servira aucun objectif politique et nous garantira contre l’arbitraire auquel nous sommes malheureusement habitués: les promesses, pour paraphraser un ancien ministre de l’intérieur français, n’engagent toutefois que ceux qui y croient. Lorsqu’on met bout à bout tous ces éléments, on s’aperçoit qu’au delà de querelles sémantiques subalternes, si l’on veut combattre réellement l’emprise mafieuse en Corse, il serait pertinent de ne pas oublier que la pieuvre est beaucoup plus bleu blanc rouge qu’on veut bien nous le dire. 1. un article édifiant sur les conséquences des guerres de l’opium est à retrouver via internet sur le site « village de la justice », intitulé « Quand la France vendait l’opium Indochine française » (par Vincent Ricouleau, professeur de droit - 19/09/2017, modifié le 02/06/2023). 2. JIM numéro 252, février 1993, « Drogue, les Etats complices ». 3. En décembre 1992, le Docteur Jean Claude Dominici était mandaté par l’Associu Corsu di a Salute pour assister au colloque organisé par l’Observatoire Géopolitique des Drogues à l’Arche de La Défense à Paris. Son travail incessant et ses contributions au service de la Corse sont ici à souligner. 4. Se référer, entre autres, à l’article paru dans le journal Le Monde/Afrique/(10.01.2006) sous le titre: « Robert Montoya, un plombier en Afrique). 5. Cf. Conférence de presse du mouvement Nazione du 06/03/2025.

A SFIDA NOVA : De l’autonomisme à une stratégie de souveraineté

Au seuil de cette nouvelle année, force est de constater que les espoirs, nourris par de nombreux Corses, de voir notre pays connaître une avancée institutionnelle significative, doivent être relégués au magasin des illusions déçues. Il est vrai que les choses avaient bien mal commencé avec l’acceptation des lignes rouges imposées par Paris au lendemain de l’assassinat d’Yvan Colonna. Deux ans plus tard, le dîner de Beauvau allait confirmer l’étendue du désastre politique : l’écriture constitutionnelle proposée par le gouvernement français – et curieusement signée par plusieurs formations nationalistes corses – actait le renoncement à l’ensemble des fondamentaux d’une lutte de plusieurs décennies : pas de reconnaissance des droits du peuple corse, pas de pouvoir législatif, pas de coofficialité de la langue corse, pas de statut de résident… Demeurait simplement un mot, celui d’« autonomie », une coquille vide. Pire encore : une escroquerie intellectuelle, tous les juristes de la terre sachant qu’à défaut de pouvoir législatif il ne peut y avoir d’autonomie. Passons sur l’erreur ayant consisté, pour des nationalistes, à valider un tel accord. En tout état de cause, il paraît aujourd’hui peu probable qu’il aboutisse, compte tenu de la confusion régnant aujourd’hui en France. Il est d’ailleurs largement préférable que ce projet soit abandonné, car il ne porterait rien de concret et contribuerait à bloquer toute réelle avancée éventuelle dans les années à venir.   Quoi qu’il en soit, une chose est difficilement contestable aujourd’hui, si l’on fait preuve de la bonne foi la plus élémentaire : la stratégie autonomiste mise en œuvre ces dernières années s’est soldée par un échec cuisant. Elle doit donc être abandonnée au plus tôt. DA LEGHJE : A SFIDA NOVA

