La groupie du claniste : Le droit de contester

A-t-on encore le droit de contester la politique du Président de l’Exécutif sans être taxé de revanchard ? De se présenter aux élections sous sa propre étiquette sans être accusé de poursuivre une sombre vengeance ? De porter sa propre démarche politique sans être poursuivi devant le tribunal médiatique pour crime de lèse-majesté ? Dans l‘organe d’information en ligne Corse Net Infos, une respectable consœur a ainsi donné – avant les élections et en toute objectivité – son interprétation de la candidature de Petru Antone Tomasi :

« Comment empêcher le député de Femu a Corsica d’être élu dès le 1er tour en lui grignotant quelques petits pourcentages ? C’est tout l’enjeu de la candidature tardive de l’autre nationaliste. Petru Antò Tomasi, qui, quoi qu’il s’en défende, n’est là que pour régler les comptes de Corsica Libera qui n’a toujours pas digéré l’explosion en plein vol de la coalition Per a Corsica et l’échec aux Territoriales de 2021 qui en a résulté. Le parti indépendantiste n’a, a priori, rien de personnel contre Michel Castellani qui entretient plutôt de bons rapports avec l’ensemble du mouvement national, mais vise à travers lui deux hommes qu’il ne cesse de poursuivre de sa vindicte : le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, et l’ex-secrétaire national de Femu a Corsica et député sortant de la seconde circonscription de Haute-Corse, Jean-Félix Acquaviva. (…) La crise, qui a secoué la Corse en mars dernier suite à l’assassinat d’Yvan Colonna, a montré l’ampleur de la haine et des rancœurs. L’appel à la raison, à la concertation et à l’union de Corse in Fronte est restée lettre morte. Et ce n’est pas ce scrutin qui va apaiser les tensions. »

Publiée dans un média qui n’est pas réputé appartenir à la presse d’opinion, cette prose s’écarte légèrement de l’objectivité qui sied à une professionnelle étrangère à « la haine » et aux « rancœurs » ! Il n’est certes pas interdit d’être à la fois journaliste et groupie d’un chanteur populaire ou d’une célébrité quelconque. Il vaut mieux toutefois distinguer les deux et ne pas mélanger les genres. Cela dit, chacun a bien le droit d’écrire ce qu’il veut. Le Ribombu aussi.

Là où l‘auteure de l‘article a raison, c’est que Corsica Libera n’a rien de personnel contre Monsieur Castellani. Elle n’a d’ailleurs, non plus, rien de personnel contre Messieurs Simeoni et Acquaviva. C’est seulement la démarche politique de Femu a Corsica qui est en cause. Certes, le pacte faustien passé par le Président du Conseil exécutif avec le Président de la république française (le premier acceptant les conditions de l’adversaire pour négocier, parmi lesquelles la mise à l’écart de ses alliés indépendantistes) n’a rien d’honorable. L’affaire avait été éventée, faisant figure de secret de polichinelle, avant même d’être confirmée par la presse parisienne (Le Monde, Le Canard enchaîné, etc.). Mais ce n’est pas l’essentiel. Sur le passé, passons. D’autant que le présent n’est pas plus glorieux.

Sur le plan politique d’abord : le président de l’Exécutif affirmant publiquement au moment de la visite de Monsieur Darmanin en Corse que les « lignes rouges » imposées par ce dernier n’étaient pas un problème et que l’on pouvait bien écarter des débats la langue corse ou la reconnaissance des droits du peuple corse (en fait, tout ce qui est la raison d’être du mouvement national) ; ou encore un député-candidat de Femu répétant benoîtement qu’il se battait pour « une France plus solidaire »… A-t-on le droit, en tant que nationaliste corse, de ne pas être sur cette ligne politique ?

Sur le plan de la gestion des institutions corses ensuite : la majorité nationaliste (autonomistes-indépendantistes) a été remplacée par une construction dont le ciment n’est plus l’idée nationale mais l’allégeance personnelle fondée sur la relation clientéliste. Comment croire que tous ces maires, venus d’autres courants politiques et souvent même de l’antinationalisme, apportant de nos jours leurs bataillons d’électeurs à un homme plus qu’à une majorité, ont tous été touchés, subitement, par la grâce nationale ? Répéter que l’on va « construire la Corse avec tous les Corses et non les seuls nationalistes » revient à se servir d’une idée généreuse (que nous partageons d’ailleurs) pour cacher une réalité moins reluisante… Ces édiles qui expliquent en conseil municipal ce qu’on leur a fait comprendre clairement, à savoir que le nombre de voix rassemblées en faveur du parti unique déterminera le niveau des subventions qui seront encaissées par la commune. Ou bien ces municipalités qui se sont vues imposer par le Cours Grandval le choix du président de leur intercommunalité. Ou encore ces « porteurs de voix », fraichement exfiltrés de formations « traditionnelles » en déconfiture, subitement projetés au plus haut niveau de responsabilité (Conseil exécutif, présidences de communautés de communes, etc…) Vu sous cet angle, le phénomène de la multiplication des suffrages apparaît moins miraculeux que celui de la multiplication des pains.

À la décharge de la majorité actuelle, elle n’a pas inventé ces procédés. Elle les a simplement fait passer du stade artisanal à l’échelle industrielle.

Par-delà les questions d’hommes (nous n’avons pas dans ces colonnes l’habitude des attaques ad personam), il y a une démarche politique de soumission à Paris, que nous ne partageons en rien, et une gestion claniste des institutions, qui nous inquiète profondément.

Aussi, nous réitérons notre question : a-t-on le droit de ne pas soutenir Femu a Corsica et de défendre notre propre démarche, historique, sans être qualifiés de revanchards par une cohorte de thuriféraires nouvellement convertis ?

U Ribombu

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