De l’assimilation à la disparition : l’exemple français par Jean-Michel Brun

“ L'assimilation, par sa fonction de destruction des cultures locales a été un instrument d’abrutissement des populations indigènes, de manière à en faire de la main d’oeuvre bon marché pour les entreprises coloniales. Et l’un des leviers de cette « déculturation » a été l’interdiction d’utiliser les langues locales à l’école au profit du seul français. " Le mot « assimilation » a possédé, pendant assez longtemps, une connotation plutôt positive. Elle fut même revendiquée par des responsables autochtones, notamment dans ce qu’on appelait les « vieilles colonies » françaises. Ceux-ci considéraient que l’assimilation consistait simplement à faire des habitants des régions colonisées des citoyens français à part entière, sans régime d’exception, et sans discrimination. Cette « assimilation » était par conséquent, selon eux, une forme de « décolonisation », qui contrastait avec la politique coloniale britannique plus différentialiste, C’était également la position de Victor Schœlcher, partisan du colonialisme, mais adversaire de l’impérialisme. Cette perception de l’assimilation s’est illustrée par le vote de la loi d’assimilation juridique de 1946 portée par les députés autochtones Aimé Césaire, Léopold Bissol, Gaston Monnerville et Raymond Vergès. Cette loi conduisit à la transformation des régions colonisés en départements et territoires d’outre-mer français. Une telle approche peut étonner aujourd’hui tant elle paraît candide. Il faut juste se souvenir qu’au 19e siècle, le fait de s’emparer d’une terre lointaine et de ses ressources naturelles, puis de réduire sa population en était d’esclavage ou de quasi-esclavage était considérée comme quelque chose de naturel. Cette vision naïve fut naturellement démentie par la révélation, souvent tardive, des réalités de la colonisation, comme par exemple les atrocités commises lors de la colonisation de l’Algérie. L’assimilation fut en réalité une assimilation sous condition. Vous serez des citoyens à part entière si, et seulement si, vous abandonnez vos propres traditions et cultures ancestrales pour vous fondre dans la culture dominante du colonisateur. Car sous des concepts comme ceux de « départementalisation », ou d’égalité des droits se cachait la volonté, beaucoup moins avouable, de faire disparaître les cultures autochtones auxquelles on refusait d’ailleurs le qualificatif de cultures. On passe ainsi de l’assimilation à l’injonction d’assimilation. Au dela de la caricature de « Nos ancêtres les gaulois » imposées aux Africains et aux Antillais, il y a le drame d’un effacement pur et simple de la mémoire des peuples au nom de la légitimation du fait colonial. De l’assimilation à la disparition. En effet, au milieu du 19e siècle, l’opinion publique commence à être nourrie des principes républicains de Liberté, d’égalité et de fraternité. L’esclavage est définitivement aboli en 1848 par Victor Schœlcher, et il faut trouver des justifications « avouables » au colonialisme. Ce sera la « mission civilisatrice de la France », prônée par Jules Ferry qui, en 1845, prononcera ce fameux discours devant l’Assemblée nationale : « Les races supérieures ont des droits vis à vis des races inférieures. Elles ont aussi un devoir, celles de civiliser les races inférieures ». Un concept qui sera repris plus tard par Antoine Pinay lorsque la délégation française quittera la séance de l’ONU à propos de la guerre d’Algérie où il s’exclamera « Nous n’accepterons jamais que l’on remette en cause la mission civilisatrice de la France ». En réalité, en utilisant le concept d’assimilation, ces apôtres du colonialisme ne font que reprendre une théorie née au Siècle des Lumières. Avant même la Révolution française, Condorcet expliquait que « Les peuples d’Amérique, d’Afrique, d’Asie et d’autres contrées lointaines semblent n’attendre que d’être civilisés et de recevoir de notre part les moyens de le devenir ». L’idée que l’assimilation était une forme de décolonisation fut violemment contredite par le « Code de l’indigénat» de 1881, qui distinguait deux catégories de citoyens: les « citoyens » français (de souche métropolitaine) et les « sujets » français, c’est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens, etc., ainsi que les travailleurs immigrés. Les « sujets » français soumis au Code de l'indigénat étaient privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques. Ce statut s’apparentait en fait à un esclavage déguisé des populations autochtones qui se trouvaient dépouillées de leur identité. En réalité, cette mission civilisatrice n’avait pour raison d’être que celle d’être la vitrine d’un dessein beaucoup moins honorable : celui du pillage sans vergogne des ressources naturelles des pays colonisés. Par ailleurs, contrairement à l’exemple britannique où l’octroi d’une autonomie fut le prélude naturel à la décolonisation, en France, il n’était plus question de décolonisation dans les territoires assimilés, et si l’un d’eux prétendait se séparer de la métropole, il n’y avait pas décolonisation, mais séparatisme et partition, justifiant une répression impitoyable. Si cette injonction d’assimilation prit des formes théâtrales, comme le dévoilement des femmes algériennes en 1958, elle eut pour conséquence dramatique l’anéantissement des cultures, la destruction des écoles. En 1838, le Capitaine Rozier, qui commandait une troupe de soldats français en Algérie écrivait : « Presque tous les hommes algériens savent lire et compter, ainsi les soldats qui débarquent sont en général moins instruits que les sauvages qu'ils viennent civiliser ». A cette époque, 92% des enfants algériens étaient scolarisés alors que France comptait 40% d’analphabètes. Cent ans plus tard, en 1950, 92% des enfants indigènes de 10 à 14 ans étaient illettrés. Tel est le résultat de l’assimilation. L’assimilation, par sa fonction de destruction des cultures locales a été un instrument d’abrutissement des populations indigènes, de manière à en faire de la main d’oeuvre bon marché pour les entreprises coloniales. Et l’un des leviers de cette « déculturation » a été l’interdiction d’utiliser les langues locales à l’école au profit du seul français. Assimilation versus intégration Or, aujourd’hui, l’injonction d’assimilation refait surface, ressuscité par la droite française, majoritairement nostalgique du colonialisme. Alors qu’elle s’appliquait jadis aux populations extérieures qu’on envahissait, elle s’applique aujourd’hui aux populations françaises que certains voudraient bien voir partir, à moins qu’elles n’acceptent d’effacer toute trace de la culture de leurs aïeux, quand bien même elles seraient nées en France, de parents français. Ce qu’on n’a pas réussi à faire de l’autre côté de la Méditerranée, on le tente à nouveau sur le territoire de la métropole. « À Rome, habille-toi comme les Romains », lançait le polémiste de droite, ancien candidat à la présidence de la République, Eric Zemmour, lors d’un débat télévisé où il était question de hijab et de djellaba. « Votre prénom est une insulte à la France », lançait encore l’extrémiste à la journaliste Hapsatou Sy. Cette idéologie se retrouve dans les discours des suprémacistes qui vantent de soi-disant « aspects positifs de la colonisation », reprenant les fantasmes de la « mission civilisatrice ». Ce qui est interessant, c’est que l’un des instruments majeurs de l’assimilation coloniale a été l’école. Les écoles coloniales utilisaient des manuels extrêmement simplifiés destinés, non à faire des élèves indigènes des citoyens français, former des élites, mais au contraire fabriquer de la main d’oeuvre utile au système colonial, et convaincre les jeunes, et leurs parents, des bienfaits de celui-ci. Comme l’affirmait le député socialiste Albert Sarraut en 1923, « Chacun doit rester à sa place, dans sa classe et sa race ». Or c’est exactement la même chose qui se passe aujourd’hui. Là où les « Carnets de correspondance » des élèves s’ouvraient il y a 30 ans sur des principes de morale, ils sont aujourd’hui introduits par des discours sur la laïcité, ce qui est une manière de viser indirectement les cultures qui donnent une place importante à la spiritualité. Par ailleurs, les conseillers d’orientations dirigent presque systématiquement les jeunes ayant une « origine » vers les filières professionnelles alors que les enfants « blancs » de même niveau sont aiguillés vers les filières générales. Il existe en France un lien très étroit entre cette injonction d’assimilation, qui fut d’abord portée par le président Nicolas Sarkozy et reprise aujourd’hui par le ministre de l’intérieur Gerald Darmanin, et l’islamophobie, même si cette injonction vise également d’autres populations. La question du foulard porté par les musulmanes fait encore la une de l’actualité 25 ans après la polémique des jeunes filles de Creil, de même que le port du burkini ou la stigmatisation des sportifs pratiquant le Ramadan. Des députés français ont même suggéré l’interdiction de l’enseignement de la langue arabe à l’école. L’idée d’assimilation a fini par se substituer à celle d’intégration. Or l’assimilation est une double erreur. Du côté de l’immigré, c’est une véritable agression, un déni d’identité culturelle, une attitude méprisante et condescendante qui consiste à dite « ta culture est médiocre et n’a pas d’importance par rapport à l’immense culture du pays qui t’accueille. Abandonner tes traditions, ce ne sera pas une grande perte pour toi ». Du côté du pays d’accueil, c’est se priver de la richesse intellectuelle de l’immigrant (qu’il soit de 1ere ou de 5e génération). Cela fait perdre paradoxalement à l’immigration tout intérêt pour le pays d’accueil. En tous cas, la condescendance affichée de certaines élites françaises à l’égard des arabes et des africains fait que la France est aujourd’hui expulsée de tous les territoires où elle était jadis solidement implantée, notamment en Afrique. La culture française fait à son tour l’objet d’un rejet, la langue française est de moins en moins parlée dans le monde, alors que, ironie du sort, le concept français d'assimilation était justement fondé sur l'idée d'étendre la culture française dans les colonies. On oublie trop souvent que la culture française tire une grande partie de sa richesse des apports étrangers. Depuis les savants, architectes et médecins arabes du moyen-âge aux peintres espagnols et russes du XXe siècle, la France doit presque tout aux cultures venues d’ailleurs. L’idée d’assimilation est associée à celle de la supériorité supposée d’une culture sur l’autre, la seconde devant s’effacer devant la première. Une absurdité lorsqu’ont voit les grandes réussites du multiculturalisme, comme aux Etats-Unis ou à l’Azerbaïdjan. Comme le rappelait Leopold Sedar Senghor : « toute civilisation est un métissage » ----------------------------------------------------------------- Biographie de Jean-Michel Brun Journaliste et cinéaste, a effectué de nombreux reportages pour les grands magazines d'information des télévisions françaises et étrangères. Spécialiste du monde arabo-musulman, il publie, dans plusieurs journaux et magazines français et internationaux, des articles et documentaires sur les pays du Golfe, le Caucase, l'Asie Centrale et l'Europe.

Lugliu #167 hè quì !

A FRANCISATA BASTA : populu corsu elettori corsi NAZIONE Elezzione legislativi Cunfarenza di stampa Refonte du corps electoral et démarche internationale à l’ONU - La colonisation française de la Corse : Intervention de Jean-Guy Talamoni - Discours de Jean-Marc Rodriguez GHJURNATE INTERNAZIUNALE i 3 è 4 d’Aostu in Corti U Prugramma STORIA Prucessu di i militanti di u FLNC U 14 di ghjugnu 1979 ---Pour les abonnés, choisissez simplement "ajouter au panier" puis confirmer votre commande dans votre panier. Vous pourrez directement le télécharger.  www.uribombu.corsica

Cap’Articulu #167 : “ Galoppa cavallu sfrenatu…”

“ Galoppa cavallu sfrenatu Sì di populu natu È sta terra hè a toia. À galuppà, à galuppà Sin’à lampalli ind’u mar’ " Canta u Populu Corsu « Vous me parlez corse, ce n’est pas correct »: sta cacciata fatta ind’è un dibattitu puliticu da una candidata francese di u RN ci face vede à chì puntu ne simu ghjunti oghje in Corsica. A carnavalata contrastagione ch’ella hè stata st’ultima elezzione legislativa deve fà capì à tutti a necessità di definisce oghje più ch’è mai un corpu eletturale corsu, leghjittimu, chì pigli in contu a nostra realità di populu. È chì ci pirmetti di fà campà una vera demucrazia induve ognunu averà a pussibilità di sprime ciò ch’ellu pensa esse u megliu pè u bè cumunu; è duve i voti di i Corsi seranu infine rispettati, è appiecati. Ciò chì si passa ind’è noi s’assumiglia à ciò chì ghjustificheghja a rivolta attuale in Kanaky : a culunizazione di pupulamentu - è dinù di certi cerbelli tocchi da tamantu francisume - sò e piaghe cunnisciute di u culunialisimu. E nostre intervenzione à u livellu internaziunale diventanu tandu più ch’è necessarie da fà sapè à u mondu sanu ciò ch’è u Statu francese cuntinueghja à impone à lu nostru populu. A Francia ùn ricunnoscerà mai da per ella i diritti, o ancu puru l’esistenza, di u nostru populu. Tocc’à noi à cumpurtacci da populu in casa nostra, fendu fronte contr’à tutte e pratese straniere chì ci volenu poc’à pocu sottumette à i so usi, à e so legge chì ci lampanu fora d’ind’è noi, à e so scimità chì neganu a nostra cultura prufonda è a nostra prussimità di populu mediterraneu. Da a Kanaky à a Corsica, passendu da tutte l’altre culunie di un imperu anacronicu è dicadente, a ripressione è a viulenza di u Statu francese contr’à i nostri populi ùn puderà fà piantà e nostre lotte, e nostre brame di ghjustizia è di libertà. Al dilà di e so origine, tutti quelli chì sò sinceramente ligati da stu sintimentu naziunale, spartenu sta vuluntà irrimuvevule di fà campà u nostru populu, sola cumunità di dirittu in terra corsa, da una generazione à l’altra. U nostru destinu, ch’ella sia chjara pè tutti, ùn pò esse ch’è un destinu naziunale è corsu. È sempre c’impetteremu cù tutti quelli chì ci vuleranu impedì di prununzià parolle dolce cum’è Mamma, Babbu, Terra, Nazione in lingua nustrale. « Sin’à lampalli tutt’in mare »
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